La réélection d’Obama se jouera sur la santé de l’économie américaine. Or celle-ci n’est pas bonne. L’activité piétine, le chômage persiste. Obama blâme la crise financière européenne et en appelle à une relance de la croissance. Comme François Hollande. 

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Confronté à ses homologues du G 20 dans la station balnéaire huppée de Los Cabos au Mexique, François Hollande a trouvé un allié inattendu en la personne de Barack Obama.

On savait les deux hommes « de gauche ». Le premier est« socialiste » et le revendique. Le second rejette une telle étiquette, même si bon nombre de ses électeurs la lui ont collée sur le dos…  Mais les deux hommes se rejoignent désormais sur le chemin à suivre pour sortir de la crise. Ils privilégient  la « croissance » et  en appellent tous les deux à sa relance par la dépense publique. Le premier par idéologie, le second parce qu’il joue sa réélection. 

 L’euro s’est, en effet, invité dans la campagne présidentielle américaine. Ou plutôt la crise financière européenne. Pour le président Obama, si l’économie américaine peine à redémarrer, c’est parce que l’Europe, son principal partenaire commercial, est au bord d’une nouvelle récession. 

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« Notre soucis aujourd’hui, c’est l’Europe qui affronte la menace d’une nouvelle récession, a-t-il dit Moins de demande à Paris et Madrid et c’est moins de commandes pour les usines de Pittsburgh ou Milwaukee…  La bonne nouvelle c’est qu’il y a une voie de sortie… Les pays européens les plus endettés doivent réformer leur fiscalité, mais ils doivent aussi promouvoir la croissance économique et la création d’emplois. »  

 Le mot est lâché. Le vrai souci de Barack Obama, c’est « l’emploi », ou plutôt, le chômage.  Après avoir baissé pendant dix-huit mois,  revenant de 9,8% à 8,1% entre novembre 2010 à avril 2012, le taux de chômage  américain est reparti à la hausse. Moins de 70 000 emplois ont été créés aux Etats-Unis au mois de mai. C’est le plus mauvais chiffre depuis deux ans. De sorte quel taux de chômage se situe désormais à 8,2%. Il touche plus de vingt-trois millions d’Américains.

 De mémoire d’historien, aucun président sortant n’a été réélu avec un chômage supérieur  à 8%. Pour Obama l’enjeu est donc clair. Gagner au moins trois dixièmes de points sur le front de l’emploi, ou n’être le président que d’un seul mandat…Pour cela il lui faut trouver le moyen de relancer son économie et si l’Europe peut lui donner un coup de pouce, il ne dira pas non.

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 S’il apprécie la position de François Hollande, Obama sait que la vraie personne à convaincre, c’est Angela Merkel. Depuis le début de l’année, Obama a eu dix-huit entretiens avec la chancelière allemande, en personne, au téléphone ou en vidéo conférence. Leurs rapports sont excellents, assure la Maison Blanche. Ils s’apprécient mutuellement. Mais la dame de Berlin n’en est pas moins restée inflexible…

 Obama se bat aussi sur le front intérieur, où il se heurte à son challenger républicain,  Mitt Romney qui propose  des solutions radicalement différentes à la crise. Le 14 juin, les deux hommes étaient dans l’Ohio, pour donner, presqu’à la même heure mais dans deux villes différentes, leurs recettes de sortie de crise.

 Barack Obama, comme Harry Truman en 1948, a critiqué l’inaction du Congrès et son refus de voter son American Jobs  Act.  Refus qui a « privé un million d’Américains de travail.»  Pour lui l’Amérique souffre d’un manque d’emplois et d’investissements publics. Le pays aurait besoin de plus de policiers, de plus d’enseignants ou de pompiers, mais les administrations locales et les Etats n’ont pas les moyens de les embaucher. Le pays aurait besoin « de ponts de routes et d’écoles », mais il n’y a pas de crédits pour les financer.

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 Il en va tout autrement du « secteur privé », dit le président américain. Là, « le rythme des embauches est soutenu depuis vingt-sept mois…  Nous avons crée 4,3 millions d’emplois, dont huit cent mille depuis le début de l’année ».   Lors d’une conférence de presse, Barack Obama a même ajouté « le secteur privé se porte bien ». Remarque qui lui a valu les foudres de son challenger Mitt Romney, pour qui elle dénote une ignorance coupable des réalités.

 Car Mitt Romney ne cesse de le répéter, « les choses vont mal ». La dette cumulée est 15,7  «trillions » de dollars (un trillion = mille milliards), soit 100% du PIB. La gestion Obama est pour lui « un échec moral de proportion catastrophique ». Inversant les rôles habituels, il cite désormais les chiffres de la pauvreté qui a augmenté sous la présidence Obama.  Et pour être sûr que cela n’aille pas mieux dans les mois à venir, son conseiller Glenn Hubbard s’est fendu d’un éditorial dans la presse…allemande ! Pour convaincre Angela  Merkel de ne pas céder aux sirènes d’Obama…   

US National debt 1940-2010

 En économie,  Mitt Romney est, en effet, comme la chancelière,  un adepte de la rigueur fiscale. « Dépenser chaque année mille milliards de plus qu’il n’y a dans les caisses, c’est emprunter la même route que la Grèce et à terme nous heurter au même mur… » . La solution est exactement inverse,  « limiter nos dépenses », « réduire les règlementations qui étranglent nos entreprises»  et « en revenir aux fondamentaux de l’économie américaine avec plus d’initiative privée et moins d’intrusion de l’Etat ».

 Au passage Mitt Romney rappelle « qu’il n’est pas question d’envoyer des chèques aux Européens » pour les aider à rembourser leurs dettes. Le laxisme fiscal européen n’a pas bonne presse aux Etats-Unis et sur ce terrain Romney est en phase avec une majorité de l’électorat. 

 A sa décharge, le candidat républicain consacre plus de temps dans ses discours  à critiquer Obama, qu’à proposer des solutions spécifiques. Mis à part le prolongement des allègements d’impôts décidés par George W. Bush  en 2002 et le retrait de la loi santé d’Obama (« Obamacare » dans le jargon américain), Romney n’a ni détaillé ni chiffré son programme.

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Mais la méthode fonctionne. Romney  grignote du terrain sur Obama. Les projections le donnent désormais pratiquement à égalité avec le président sortant en nombre de sièges au Collège électoral, 206 contre 217, avec 115 sièges « indéterminés ».  Ceux-ci correspondent aux fameux « swing states ».  Or, un certain nombre penchent désormais nettement dans le camp républicain. Comme  la Floride, la Caroline du Nord, l’Arizona et le Missouri,  tous  remportés par Obama en 2008.