hillary Clinton -2016

Archi-favorite pour succéder à Barack Obama, Hillary Clinton est devenue  "la femme à abattre" . Dernier prétexte invoqué, des milliers d’emails secrets transmis depuis sa boite privée quand elle était secrétaire d’Etat. Le scandale grandit et s’il n’a pas encore fait tomber Hillary, il a retiré à sa candidature son aura d’invincibilité. Du coup chacun réexamine le parcours de l’ancienne Première dame et découvre de nouveaux points faibles… Et à y regarder de près, les raisons de penser qu'elle ne sera pas élue, ne manquent pas

Il reste vingt mois avant le scrutin présidentiel américain de 2016. Mais, outre-Atlantique,  la campagne est déjà lancée. Hillary Clinton est pour l’instant la grande favorite pour succéder à Barack Obama. Connue des électeurs, nantie d’une expérience incomparable, et d’une connaissance des dossiers infaillible, soutenue par l’establishment démocrate et Wall Street, l’ex-secrétaire d’Etat et ex-Première dame, se dirige vers une nomination et une élection triomphales. Après avoir élu le premier président noir en 2008, les Américains éliront la première femme président, au soir du 8 novembre 2016. La victoire d’Hillary  est « inévitable ».

Hillary Clinton 2016

C’était du moins le consensus médiatique jusqu’à ces derniers jours. Mais, alors qu’Hillary n’a toujours pas officialisé sa candidature, la révélation de son utilisation d’une boite mail privée pour conduire les affaires de l’Etat quand elle était à la tête de la diplomatie américaine, a mis le microcosme politique dans tous ses états. Cette pratique était à la fois contraire aux règles de l’administration, dangereuse pour la sécurité nationale, et source de conflits d’intérêts. Surtout elle pouvait servir à dissimuler un certain nombre d’informations aux citoyens américains… Bref  c’est une petite affaire d’Etat supplémentaire au passif des époux Clinton.

hillary-clinton & emailgate

Une affaire qui a considérablement assombri le ciel politique d’Hillary. Certes elle demeure largement en tête de tous les sondages, mais l’unanimisme autour de l’inévitabilité de son élection à la Maison Blanche a été brisé. A y regarder de près cet unanimisme était, de toutes façons,  injustifié. Les raisons de ne pas croire à une victoire d’Hillary ne manquent pas.
Alors, prenons date. Affirmons que contrairement aux prédictions, Hillary Clinton ne sera pas élue présidente en 2016. Elle sera candidate.  Elle emportera la nomination démocrate mais elle sera battue par le candidat républicain. Sauf en cas de tierce candidature, comme ce fut le cas pour l’élection de son mari, Bill Clinton, en 1992.
Voici les raisons de ce pronostic à contre-courant.

Hillary Clinton Behind Bill

En politique, l’inévitabilité n’existe pas. Demandez à Dominique Strauss Kahn. Les campagnes présidentielles aux Etats-Unis, sont des marathons semés d’embûches. Partant devant les autres Hillary sera le candidat à faire tomber, la « femme à abattre ». On va tirer à boulets rouges sur elle et certains projectiles toucheront leur cible.
 D’autant que les campagnes des  primaires sont suivies, au quotidien, par une meute de reporters affamés, sans foi ni loi, et qui traitent le sujet comme on commente une course de chevaux. Qui part en tête ? Qui est à la traîne ?  Qui remonte ? Qui chute sur un obstacle ?… Le débat d’idées a, de longue date, été relayé au second plan par la comédie des petites phrases, des dérapages et des gaffes. Une  seule suffit à ruiner une campagne,  comme d’oublier le nom d’un ministère que l’on entend supprimer, ainsi que le fit le gouverneur du Texas Rick Perry, devant des millions de téléspectateurs en 2011…
Hillary n’a jamais eu une bonne relation avec la presse. Elle n’aime pas les journalistes. Ils fouinent plus dans sa vie privée que dans ses déclarations publiques. Ils n’ont aucune loyauté. Surtout ils ne vous lâchent jamais. Le jour où Hillary déclarera sa candidature la saison de la chasse sera ouverte. Les affaires de ses vingt ans et plus de vie publique vont remonter à la surface, de Whitewater, à la robe de Monica Lewinski…

Hillary Clinton Scandal 2


Dans le collimateur des journalistes, et  des républicains, l’affaire de Benghazi. Elle est restée sur l’estomac de ces derniers. Car, bien exploitée,  elle aurait pu, et aurait dû, faire tomber Obama en 2012. L’administration s’était alors empêtrée dans des explications à l’emporte-pièce pour accréditer l’idée que l’attaque du consulat américain de Benghazi, en Libye, où quatre Américains, dont l’ambassadeur Christopher Stevens, avaient trouvé la mort, était un acte « spontané », une manifestation qui avait dégénéré, et non une attaque terroriste planifiée, alors même que l’attaque avait eu lieu un 11 septembre… Hillary, avait alors été inquiétée, même si elle avait réussi à faire porter le chapeau à la CIA et à se cacher derrière Susan Rice, l’ambassadrice à l’Onu. Néanmoins gageons qu’on n’a pas fini d’entendre parler de Benghazi.

Benghazi assault and Ambassador Christopher Stevens

Hillary a connu de nombreuses crises dans sa carrière. Elle a appris à les gérer. Cette expérience est d’ailleurs, pour beaucoup, son meilleur atout. C’est discutable.
En 2008 Obama a été élu alors que 4 ans plus tôt moins d’un Américain sur dix connaissait son nom. Hillary Clinton aura 69 ans en 2016. L’âge de Ronald Reagan, le plus âgé de tous les présidents américains, lorsqu’il fut élu.  Elle est désormais grand-mère. La question de sa santé sera posée… D’autant qu’elle fit un séjour en hôpital en 2013 après avoir quitté le Département d’Etat.   Elle appartient à la  génération de son mari, pas à celle du président actuel. Si les Républicains désignent un candidat plus jeune (les prétendants actuels sont tous des quinquas) la différence d’âge jouera contre Hillary.

