tristesse de la terre

La légende de Buffalo Bill Cody perdure-t-elle encore aujourd’hui en 2014 ? En France, certainement pas. Voilà des lustres qu’aucun film, feuilleton, documentaire ou récit n’a été consacré à celui qui fut, un temps, considéré comme le héros de la conquête de l’Ouest. Aux Etats-Unis, le dernier film sorti est celui que lui consacra Robert Altman. C’était en 1976 ! Avec Paul Newman dans le rôle du vieux beau en costumes à franges, un rôle déjà traité sous le mode de la dérision. De sorte que le conquérant des grandes plaines, est considéré depuis longtemps comme un bouffon grotesque et destructeur, responsable à lui seul de "l'exterminaton" des indiens et des bisons ...
Alors détruire ce mythe aujourd’hui c’est un peu enfoncer une porte ouverte. Mais il faut croire que ça plait car le petit livre que Eric vuillard a consacré au personnage et à son Wild West Show a fait son petit effet.

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Il faut dire qu’il est merveilleusement bien écrit. La richesse du vocabulaire, la force des images, la concision du récit, en font une lecture de qualité.
Il faut dire aussi que l’auteur parle autant de la « défaite » des « indiens », dépeints comme les « perdants magnifiques » de l’histoire américaine, que du personnage de Cody lui-même. Ce dernier est plutôt dépeint comme le miroir déformant d’une société ignorante et rustre, friande de mythes et d’émotions faciles. Lui apparait comme un charlatan des champs de bataille devenu meneur de revue, finalement dépassé par la marche du temps et la soif insatiable de son « public » pour un spectacle toujours neuf et plus grandiose.
Ce petit livre vaut ainsi surtout pour son interprétation d’une extrême sensibilité, de quelques clichés historiques de chefs indiens, dont un de Sitting Bull, couvert de plumes faisant la paix avec Buffalo Bill, puisqu’il fut un temps le second membre vedette de la troupe…

SittingBull&BuffaloBill

Le problème est que Buffalo Bill, l’homme blanc n’a jamais eu l’âme aussi noire que celle dépeinte ici et que les indiens n’ont jamais été non plus les bons sauvages que l’auteur nous présente.
Derrière tout son talent de plume, M. Vuillard montre une soumission navrante à une pensée nourrie par une contreculture vieille d’un demi-siècle et qui est devenue la vraie pensée dominante sinon unique. Et en filigrane on peut lire ce mépris de la populace américaine, ces émigrants en haillons, qui avaient osé tourne le dos aux vieilles monarchies européennes pour aller se tailler leur propre vie à coups de hache.  Et c’est dans doute là, le message le plus ironique de ce petit livre. Derrière toute sa générosité progressiste, sa compassion pour les battus de l'histoire, il trahit le mépris profond et hautain de l’auteur, et d’une certaine intelligentsia, à l’égard du petit peuple! Les « sans dents » comme aurait dit un autre…