President Trump's new security team

Les Etats-Unis ont un nouveau secrétaire d’Etat. Il s’appelle Mike Pompeo et occupait précédemment la fonction de directeur de la CIA.  Sa nomination vient d’être confirmée par le Sénat. Ainsi que le demande la Constitution américaine. Il est remplacé à la tête de la CIA par Gina Haspel, la première femme à occuper ce poste, dont la nomination n’a pas encore été confirmée par le Sénat.

Les Etats-Unis ont également un nouveau Conseiller pour la Sécurité nationale. Il s’appelle John Bolton. Il fut  ambassadeur à l’Onu sous le président de George W. Bush. Sa fonction étant directement liée au président, sa nomination n’a pas eu besoin de l’aval du Sénat et il est en poste depuis plusieurs semaines.

president Trump's foreign policy

Ces trois remaniements sont significatifs car le président américain doit prendre dans les prochains jours plusieurs décisions stratégiques majeures. La première concerne l’Iran. La seconde, la Syrie et la troisième, la Corée du Nord.

Or sur ces trois dossiers Pompeo,  Bolton et Haspel voient les choses d’un même œil. Ce sont des « faucons », des adeptes de la manière forte. Et tous trois considèrent que le pays le plus dangereux au monde actuellement, à la fois premier sponsor du terrorisme, première source de déstabilisation au Moyen-Orient et premier ennemi de l’Amérique sur la scène internationale, est l’Iran. Il faut donc s’attendre à une évolution majeure de la politique américaine vis-à-vis de l’Iran, qui commencera par un retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015…

Mike Pompeo

Mike Pompeo a 54 ans. C’est un natif de Californie qui a la carrure d’un pilier de rugby. Une armoire à glace ! Il est passé par l’académie militaire de West Point, où il finit premier de sa classe. Il servit cinq ans dans les forces armées avant de faire son droit à la prestigieuse Harvard  Law School. En 1998,  il racheta, avec deux associés, une petite compagnie fabriquant des pièces détachées pour l’aviation et localisée à Wichita, au Kansas, qu’il rebaptisa Thayer Aerospace. Dix ans plus tard il revendait ses parts, pour se présenter au Congrès. Il fut élu représentant du Kansas en 2010, porté par la vague du Tea Party. Au sein du Congrès, il a notamment siégé au sein de la Commission du Renseignement, ce qui lui permettra de se voir proposer par Donald Trump le poste de directeur de la CIA.

En quelques années Pompéo s’est fait une réputation de faucon et d’opposant irréductible à la politique de Barack Obama. Il fut très critique de l’intervention américaine en Libye et de la responsabilité de la Maison Blanche et du Département d’Etat dans le désastre de Benghazi (trois américains tués dont l’ambassadeur Christopher Stevens). Il fut surtout opposé à l’accord sur le nucléaire iranien, et cela avant même que cet accord ne soit finalisé. Plutôt que de discuter, disait-il,  les Etats-Unis devraient bombarder et réduire en cendres les installations nucléaires iraniennes…

JCPOA Kerry & Zarif

L’accord finalisé, il dénonça avec force, non seulement le contenu de cet accord et la levée progressive des sanctions contre l’Iran, mais surtout les paiements en liquide effectués dans la foulée par l’administration Obama en faveur de l’Iran. Les fameuses « valises de billets » dont parle aujourd’hui Donald Trump. Des valises qui ont effectivement transité vers l’Iran avec à l’intérieur l’équivalent de 400 millions de dollars, en coupures et monnaies diverses. Obama avait justifié ce paiement en parlant d’une vieille dette, remboursée dans le cadre de la levée des sanctions. Pompeo, lui avait dénoncé une rançon déguisée, et un paiement illégal. Car d’une part, ce versement n’avait bien sûr pas été autorisé par le Congrès, et d’autre part, en même temps que les valises volaient vers Téhéran, quatre américains détenus en Iran étaient libérés et renvoyés aux Etats-Unis…

Alors que le président Trump envisage une sortie unilatérale de cet accord, la présence de Mike Pompéo à la tête de la diplomatie américaine s’avère cruciale. Pour beaucoup l’Iran était (avec la Russie) la principale pierre d’achoppement entre Trump et son précédent secrétaire d’Etat, Rex Tillerson et c’est la perspective de cette décision qui a précipité son départ…  

Gina Haspel

 Pour remplacer Pompeo à la tête de la CIA, Trump a choisi Gina Haspel  62 ans, dont plus de trente passés au service de la « Compagnie ». Confirmée dans sa fonction par le Sénat, Haspel, serait la première femme à un tel poste ! Jusqu’à récemment, elle faisait l’unanimité. Les compliments pleuvaient de toutes parts sur la qualité de ses états de service. Depuis sa mise en avant, certains se sont souvenus qu’elle a  dirigé en 2002 un  « site noir », une de ces prisons secrètes, où la CIA pouvait interroger les combattants terroristes à sa guise… c’est-à-dire en ayant recours à des techniques assimilées à de la torture. Une « tache » selon eux ! Tache sur l’Amérique et sur le parcours d’Haspel, qui justifierait que certains sénateurs rejettent sa nomination… Les audiences de confirmation doivent se tenir en mai.  

