Campagne 2012: Le retrait d' Afghanistan annonce un recentrage des priorités américaines
L’Afghanistan et la politique étrangère se sont immiscés dans la campagne présidentielle américaine. Le débat porte sur la définition des « intérêts vitaux américains ». L’Amérique ne veut plus être le sheriff du monde libre.
« Nous venons de vivre des semaines difficiles et complexes en Afghanistan, chacun a pu le constater… » Avec un sens aigu de la litote qui caractérise sa fonction de diplomate, Hillary Clinton a ainsi résumé les incidents qui se sont multipliés en Afghanistan.
Début janvier une vidéo circulait sur le net montrant des soldats américains urinant sur les cadavres de combattants talibans. Le 22 février sur la base de Bagram, des militaires brûlaient quatre Corans, provoquant la colère des populations locales. Ces Corans étaient utilisés par les prisonniers talibans pour communiquer avec l’extérieur. C’est en découvrant leurs pages couvertes de messages que les Américains avaient décidé de les détruire, sans penser qu’il fallait les enterrer et non les brûler…Le 11 mars enfin un militaire américain ouvrait le feu sur des civils afghans, dans un accès de folie, faisant 16 morts. Il a été arrêté et sera jugé aux Etats-Unis. Il risque la peine de mort. Le président Obama a présenté ses excuses au président Karzaï.
Celui-ci n’en demande pas moins le départ accéléré des troupes américaines, et l’évacuation des villages. « L’Afghanistan est en mesure d’assurer seul sa sécurité », affirme-t-il.
En vérité Obama ne demande pas mieux que de rapatrier ses GI’s. A condition d’en trouver la manière. Car à six mois du scrutin présidentiel, l’image d’un départ précipité et désordonné pourrait avoir un effet désastreux.
Le calendrier actuel envisage un retrait de toutes les troupes combattantes d’ici décembre 2014 et le maintien sur place de troupes d’instruction. Il reste environ 90 000 soldats américains en Afghanistan. Dix mille sont rentrés à l’automne 2011. Vingt-deux mille autres doivent rentrer d’ici l’automne 2012. Ce chiffre ne devrait pas changer. Par contre il est probable que les troupes américaines se cantonnent désormais dans leurs bases. Afin d’éviter les bavures, et les accrochages.
Aux yeux des Américains, mourir pour l’Afghanistan, n’est plus une nécessité vitale! C’est peut-être même un sacrifice inutile. 60% des Américains souhaitent un retrait immédiat d’Afghanistan. 68% sont favorables à un arrêt des missions de combats. Les Américains ne sont plus que 29% à penser que cette guerre peut être « gagnée ».
Les candidats républicains se sont emparés de la question. Pour critiquer Obama, certes, mais aussi s’attaquer les uns les autres. La politique étrangère américaine, jusqu’à présent absente de la campagne, est ainsi entrée dans le débat.
Mitt Romney, jusqu’à présent ardent défenseur de l’engagement américain, s’en est pris à Obama, pour son « manque de leadership dans ses relations avec Karzaï ». Le seul calendrier de retrait qui vaille est celui dicté par les généraux », dit-il. Il importe de soutenir les troupes sur place. Par contre « un tel engagement ne devrait pas être renouvelé à l’avenir ».
Santorum, tout comme Romney, soutenait cette guerre tant qu’elle était celle de George W. Bush. A présent qu’elle est devenue celle d’Obama, il adresse les plus vives critiques au président : « si on veut gagner une guerre on ne peut pas communiquer la date de son départ à l’adversaire… il faut soit se donner les vrais moyens de l’emporter, soit se retirer au plus tôt… ».
Gingrich jouant sur un registre plus nationaliste, a clairement pris ses distances avec le conflit : « Nous mettons en péril la vie de jeunes gens et jeunes femmes au service d’un objectif qu’on ne peut pas atteindre…Il nous faut comprendre que notre présence dans des pays comme l’Afghanistan est contre-productive. Nous ne sommes pas suffisamment impitoyables pour imposer le changement et restons perçus comme une force étrangère.» A l’été 2010 il estimait que le nombre de troupes sur place n’était pas suffisant, pour atteindre l’objectif fixé d’un Afghanistan pacifié et « démocratisé ». A la lumière des incidents récents, il estime au contraire que « les Afghans doivent se préparer à affronter leur misérable existence tout seuls ».
Ron Paul, n’a pas varié d’un pouce dans ses positons. Opposé à cette guerre depuis le début, il y reste opposé, tout comme il s'oppose à tous les confits qui ne mettent pas directement en jeu les « intérêts vitaux des Etats-Unis »
En 2001, après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis étaient intervenus au nom de leurs intérêts vitaux. Des terroristes abrités par le régime taliban venaient de frapper leur population sur leur territoire, il s’agissait d’éliminer cette menace, dans un premier temps et de faire en sorte qu’elle ne puisse ressurgir dans un second. Pour mener leur guerre seuls, ils n’avaient d’ailleurs invoqué ni le chapitre VII de la charte de l’Onu, ni l’article V du traité de l’Otan. Ce n’est qu’à la fin des combats que la communauté internationale avait été appelée à soutenir l’effort de reconstruction et l’Isaf mise en place.
Onze ans plus tard, Ben Laden tué, son réseau démantelé, les Américains considèrent de plus en plus que la situation intérieure de l’Afghanistan n’est plus un « intérêt vital », mais simplement un des nombreux « intérêts nationaux » et donc qu’elle ne justifie plus une présence militaire active.
Après des années d’interventionnisme tous azimuts le consensus des Américains se reforme autour de la Doctrine Reagan : N’intervenir que lorsque les intérêts vitaux des Etats-Unis sont menacés.
Dans le contexte de la guerre froide, Reagan croyait à la nécessité de combattre l’Union soviétique sur tous les fronts. Y compris par des actions clandestines, comme au Nicaragua. Mais de rester en dehors des autres conflits. C’est lui qui avait présidé au désengagement américain du Liban et du Proche Orient. La première guerre du Golfe avait fait voler cette doctrine en éclat et contribué à un déploiement massif de troupes américaines dans la région. Sous Clinton, l’Amérique s’était engagée en Afrique et en Europe, à deux reprises. L’administration Bush avait, à partir de 2002, poursuivi une politique interventionniste pour remodeler le monde, en particulier le Moyen Orient , en sa faveur.
Cette période est en train de se refermer. Si les Américains restent soudés derrière leur armée (81% en ont une opinion favorable), ils sont désormais une majorité à penser que des coupes dans le budget de la défense n’affecteraient pas la sécurité du pays. Seuls 25% d’entre eux pensent encore que l’Amérique doit dépenser plus pour se défendre.









