Donald Trump defiant

La tentation est forte de passer à autre chose. De tourner la page. Il y a des élections présidentielles aux Etats-Unis tous les quatre ans. Chacun sait qu’elles sont toutes émaillées de fraudes ou d’irrégularités. On n’en fait pas tout un fromage pour autant… Et Donald Trump s’il souhaite un nouveau mandat pourra à nouveau être candidat en 2024. Alors pourquoi s’accrocher à des recours et des recomptes qui ne changeront sans doute pas le résultat présumé du scrutin ?

Eh bien pour deux raisons !

La première est qu’il ne s’agit pas de Trump mais du processus électoral, c’est-à-dire de l’avenir des Etats-Unis.  Ce qui s’est passé en 2020 dépasse largement la personne de Donald Trump. C’est l’intégrité du système qui est en jeu. La confiance des Américains dans leurs institutions. Faire toute la lumière est essentiel. Fermer les yeux serait entériner le divorce définitif d’une partie de l’Amérique envers ses institutions. Il ne s’agirait plus de fracture mais bien de rupture. Le premier à en pâtir serait le vainqueur désigné de cette élection.

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La seconde raison est qu’à y regarder de plus près, l’accumulation des recours, la multiplication des témoignages, sous serment, les ajustements dûs aux recomptes, font que le résultat annoncé du scrutin pourrait ne pas être le résultat définitif. Aussi invraisemblable que cela semble, alors que certains leaders mondiaux ont déjà félicité Joe Biden pour son élection – dont le président français Emmanuel Macron – il est essentiel de rappeler que le résultat de l’élection présidentielle n’a pas encore été officialisé. Celle-ci n’est pas terminée.

Oui, certaines célébrations ont peut-être été prématurées. On peut même se demander si ces célébrations n’ont pas été un moyen de pression (un de plus) sur l’opinion. Une sorte de fait accompli médiatique qui rende tout retour en arrière impossible et officialise une victoire volée avant même que la plainte pour vol ait pu être déposée.

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Car, il n’appartient pas aux médias de déclarer le vainqueur de l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Ce vainqueur ne peut être désigné que de deux façons.

Un, son adversaire reconnaît sa défaite. C’est une courtoisie qui accompagne en général les résultats indiscutables. Pour l’heure, Donald Trump n’a pas concédé l’élection. Et pour cause, il estime qu’elle n’a pas été régulière…

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Deux, les Secrétaires d’Etat de chacun des cinquante Etats de l’Union certifient le résultat pour leur Etat. Cette étape interviendra au plus tard le 14 décembre date à laquelle le Collège électoral se réunira pour transmettre ces résultats à Washington.  A cette date tous les recours auront dû être résolus en justice, la contestation ne sera plus possible.

Rappelons qu’en 2000, le camp Démocrate avait demandé des recomptes pendant plus d’un mois et Al Gore avait fini par concéder l’élection le 12 décembre.  Cette année-là seule la Floride posait problème. Et il n’était pas question de fraude, mais simplement de décompte. Aujourd’hui plus d’une demi-douzaine d’Etats font l’objet de contestation, à la fois quant au résultat et quant au déroulement. La situation est donc plus complexe et prendra au moins autant de temps à être résolue.

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Voici l’état des lieux de cette élection à la date du 11 novembre, soit 8 jours après le vote : Joe Biden est le présumé vainqueur. Il a rassemblé 75 millions de voix. Un record historique. Surtout il dispose actuellement  d’au moins 270 voix au Collège électoral , ce qui asseoit sa victoire. Donald Trump a rassemblé 71 millions d’électeurs, huit millions de plus qu’en 2016 et il est crédité de 214 voix au Collège électorale.

Le résultat n’est toutefois pas définitif car huit Etats restent en suspens: Alaska, Arizona, Caroline du Nord, Géorgie, Michigan, Nevada, Pennsylvanie, Wisconsin.

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Dans le détail :
En Alaska (3 voix au Collège électoral) Trump est largement en tête, mais seulement 60% des bulletins ont été comptés. Parce que les 40% restant ont été adressés par courrier et que la loi de l’Etat repousse au 10 novembre le début du comptage des bulletins reçus par correspondance.  Pour l’instant ils ont simplement été vérifiés pour s’assurer de leur conformité. Trump devrait l’emporter.  

En Arizona (11 voix) Joe Biden a été déclaré vainqueur avec 49,4% des voix contre 49,1% des voix à Donald Trump. Moins de treize mille voix séparent les deux hommes sur 3,5 millions de suffrages exprimés. Un recompte est en cours.

