Le parti républicain est convaincu de pouvoir l’emporter en novembre. A condition de présenter un candidat qui ne soit pas un repoussoir. Or Trump est exactement cela. L’enthousiasme de ses partisans n’a d'égal que la révulsion qu’il suscite chez ses détracteurs.

 

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Selon certaines enquêtes d’opinion, Donald Trump aurait désormais 42% de l’électorat républicain avec lui. Presqu’un électeur sur deux. Certes il ne s’agit que de sondages. Aucun vote n’a encore eu lieu. Le premier « caucus », celui de l’Iowa se tiendra le 1 février 2016 et la première primaire, celle du New Hampshire, une semaine plus tard, le 9 février. D’ici là, la cote de Trump peut dégringoler… ou au contraire poursuivre une progression dont personne, voici six mois, n’aurait envisagé qu’elle aille si haut, si longtemps… Le phénomène Trump, qui amusait hier, parce qu’il « faisait de l’audience » et que cela profitait à tous les candidats républicains, inquiète désormais. Trump  est devenu l’épine dans le pied du parti. "L’establishment" souhaiterait se  débarrasser de lui, mais ne sait pas comment faire.

Donald Trump

La raison de cet embarras est simple. Face à Hillary Clinton, Donald Trump serait battu en novembre. Or les Républicains s’estiment en mesure de remporter cette élection. Pour trois raisons, la première est qu’Hillary Clinton est considérée comme "battable". Et, sauf accident ou scandale majeur, elle est assurée d’emporter la nomination démocrate. La seconde est que les Républicains estiment que leur tour est venu. La troisième est que le sentiment républicain n’a jamais été aussi fort dans le pays depuis les années 1920. En clair, si les républicains sont en mesure de présenter un candidat raisonnable, cette élection leur appartient. Mais Donald Trump est tout sauf un candidat raisonnable!

hillary Clinton secretary of state 2009-2012

Huit mois après le lancement de sa campagne Hillary Clinton n’a cessé de perdre des points dans les sondages. Entrée à 60% d’intentions de vote en avril 2015 sa cote est tombée à 42% fin octobre pour remonter quelque peu depuis. Pendant ce temps le score de Bernie Sanders est passé de 10% à 30%. C’est certes trop peu pour inquiéter Hillary. Mais cela illustre l’incapacité de l’ex première dame à séduire de nouveaux électeurs. Elle dispose d’une base extrêmement large, mais elle peine à rallier au-delà de cette base.

Hillary-Poll

Depuis 2008 l’occupant de la Maison Blanche est un démocrate. Or dans l’histoire américaine récente, il faut remonter à George H.W. Bush, le « père » en 1988 (il y a presque trente ans)  pour voir un même parti remporter trois mandats exécutifs successifs. A l’époque Bush était le vice-président d’un Ronald Reagan resté très populaire. En 2000, Al Gore, vice-président de Bill clinton pendant huit ans avait échoué (d’extrême justesse) dans sa tentative de succession. De sorte que depuis 1945 un même parti est rarement resté à la tête de l'exécutif plus de huit ans d'affilé. Avant guerre cela était plus fréquent. Les Démocrates ont occupé la Maison blanche de 1933 à 1952, avec le duo Roosevelt-Truman,  dans des circonstances historiques certes très particulières - la Grande Dépression puis la Seconde guerre mondiale. Les Républicains l'avait occupée sans discontinuité de 1921 à 1933 et de 1896 à 1913.

Ronald Reagan

La cote de popularité de Barack Obama aujourd'hui, n'a rien à voir avec celle de  Ronald Reagan en 1988. Ce dernier était à 60%, quand l'occupant actuel est à 43%, et sur une pente descendante... Les Républicains sont donc convaincus que l’électorat est prêt pour une forme d’alternance…

Obama hilarious

D'autant que numériquement le parti a rarement été aussi fort qu’aujourd’hui. C’est le grand paradoxe républicain du XXIe siècle.
Des six derniers scrutins présidentiels, cinq ont été perdus par les Républicains en termes de suffrages populaires : 1992, 1996, 2000, 2008, 2012. George W. Bush fut, certes, élu deux fois, en 2000 et 2004, mais en 2000 c’est le Collège électoral qui le mit devant alors qu’il avait été battu par Al Gore au nombre des suffrages exprimés.
Pourtant à tous les autres échelons de gouvernement les républicains exercent une domination impressionnante. Ainsi au sein de la Chambre des Représentants, ils possèdent 247 sièges. Soit trente de plus que la majorité qui se situe à 217. Il faut remonter à 1928 pour trouver plus de Républicains siégeant au sein de cette institution. Cela alors même que depuis 1946, soit 70 ans, les républicains ont été minoritaires à la Chambre pendant cinquante ans et majoritaires pendant seulement vingt.
Même chose au Sénat. Les Républicains en contrôlent 54 sièges contre 44 aux démocrates et 2 iindépendants. Au cours des soixante-dix dernières années, ils n’ont été majoritaires au sein de cette chambre haute que pendant seize années. Contre cinquante-quatre pour les démocrates.  

Congress 114th - 2014

Parmi les gouverneurs, des cinquante Etats qui forment l’Union, trente-deux sont des Républicains. Le record historique est de trente-quatre, c’était dans les années 1920. Enfin au sein des assemblées et sénats de chacun de ces Etats, soit 98  chambres, 68 ont une majorité républicaine. Plus des deux tiers. Et Dans 31 Etats le parti républicain possède la majorité des sièges dans les deux chambres…
Pour les autorités du parti une telle domination de la politique locale et nationale devrait leur ouvrir aisément les portes de la Maison Blanche. Il leur suffit pour cela de présenter un  candidat pas trop repoussant. Or Trump est un épouvantail! De la dizaine de candidats encore en lice côté républicain, il est de ceux qui n’ont aucune chance d’être élu face à Hillary Clinton, et peut-être même pas face au « social-démocrate » Bernie Sanders… Trump n’a qu’une connaissance très superficielle des dossiers. Il n’a pas de programme. Il possède un  tempérament impulsif voire colérique. Bref il n’a pas les qualifications nécessaires pour être président des Etats-Unis. Mais c'est aux électeurs Américains d'en décider. Si le parti républicain s'aventurait à le radier,  Trump monterait une candidature «indépendante», qui diviserait les électeurs et ruinerait les chances du candidat républicain en novembre. Les pontes du parti en sont donc réduits à attendre le verdict des urnes, qui seules diront si les troupes de Trump sont aussi nombreuses que les sondages le laissent entendre.

Donald Trump supporters