john Bolton

Troisième personnalité du nouveau trio en charge des questions stratégiques,  John Bolton est devenu « National Security Advisor ». Il remplace l’amiral H.R. Mc Master, dont le président Trump à fait l’éloge, (ce qui ne fut pas le cas pour Tillerson…). Bolton est un diplomate chevronné. Avec sa mèche grise, ses lunettes cerclées et son épaisse moustache blanche, il cultive une allure surannée. Il a laissé une marque mémorable comme ambassadeur du président George W. Bush à l’Onu en 2005 et 2006. S’étant fait remarquer par sa franchise de ton, sa défense de l’invasion américaine de l’Irak et son souhait de voir un changement de régime en Iran et en Corée du Nord. Ces trois pays constituant ce que le président Bush appelait « l’axe du mal » !

Ces positions avaient classé Bolton parmi les « néoconservateurs » alors tout puissants à Washington. Lui se défendait d’en être. Préférant se décrire comme un « nationaliste Américain». Toutefois sa défense de l’aventurisme irakien, ses appels à des  frappes préventives contre Pyongyang, ou contre les installations nucléaires iraniennes lui ont fait une réputation de dangereux faucon ; de « va-t’en guerre » prêt à semer la destruction et le chaos, un peu partout dans le monde, comme en Libye, un autre des pays où il souhaitait voir un changement de régime, et dont la chute de Mouammar Kadhafi a engendré la ruine.  

Cette réputation contraste avec la volonté affichée par Donald Trump durant sa campagne, et maintes fois répétée depuis son élection, de désengager les Etats-Unis d’un certain nombre de théâtres internationaux, notamment le Moyen Orient, et de ramener les troupes à la maison.

President Trump w

 D’où la question de savoir pourquoi Trump a choisi Bolton comme premier conseiller sur les questions internationales ?  Est-ce le signe d’un changement d’orientation ?  La politique étrangère de l’administration Trump serait-elle en train d’évoluer vers plus d’interventionnisme ?  Ou bien, s’agit-il de tout autre chose ? Comme de renforcer l’image d’un président qui croit d’abord à la force ? Une force qu’il s’agit de mettre en avant pour éviter justement à  avoir à s’en servir…. Ce que les Américains appellent « Peace through strength »,  la « paix armée » en français.

Cette deuxième explication prend le pas sur la première. La nouvelle équipe du président est d’abord une équipe musclée. Par l’allure. Et par le langage. Mais il y a une troisième explication. Elle tient presque exclusivement à l’Iran.

Trump se prépare à annoncer le retrait unilatéral des Etats-Unis du JCPOA, l’accord sur le nucléaire de 2015, et John Bolton, qui a toujours été vent debout contre cet accord, aura la tâche d’organiser ce retrait. Pourquoi ? Parce qu’il a spécialement étudié cette question et même publié un long article en 2017 détaillant, point par point le processus à suivre, vis-à-vis de l’Onu, vis-à-vis des autres pays participants, et vis-à-vis des alliés, au sens large, des Etats-Unis.

JCPOA partenaires

D’autre part, lors de son passage à l’Onu, John Bolton eut, comme homologue iranien, Mohammed Javad Zarif,  actuel ministre des affaires étrangères de l’Iran et qui fut le principal négociateur de l’accord nucléaire… De sorte que Bolton sait mieux que quiconque le crédit que l’on peut accorder à la parole de cet homme et du régime qu’il représente.

Cette tâche accomplie, Bolton devra préparer et briefer le président Trump en vue de sa rencontre avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, attendue pour fin mai, début juin. Vues les déclarations de Bolton sur le régime de Pyongyang, aucun angélisme à attendre de ce côté. L’idée étant d’obtenir des résultats concrets et définitifs sur la dénucléarisation de la Corée du Nord, au contraire de ce qui se produisit par le passé, notamment sous la présidence de Bill Clinton en 1994.  Signe que le nouveau trio stratégique autour du président est déjà impliqué dans cette double tâche. Mike Pompeo,  lui-même, s’est rendu à Pyongyang pour rencontrer le leader coréen, et lui présenter les demandes du président américain.

Mike Pompeo and Kim Jong Un

Sur la Syrie enfin, il est probable que le bail des troupes américaines (environ deux mille hommes des Forces Spéciales) soit renouvelé. Ne serait-ce que pour ne pas laisser le champ totalement libre à l’Iran, et à la Russie, ainsi, inévitablement, qu’au nouveau mouvement djihadiste  qui renaîtra des cendres d’ISIS.