En Caroline du Nord (15 voix), Trump est également en tête, 50% contre 49%, soit soixante-quinze mille voix sur 5,3 millions de suffrages. Les autorités ont jusqu’au 12 novembre pour officialiser cette victoire. Elles attendent le décompte final des bulletins de vote provenant de militaires en missions dans le monde qui peuvent être acceptés avec plusieurs jours de retard.

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En Géorgie (16 voix) un recompte est en cours. Les médias ont donné cet Etat à Biden. Il est crédité de 49,5% des voix contre 49,3% pour Trump. Un écart infime de 0,2% soit douze mille voix seulement, sur cinq millions de suffrages exprimés. Le président sortant était largement en tête dans la nuit du 3 au 4 novembre. Cette avance a fondu au fil des jours. Les Républicains espèrent qu’un simple recompte suffira à les faire repasser devant…

Le Michigan et ses seize voix au Collège électoral ont été attribués à Joe Biden, mais une plainte a été déposée par le camp Républicain et des irrégularités ont été constatées.

Le Nevada a été attribué à Jeo Biden avec 50,2% des voix contre 47,5% à Donald Trump. L’écart est de trente-cinq mille voix sur 1,3 millions de suffrages exprimés. Une plainte a été déposée en justice contre cet Etat par les Républicains concernant des bulletins non valables.  

La Pennsylvanie (20 voix) a également été attribuée à Joe Biden, 49,8% contre 49,1% , mais le résultat fait l’objet de plusieurs plaintes, tant sur la validité des bulletins de vote que sur le déroulé du dépouillement

Le Wisconsin a été aussi attribué à Joe Biden, avec 49,6% des voix contre 48,9%, soit 0,7% d’écart. Vingt mille voix, sur six millions de suffrages, séparent les deux candidats. Un recompte est en cours.

Dans le meilleur des cas, Biden peut obtenir 306 voix au Collège électoral. Mais sans la Pennsylvanie, le Michigan, et la Géorgie, il retombe à 252 voix, en deçà de la barre des 270.

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De son côté Donald Trump totalise 214 voix. Avec la Caroline du Nord et l’Alaska, il en aura 232. Il lui en manquera 38 pour parvenir à 270. Il faut donc qu’il parvienne à inverser le résultat dans au moins trois Etats ou des recours ont été déposés. C’est une gageure sans précédent, qui a peu de chance d’être couronnée de succès, sauf si les cours de justice venaient à invalider les résultats de certains comtés au sein de ces Etats.

C’est ce que les avocats du président vont chercher à obtenir.

Pour l’instant leurs actions en justice se concentrent sur quatre Etats : la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et le Nevada.

En Pennsylvanie,  Rudolph Giuliani, l’avocat de Donald Trump conteste la validité de 135 000 bulletins de la ville de  Philadelphie, car ils ont été dépouillés sans la supervision de vérificateurs Républicains, ainsi que la loi l’impose. Il affirme qu’une situation similaire (absence de supervision) a été observée à Pittsbrugh et dans le comté voisin d’Allegheny. En tout ce sont 682 000 bulletins qui ont été comptés sans supervision par les Républicains.

Rudolph Giuliani 1

Le camp Républicain accuse  Kathy Bookvar, la secrétaire d’Etat de Pennsylvanie, une Démocrate connue pour ses déclarations anti-Trump, qui est aussi la personne chargée de l’organisation et de la validation de l’élection, de discrimination envers les électeurs, pour ne pas avoir mis en place un système uniforme à travers l’ensemble de l’Etat, mais d’avoir facilité le vote avec des moyens techniques supplémentaires dans les comtés à majorité Démocrate, sans fournir de moyens équivalents dans les comtés à majorité Républicaine.

Toujours en Pennsylvanie, les Républicains demandent l’annulation de bulletins prédatés (leur nombre n’a pas été communiqué), ainsi que l’annulation de bulletins de vote émanant de personnes décédées (sept cent pour la seule ville de Philadelphie) ! Il est très facile de faire voter les morts par courrier, Biden ne serait pas le premier à avoir profité de ces voix d’outre-tombe !  

Pour rappel Donald Trump a perdu en Pennsylvanie par moins de cinquante mille voix, sur sept millions de votes.  

