Barack Obama cover of The Atlantic magazine

 A neuf mois de son départ de la Maison Blanche le président américain soigne déjà son héritage. Dans une série d’ entretiens avec Jeffrey Golberg du magazine The Atlantic, il vient de faire « l’auto-évaluation » de sa politique étrangère. Avec une autosatisfaction évidente et surprenante compte tenu de l’état du monde… A le croire, la Libye fut sa « pire erreur »,  certes, mais la Syrie un succès non reconnu, et l’accord sur le nucléaire iranien un pas dans la bonne direction. Retour sur les fondements de la « Doctrine Obama »

  1ere Partie : La Libye qui pleure et la Syrie… aussi

Le monde a beaucoup changé depuis janvier 2009, date de l’entrée à la Maison Blanche de Barack Obama, le premier président américain « noir ». Pas forcément pour le mieux. Les plus fous espoirs avaient été placés dans le jeune avocat de l’Illinois. Ils ont été déçus. Et malgré le prix Nobel de la paix obtenu dès sa première année au pouvoir, alors qu’il n’avait rien accompli de concret, le monde est à la fois plus instable et plus dangereux aujourd’hui, qu’il y a sept ans.

 Un monde dangereux

Obama

 L’Europe connait une guerre civile en son cœur géographique, l’Ukraine, et une crise des migrants aux conséquences imprévisibles. L’Asie est sous l’emprise d’une Chine de plus en plus sûre d’elle, qui n’hésite pas à montrer sa puissance pour imposer sa volonté au sein de su sein de sa sous-région. L’Afrique continue d’être secouée de crises politiques  mêlées d’affrontements ethniques ou religieux. Le Moyen Orient est encore plus mal loti. La région est devenue le nouvel « arc de crise ». Du Maroc au Pakistan, de l’Atlantique à l’Asie Centrale, ce vaste espace sous domination de l’islam est une immense poudrière où les conflits se multiplient et se superposent, en Libye, en Palestine, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Afghanistan, etc. Seul l’Iran, qui a réintégré la communauté internationale, sort gagnant des années Obama.

Le président américain a tout fait pour rester à l’écart du Moyen Orient. Au contraire de ses prédécesseurs qui voyaient dans la capacité des Etats-Unis à résoudre les crises une affirmation de la puissance américaine et le meilleur moyen de se faire des alliés et des clients, Obama a estimé qu’il n’y avait que des coups à prendre dans la région.  Et que de toute façon l’Amérique n’avait plus les moyens financiers d’imposer sa volonté. Il a néanmoins du intervenir à deux reprises, une fois en Libye, une autre en Syrie. La première intervention fut sa « pire erreur », dit aujourd’hui Obama. Quant à la seconde elle s’est avérée être un succès inattendu dont il est fier !

Hillary Clinton va-t’en guerre en Libye

Kaddhafi

 En 2011, alors que la Libye de Kaddhafi était emportée par l’effervescence du printemps arabe, Obama avoue qu’il ne « voulait pas y aller ». Son vice-président Joe Biden, et son secrétaire à la Défense d’alors, Robert Gates, un rescapé de l’administration Bush, lui conseillait de « rester à l’écart ». C’est Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, Susan Rice ambassadeur à l’Onu et Samantha Power, alors membre du Conseil national de Sécurité, qui au contraire poussaient pour intervenir afin de protéger les populations de Benghazi de la colère de Kaddhafi qui avait promis de « les exterminer comme des rats ». Les européens aussi souhaitaient une intervention. Barack Obama fit ce qui lui semblait le plus logique : il rassembla une coalition internationale, obtint un mandat de l’Onu, et imposa à ses partenaires européens qu’ils participent aux frappes. La France de Nicolas Sarkozy, fut enchantée de pouvoir ainsi se mettre en avant. Le résultat fut la chute du régime, et un pays soudain plongé dans la guerre civile. « La Libye est plongée dans le chaos » reconnait aujourd’hui Obama.  En privé il parle même d’un « merdier » !

