A l’occasion de la mise en ligne de la saison 2 de House of Cards, le site Atlantico.fr, m’a demandé de revenir sur  ce feuilleton au succès international. Décryptage en quelques questions-réponses. (vous pouvez aussi retrouver cet entretien sur le site d’Atlantico.fr)

house of cards 1


Atlantico : La saison 2 de la série House of Cards est mise en ligne ce samedi sur le site internet NetFlix. Cette série à succès raconte l'histoire de Franck Underwood, membre du Congrès démocrate, et son ambition sans limite, pour gagner un poste dans l'administration américaine, quitte à trahir jusqu'au plus haut niveau. Cette série est-elle crédible ?

Gérald Olivier : Cette série est caricaturale. Elle est très bien construite, comme toutes les séries d'Hollywood, mais elle est l'équivalent pour le monde politique de ce qu'était Desperate Houswives à la famille et aux relations de voisinage. Elle ressemble aussi à la façon dont Tom Wolfe décrit la société américaine dans ses livres par exemple. Vous prenez un certain nombre d'extrêmes et vous les mettez bout-à-bout. Vous obtenez alors un portrait qui se tient parfaitement mais qui ne fonctionne que si l'on part du postulat que les extrêmes sont la norme.  La série est crédible comme fiction mais exagérée comme reflet de la réalité.
Par contre la série correspond exactement à l'image que beaucoup d’Américains se font du système politique. Pour eux  c'est un système corrompu, où les gens n'ont pas de foi réelle dans leur pays mais uniquement dans leur propre destin, où ils sont prêts à tout, y compris à se marcher les uns sur les autres pour parvenir à s'élever, un système où les valeurs qui ont présidé à la fondation des Etats-Unis et qui devraient guider sa vie politique, ont disparu au profit d'une ambition personnelle sans  limite, ni tabou.

House of cards 2


Atlantico: La série House of Cards décrit notamment la connivence entre les médias et les hommes politiques à travers la relation, y compris de séduction, entre le membre du Congrès démocrate Franck Underwood, interprété par Kevin Spacey, et la jeune reporter Zoe Barnes. Est-ce que ce genre de proximité est crédible ?
Gérald Olivier: C'est le cas aux États-Unis, mais c'est le cas partout. La presse américaine, même si elle participe à cette relation incestueuse, est assez méfiante du pouvoir. Aux États-Unis, la relation entre les médias et les politiques est une relation particulière : le pouvoir cherche à utiliser les journalistes et les journalistes se laissent utiliser jusqu'à un certain point sachant qu'eux aussi pourront trahir à la première occasion.  Parce que, pour un journaliste, se « faire un politique », c'est un moyen de faire avancer sa carrière... On sait d'ailleurs très bien où les journalistes trouvent leurs informations : si vous voulez avoir des tuyaux  sur une personnalité politique, il suffit d'aller voir son adversaire. C'est vrai aux États-Unis comme ça l'est en France. Malgré tout, la tradition des médias américains émane de l’idée qu’ils constituent un quatrième pouvoir et se doivent donc de garder leurs distances avec  la sphère politique.

House of Reps logo

Atlantico: La série décrit aussi un phénomène important : le poids des lobbys et leur présence dans les arcanes du pouvoir. Dans House of Cards, ils ont carrément leur entrée au Congrès. Est-ce ainsi dans la réalité ?
Gérald Olivier:Cet aspect est tout à fait réel. Je ne sais pas si, dans la réalité, les lobbyistes font comme dans la série et vont directement frapper à la porte du bureau du chef de la majorité démocrate. Ce qui est sûr, c'est que les politiques et les lobbyistes dînent ensemble et se rencontrent régulièrement. La grande question pour les politiques est de savoir où placer une limite. A quel moment est-ce que le travail d’information légitime et justifié d’un lobbyiste se transforme en achat d’influence? Cet aspect est spécifique au système américain.

House of cards 4

Atlantico: Qu'est-ce qui explique le succès de cette série, y compris en France où, pourtant, les histoires du Congrès et de la Maison-Blanche peuvent nous paraître très éloignées ?

Gérald Olivier: Tout simplement parce que cela parle de pouvoir. Les relations de pouvoir fascinent les gens, y compris en France. C'est là que la série est très bien faite. Notez que House of Cards ne parle pas des grandes questions de société du moment, l’Obamacare, la mondialisation, le mariage gay, … Le jeu politique n’existe pas en termes de débats d’idées mais uniquement en termes d’ambitions personnelles et de vengeance.  Il est ramené à un rapport de force quasi animal, où le plus malin, le plus filou, le plus dénué de scrupules l’emporte…
Il faut également souligner que ce pouvoir fascine notamment parce que le monde politique américain est extrêmement puissant. Washington D.C est une ville dont la fonction a toujours été d'être la capitale fédérale du pays. La ville n'existait pas avant que les États-Unis ne deviennent les États-Unis, c'est-à-dire un État fédéral. C'est une ville qui a été entièrement créée pour être le siège du pouvoir politique. Il y a là les élus, les lobbystes, c’est-à-dire les représentants de tous les secteurs d’activité du pays, les avocats qui écrivent les lois, et les clubs de pensées où les anciens du gouvernement se recyclent. Vous avez donc ici toute l'émanation du pouvoir. Sa capacité à fasciner en est décuplée.

House of Cards 3

Atlantico: La froideur humaine de la ville que l'on voit dans la série est donc réelle ?
Gérald Olivier: Oui, tout à fait. "Si vous voulez un ami à Washington, prenez un chien", disait Harry Truman. C'est une phrase que tout le monde a entendue ici.

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