Un autre élément est problématique en Pennsylvanie. Il est communément accepté que la généralisation du vote par correspondance a été suscitée par la pandémie de coronavirus. C’est pour éviter les contacts que certains électeurs, les plus vulnérables, ont préféré voter à distance et c’est pour les protéger que l’Etat a étendu la possibilité du vote par correspondance. Mais en Pennsylvanie la loi généralisant le vote par correspondance et autorisant l’Etat à envoyer des bulletins non sollicités à tous les électeurs a été votée par l’assemblée d’Etat en octobre 2019. Soit trois mois avant l’apparition du Covid-19. La pandémie n’a rien à voir avec la généralisation du vote par correspondance, c’était depuis le début une manœuvre politique, concertée et planifiée avec pour objectif de faciliter la victoire du candidat démocrate…De plus la Cour Suprême de Pennsylvanie a de sa simple autorité étendu de trois jours la date de réception des bulletins de vote par correspondance, sans que la législature ne vote un tel texte. Une décision qui viole le principe de séparation des pouvoirs, et aurait du être invalidée...

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Dans le Michigan, et en particulièrement à Wayne County, la banlieue bourgeoise de Detroit où réside Ronna Mc Daniel la présidente du parti Républicain, les officiels Républicains n’ont pas été autorisés à surveiller le dépouillement. Les fenêtres ont été obstruées pour bloquer toute visibilité et les portes fermées à clef. Les Républicains ont recueilli plusieurs centaines de témoignages faisant état de 2 800 infractions. Parmi ces témoignages plusieurs proviennent d’employés de la poste à qui l’on a demandé d’antidater des bulletins par correspondance pour qu’ils soient admis et comptés.

Toujours dans le Michigan une erreur commise par le logiciel informatique a attribué à Biden six mille voix qui auraient dû revenir à Trump. L’erreur a été identifiée et corrigée assurent les autorités. Toutefois le logiciel fautif est utilisé dans la moitié des comtés du Michigan ainsi que dans des dizaines d’autres Etats américains, dont la Géorgie…

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Dans le Nevada sur six cent mille bulletins reçus par courrier, quatre cent mille ont été validés par une machine, sans supervision humaine, ce qui est contraire à la loi. Par ailleurs pour la seule ville de Las Vegas, trois mille électeurs ayant quitté l’Etat ont tout de même voté, laissant planer un doute sur la validité de leur vote.  

Dans le Wisconsin, les Républicains contestent la validité de certains bulletins qui auraient été altérés par les employés chargés du dépouillement. La loi du Wisconsin stipule qu’un bulletin reçu par courrier doit porter le nom, la signature et l’adresse d’un témoin. Dans certains cas, l’adresse manquante a été rajoutée par les employés, afin de valider le bulletin. Ce qui est contraire à la loi. Cette plainte est parfaitement recevable en justice, mais on ne sait pas combien de bulletins sont concernés. Également dans le Wisconsin, les Républicains questionnent l’attribution de cent mille voix à Joe Biden, contre zéro à Trump, dans le cours du dépouillement. Ils questionnent aussi la participation extrêmement élevée dans certains comtés, allant au-delà d’une participation déjà exceptionnellement forte constatée dans tous les Etats.

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Pour l’heure la stratégie des Républicains consiste à rassembler des témoignages afin d’obtenir des déclarations sous serment (« affidavits » en anglais) qui aient une valeur devant un tribunal. Un témoignage, s’il est fait sous serment devient une preuve. Le parjure est passible de cinq à dix ans de prison aux Etats-Unis. Cette démarche est fastidieuse et lente. Il faudra donc du temps. Les recours des Républicains continueront sans doute d’être examinés jusque début décembre.  

De là à obtenir gain de cause devant les tribunaux de tous les Etats où ils ont engagé des poursuites, il y a un fossé. Un grand fossé ! Toutefois leur démarche est justifiée, d’un point de vue constitutionnel, et essentielle d’un point de vue politique. Car il y va de l’avenir des élections – de toutes les élections – aux Etats-Unis. C’est ce qu’a exprimé le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham.  « Si nous laissons faire nous ne gagnerons plus une seule élection,» a-t-il noté. La façon dont la Pennsylvanie a procédé constitue en effet une véritable confiscation du processus et donc du pouvoir. Les autorités judiciaires fédérales et la commission électorale fédérale se doivent d'intervenir pour mettre de l'ordre dans le système avant la prochaine échéance nationale.

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Même si les médias dominants préfèrent ne pas s’intéresser aux recours déposés par l’équipe de Donald Trump, il ne fait déjà plus de doute pour les Américains que cette élection a été entachée d’irrégularités.  Le discours officiel s’est déjà adapté. Les Démocrates ne défendent plus l’absence de fraude, mais l’absence de « fraudes massives », une différence sémantique de taille.

Donald Trump qui a déjà remporté une victoire morale en faisant beaucoup mieux que ce que les sondages prédisaient, est en train d’en remporter une autre devant l’opinion. Même si le résultat ne change pas, il pourra toujours affirmer devant sa base, preuve à l’appui,  que cette élection lui a été volée et ils sauront qu'il a, encore une fois, raison.