Vivre vite

James Dean raconté par ceux qui l’ont connu. Ou seulement croisé. C’est l’approche qu’a choisi Philippe Besson pour dresser le portrait de l’acteur américain, mort dans un accident automobile en 1955, à 24 ans, en pleine ascension vers la gloire, et devenu une icône de la culture populaire, malgré seulement trois films à son répertoire.
La démarche est louable.
Elle permet de faire parler sa mère, décédée prématurément d’un cancer quand Dean n’avait que neuf ans, ses professeurs, y compris une jeune enseignante avec qui il aurait perdu sa virginité, ainsi que Marlon Brando, Elia Kazan, Tennessee Williams  ou Pier Angeli, une starlette dont il fut amoureux à Los Angeles, et d’autres encore. A l’image de ces documentaires qui font parler les témoins d’un événement en gros plan sur fond noir.
Est-ce qu’elle permet de cerner l’homme que fut Dean ?  Pas sûr.

James Dean

James Dean fait partie de ces étoiles filantes du cinéma qui ont saisi le monde d’un regard et l’ont quitté avant qu’on ait pu déchiffrer ce qu’il y avait derrière. A l’image de Jim Stark, son personnage du film « La fureur de vivre » (dont le titre original et beaucoup plus évocateur est « Rebel without a Cause » « rebelle sans raison ») James Dean semble habité par un indéfinissable mal-être.
Est-ce la perte irréparable de la mère ? Sont-ce plutôt ses penchants homosexuels – il aurait avoué à Elizabeth Taylor, sa partenaire à l’écran dans le film Géants, avoir subi des attouchements de la part du pasteur de son église quand il était adolescent?  Ou bien est-ce simplement un désenchantement mortifère qui l’aurait poussé à rechercher des sensations fortes, comme celle procurée par la vitesse?

James Dean & his Spyder Porsche

« Vivre vite », c’est le titre du livre,  se lit vite. A l’image de la vie de son héros. Mais au contraire de son sujet, qui siège pour l’éternité au panthéon des stars tragiques d’Hollywood, l’ouvrage laisse peu de trace. Il laisse même quelque peu indifférent. Si ce jeune homme avait du génie, ces pages  échouent à le rendre perceptible.
Il y manque deux ingrédients essentiels à tout récit, une tension dramatique et un point d’orgue, le fameux « climax » des anglo-saxons, ce moment vers lequel tendent toutes les lignes d’un ouvrage et qui apporte la résolution de l’énigme. Ici, la fin de l’histoire étant connue, on cherche en vain, au fil des pages, la clé du personnage. Mais on ne la trouve pas. On ne rencontre  qu’une succession d’impressions subjectives, plus ou moins convaincantes – celle de Tennessee Williams étant pluôt réussie.

James Dean Rebel without a Cause

Au final, Dean reste aussi énigmatique que sur ses photos d’acteur.  Et l’on en revient à ces yeux embrumés, cette vulnérabilité dans le regard, ces mêches emmêlées, bref cette gueule d’ange blond exprimant une sensibilité à fleur de peau, qui a  fait plus pour sa longévité de star que l’ensemble de ses prestations d’acteur.