Obama and old, very old, Europe

Du 24 au 29 mars, le président des Etats-Unis, Barack Obama a effectué une visite à la Haye, Bruxelles et Rome, Survenue quelques jours après l’annexion de la Crimée par la Russie et alors même que les tensions entre Moscou et Kiev, la capitale ukrainienne, étaient au plus haut,  cette visite du président américain, et sa rencontre avec le secrétaire général de l’Otan ont rappelé que sans l’Amérique, l’Europe peine à exister sur la scène internationale. Même quand son propre avenir et sa propre sécurité sont en jeu. Le problème est que les Etats-Unis de Barack Obama se sont résolument détournés de l’Europe. Un bouleversement qui change la donne internationale. Certains, comme  Vladimir Poutine,  l’ont déjà compris. D’autres, comme les Européens, pas encore… 

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L’espace de quelques jours l’Europe a pu se croire, à nouveau, le centre du monde. La venue du président américain, Barack Obama, en pleine crise ukrainienne a braqué tous les projecteurs sur le vieux continent. Du point de vue de la logistique, la visite du président américain à Bruxelles, n’est pas passé inaperçue. On ne peut guère en dire autant du travail accompli.
Grande métropole d’Europe, siège de la Commission européenne, Bruxelles est  une ville habituée au protocole et aux visites de dignitaires importants. Mais la venue de Barack Obama a dépassé les attentes. Accompagné de neuf cents personnes, et précédé par une armada d’agents de sécurité qui ont passé la ville au peigne fin,  le président américain, a suspendu l’espace de vingt-quatre heures toutes les activités de la capitale belge. Le dispositif de sécurité mis en place a imposé de bloquer les grands axes de circulation automobile, ainsi que les transports en  commun. 

Nuclear Security Summit

Il a fallu pas moins de trois avions, neuf hélicoptères et 45 voitures pour permettre à la délégation présidentielle américaine de passer 24 heures sur place. 24 heures qui ont coûté plus de dix millions d’euros à Bruxelles et mobilisé un renfort de neuf cents policiers. 
La veille, Barack Obama, avait débarqué à La Haye, aux Pays bas, pour une rencontre bilatérale avec le président chinois Xi Jinping et un sommet du G7 sur la sécurité nucléaire. Le motif officiel de sa visite en Belgique était une cérémonie commémorant le centenaire de la première guerre mondiale.  Mais les débats entre Barack Obama et ses homologues, Herman Von Rompuy, président du Conseil et José Manuel Barroso, président de la Commission, ainsi que Anders Fogh Rasmussen, le Secrétaire Général de l’Otan, ont surtout tourné autour du conflit grandissant entre l’Ukraine et la Russie.  Sa visite au siège de l’Otan était plus que symbolique. Le président américain se devait de rassurer certains partenaires géographiquement proches de la Russie, comme les Pays Baltes qui se sentent menacés par le comportement de Moscou en Ukraine.

Hitler 1938 sudettes

Après des mois de contestation politique, l’Ukraine a obtenu la destitution du président élu Vladmir Ianoukovitch et son remplacement par un président par intérim. En attendant un scrutin présidentiel prévu le 25 mai. La Russie de Vladimir Poutine, qui soutenait Ianoukovitch, au nom de la protection de la minorité russe d’Ukraine, a immédiatement réagi, en annexant la Crimée, suite à un référendum d’autodétermination organisé sur place en quelques jours. Du coup toute la partie Est de l’Ukraine, peuplée majoritairement, de russophones, s’est soulevée pour signifier son attachement à la Russie. Des milices locales sont apparues du jour au lendemain, avec armes et uniformes pour prendre possession des villes et lieux stratégiques de la région. Comme pour défier Kiev de venir les déloger. Poutine se défend de vouloir « annexer » tout ou partie de l’Ukraine, mais il a assuré les populations russes locales qu’il viendrait à leur secours si elles étaient menacées… 
A Kiev le nouveau gouvernement du président Alexandre Turchinov s’est trouvé totalement désemparé face à une telle insurrection. D’autant plus qu’une partie des forces armées ukrainiennes a rallié le camp russe. 

Can Ukraine fight back alone

Côté diplomatique, les chancelleries occidentales ont nsisté pour parvenir à une solution « pacifique » à la crise, appelant les deux camps, « à la modération» tout en  multipliant les sanctions économiques contre Vladimir Poutine et son état-major, jugés responsable de l’escalade du conflit.  Cette attitude a surtout   eu pour résultat de conforter les positions acquises, par la force, sur le terrain. Poutine n’a pas reculé d’un pouce. Au contraire, il a rassemblé près de cinquante mille soldats, avions de combats et chars d’assaut le long de la frontière ukrainienne. Ceux-ci n’attendent que son feu vert pour passer à l’offensive.  Droit dans ses bottes, il nargue les Occidentaux, convaincus qu’ils ne prendront jamais le risque de venir le déloger par la force. Ce en quoi il a probablement raison. Aux Etats-Unis, le président Obama a indiqué à la chaine NBC dès le 20 mars que « pas un seul GI américain n’irait combattre en Ukraine ». Un message qu’il a répété à Bruxelles le 26 mars, insistant pour que les Européens commencent à se prendre en charge, eux mêmes. Sans grand effet.