Libya's civil war

La faute à qui ? Un peu à lui.  «Nous n’avons pas correctement analysé l’étendue des réalités tribales du pays » admet-il. Mais aussi beaucoup aux autres. « J’avais confiance dans les Européens, compte tenu de la proximité géographique, je pensais qu’ils s’impliqueraient dans le suivi de la crise ». Mais Sarkozy fut battu à la présidentielle de 2012 et Cameron « eut d’autres priorités ».

L’’intervention demeure « justifiée » à ses yeux. Mais il reconnaît qu’il aurait du « mettre en place un plan  pour l’après ». Néanmoins cet échec lui aura appris que les Etats-Unis «ne doivent à aucun prix se mêler de gouverner l’Afrique du nord et le Proche Orient…Ce serait une erreur fondamentale»

Cette conviction, il l’a mise en pratique en 2013 dans le cadre de la crise syrienne.

Une ligne rouge en Syrie

 

Bachar al Assad

Alors que le régime syrien affrontait un soulèvement populaire et semblait la prochaine victime désignée du grand vent de démocratie soufflant sur la région, Obama prenait le parti des rebelles et signifiait à Bachar el Assad qu’il y avait une « ligne rouge » à ne pas dépasser dans sa répression de la révolte. Il s’agissait du recours aux armes chimiques. Un tel acte serait sanctionné par des représailles militaires américaines…

 Bachar al Assad and chemical attack

Or fin août 2013 les services de renseignements américains révélaient que le régime avait utilisé du gas sarin contre les habitants d’un quartier de Damas, faisant 1400 victimes… Obama était au pied du mur. Il avait promis d’agir. Il se devait de le faire, ne serait-ce que pour préserver la crédibilité américaine. Pourtant au dernier moment il choisit l’inaction. Sous prétexte de demander au Congrès américain d’approuver une intervention celle-ci fut repoussée puis purement et simplement abandonnée.

 syria alleged chemical attack victims

Ce fut la consternation dans toutes les capitales d’Europe et du Proche Orient. Jamais l’estime dans laquelle se trouvaient les Etats-Unis ne fut aussi basse… Le président français François Hollande, alors, plus va-t-en guerre que jamais en restait lui-même les bras ballants.  Et pourtant aujourd’hui Obama ne regrette pas ce choix. Parce qu’il s’est ensuite tourné vers Vladimir Poutine et que celui-ci  a obtenu que le régime d’Assad renonce à ses armes chimiques. Ce qui était, à priori, le but recherché. Cela fut obtenu sans que soit tiré le moindre missile. Obama a aussi évité d’impliquer les Etats-Unis dans un troisième conflit en dix ans. Un conflit que l’appareil militaire américain, après dix ans d’engagement n’avait peut-être pas les moyens d’assumer. Et un conflit dont chacun s’accorde à reconnaitre qu’il aurait été un interminable bourbier de plus, parce que, même en cas de victoire militaire rapide, la solution politique, la seule qui compte est pour l’instant introuvable… 

 Bachar al Assad and Vladimir Putin

Du coup  Barack Obama est très fier de n’avoir pas cédé à tous les experts des relations internationales affirmant que lorsqu’on menace d’avoir recours à la force il faut ensuite exécuter cette menace sous peine de perdre la face.

C’est d’ailleurs le thème sous-jacent de ces entretiens. Barack Obama affiche un mépris à peine masqué pour tous les experts de politique internationale qui hantent les avenues de Washington. Avoir pu démontrer qu’ils avaient tort et qu’il avait raison, est une source évidente de satisfaction pour lui. Une satisfaction telle qu’il semble en oublier la situation catastrophique de la Syrie aujourd’hui, ainsi que celle de l’Iraq, voire de l’ensemble du Proche Orient. Mais une satisfaction que l’on retrouve également dans sa politique vis-à-vis de l’Iran.

A suivre la 2e partie : Le pari iranien d’Obama