Hillary Clinton hospital stay 2013

Et il y a l’usure du pouvoir. Récemment Barbara Bush, ex Première Dame, a opiné que les Américains devraient pouvoir choisir entre autre chose qu’ « un Bush et un Clinton ». Un sentiment répandu dans l’opinion, tant le dernier quart de siècle a été dominé par ces deux familles:  la dynastie des Bush, avec George le père, George W. le fils, et aujourd’hui Jeb le frère, et le couple Clinton avec Bill et Hillary à la Maison Blanche, puis Hillary sénatrice,  Hillary secrétaire d’Etat et maintenant Hillary présidente… 
Cette fatigue de l’opinion à son égard est d’ailleurs visible.
En juin 2014 Hillary Clinton a publié un épais mémoire racontant ses années à la tête de la diplomatie américaine. Le livre intitulé « Hard Choices », en anglais, devenu « Le temps des décisions » en français, a été tiré à un million d’exemplaires. La sortie s’accompagnait d’un plan média en béton avec une semaine de présence quasi non-stop sur les plateaux télé. Or, le livre s’est mal vendu ! Enfin, mal vendu pour une aspirante à la Maison Blanche.  En 2003 son premier livre, « Living History », s’était vendu à cinq cent mille exemplaires en une semaine et à plus de 1,5 millions, rien qu’aux Etats-Unis. Cette fois quatre-vingt-cinq mille copies, seulement, sont parties la première semaine…
 Récemment invitée à l’université de Georgetown, Hillary n’a pas rempli la salle, et encore moins déclenché l’enthousiasme. Son discours fut suivi d’une seule question ! Mais c’était faute de temps a assuré l’attachée de presse… Si Hillary ne mobilise pas plus alors que la campagne n’a pas encore commencé, qu’en sera-t-il dans quinze mois… ?

Le Temps des Décisions

 Ce qui nous amène à son programme. Ou plutôt son absence. On savait ce qui faisait courir Barack Obama,  en 2008 : réconcilier l’Amérique avec elle-même (il a échoué) !  On savait ce qui faisait courir Mitt Romney en 2012 : faire renaître l’Amérique des années cinquante, soudée, industrielle et industrieuse, dominante, religieuse et traditionnelle. Mais qu’est-ce qui fait courir Hillary ? A part le fait de vouloir entrer dans les livres d’histoire ?
La politique étrangère est son point fort, mais son dernier livre n’offre ni vision du monde ni doctrine cohérente… La réforme du système de santé, qui fut sa grande affaire du temps de la présidence de son mari, a été soldée  par le locataire actuel de la Maison Blanche. Pour résorber les inégalités de la société américaine, elle n’a pas de prescription particulière.
Hillary bénéficie du soutien de Wall Street et du lobby juif américain. Or depuis la crise de 2008 le parti démocrate a plutôt pris fait et cause contre la finance et pour le mouvement alternatif « Occupy Wall Street ». La confiance indéfectible qu’Hillary accorde à Israël contraste avec la défiance, d’un Barack Obama et les positions de l’aile gauche du parti. Ces voix lui feront-elles défaut le moment venu ? D’autant que sur la question du terrorisme, les positions d’Hillary sont désormais très décalées par rapport à celle de l’Amérique profonde.  

Hillary Clinton and Barack Obama White House 2012

Les Américains comprennent de moins en moins le monde et se sentent de plus en plus rejetés par lui… Les guerres en Irak et en Afghanistan ont été des échecs sanglants et couteux. La politique de désengagement imprimée par Barack Obama, s’est aussi soldée par un échec.  Le monde est plus dangereux. Les Américains, moins en sécurité. Le terrorisme islamique, qu’ils avaient cru vaincu avec la mort de Ben Laden, a resurgi sous la forme encore plus barbare de l’Etat islamique (ISIS en anglais). On égorge leurs ressortissants sans qu’ils puissent réagir… Le sentiment dominant aux Etats-Unis est que la situation internationale leur échappe désormais. Dans ce contexte pas questions d’intervenir à tout va. Or c’est exactement ce que voudrait Hillary. Elle, qui avait  voté pour la guerre en Irak, voudrait aujourd’hui un engagement plus important contre l’ISIS. Pas sûr qu’elle sera suivie.

Hillary Clinton travelling secretary of state


Depuis les élections de mi-mandat et la déroute démocrate, la côte d’Hillary Clinton baisse régulièrement. C’est normal, disent les observateurs. Elle est partie de si haut qu’elle ne pouvait évoluer que dans une seule direction, vers le bas. Mais tout de même. Son avance sur ses challengers potentiels dans les sondages est passée de vingt à cinq points. Surtout, le sentiment républicain est de nouveau dominant dans l’opinion. 
Pour 2016 Hillary peut compter sur le vote des femmes et des minorités. Mais ce vote est déjà largement acquis aux démocrates. Pour l’emporter elle devra mobiliser au-delà, ce dont elle ne s’est pas encore montrée capable…
« Ready for Hillary » disent les « pins » et les posters favorables à sa candidature. « Prêt pour Hillary » Certains Américains ne le seront jamais. Même si Hillary Clinton est la mieux armée et la plus richement dotée des candidats à la Maison Blanche,  elle est loin d’être  invincible.