Churchill-and-Roosevelt

L’Europe s’est progressivement désarmée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Elle n’a pas les moyens aujourd’hui d’engager militairement une  force de combat.. Du coup le président américain s’en est remis à l’Otan. A Bruxelles il n’a pas tari d’éloges  sur l’Alliance atlantique :  « L’Otan est l’alliance la plus forte de l’histoire de l’humanité, l’Europe la pierre d’angle des relations entre les Etats-Unis et le monde ». Toutefois la rhétorique du président américain est d’autant plus enflammée que ses intentions réelles ne le sont pas. Obama a choisi la gesticulation pour éviter un véritable engagement. Il préfère vendre des avions de combats à la Pologne, et dépêcher des frégates en Mer Noire, pour observer la situation. Le USS Donald Cook navigue désormais au large de la Roumanie, en eaux internationales, à portée de canon des chasseurs russes qui n’hésitent pas à le harceler. 
L’attitude d’Obama a plusieurs explications. Première explication, le président américain ne s’est jamais intéressé à l’Europe. Il a grandi en Indonésie, à Hawaii et sur la côte Ouest.  Le regard tourné vers le Pacifique et l’Asie. Après son élection, on se souvient qu’il avait effectué un « virage vers l’Asie » (le fameux « Pivot to Asia »). Pour lui, le XXIe siècle sera asiatique et la relation qui prime est celle des Etats-Unis avec la Chine. Seconde explication, les Etats-Unis sortent à peine de deux engagements longs, douloureux et coûteux, en Irak et en Afghanistan. Le président Obama s’est attaché à mettre un terme à ces engagements, il ne souhaite pas embarquer l’Amérique dans une nouvelle aventure incertaine.  Troisième explication, Obama estime que la Russie est une puissance sur le déclin, incapable d’un pouvoir de nuisance au-delà de son périmètre régional. « La Russie n’est rien qu’une puissance régionale dont l’intervention militaire chez ses voisins immédiats démontre la faiblesse et non pas la force, » a-t-il dit le 25 mars à l’issue du sommet du G7 sur la Sécurité nucléaire de la Haye.

Russia's fire power, soviet size

Sur le fond et à long terme, le président américain a raison. La Russie connait une crise démographique profonde qui compromet son avenir. Ses générations ne se renouvellent plus, sa population diminue, et vieillit. L’économie russe reste basée sur la vente de matières premières non transformées, essentiellement du gaz et du pétrole. Ce qui rend cette économie vulnérable aux aléas des cours des matières premières. Son influence globale est en recul, par rapport à l’époque soviétique. La bataille idéologique a été perdue il y a vingt-cinq ans et la Russie n’a pour alliés que quelques Etats clients, comme l’Iran et la Syrie, déjà  au ban de la communauté internationale.
Sur la forme et à court terme, l’analyse du président américain est néanmoins erronée. Vladimir Poutine est convaincu que l’objectif des occidentaux, Américains en tête, est un affaiblissement durable de la Russie. Il n’a jamais accepté les humiliations subies dans les années 1990, notamment lors de la guerre du Kosovo, qui avait vu son allié, la Serbie être bombardée par l’Otan sans qu’il soit en mesure de faire quoi que ce soit. Son attitude aujourd’hui est une revanche sur ce temps-là ainsi qu’un  moyen de consolider les frontières russes contre la sempiternelle menace d’un « encerclement » par le camp occidental.

Obama-Putin

Vladimir Poutine n’a aussi que faire des institutions internationales. Il sait les utiliser à son avantage, mais ne se pliera jamais à leurs contraintes. C’est un slave, qui croit en la force brute. Au contraire des Occidentaux, qui ont renoncé à la guerre,  lui considère celle-ci comme un moyen légitime de parvenir à ses fins. Il agit avec d’autant plus de liberté  qu’il est convaincu  de son impunité. Cette tactique a fonctionné en 2008 contre la Géorgie, tout comme elle fonctionne aujourd’hui contre l’Ukraine. Ni les Américains, ni les Européens n’étaient prêts à mourir pour Tbilissi. Ils ne  sont pas plus décidés à mourir pour Kiev.
Le désengagement américain du théâtre européen rend cette partie du monde moins sûre et ouvre la porte à de nombreux conflits locaux et limités, qui seront ignorés des « grands » tant qu’ils ne menaceront pas l’équilibre du monde. Tandis que les Européens continuent de prétendre le contraire, Poutine l’a clairement compris. Ce qui lui permet d’avancer ses pions sans risques.

obama waiving goodbye