La «surprise d’octobre »  est venue de la météo. L’ouragan Sandy a donné au président Obama l’opportunité de se comporter en Commandant en Chef quand Romney n’a pu que jouer aux auxiliaires de la Croix Rouge. 

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L’ouragan passé, il faut constater les dégâts. Au-delà du bilan humain et matériel très lourd -50 personnes tuées, ce qui est considérable, et des milliards de dollars d’infrastructures détruites- Sandy a fait des dégâts politiques. Il a interrompu et perturbé la campagne présidentielle. Jouant le rôle de « surprise d’octobre ».

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Dans le jargon politique américain la « surprise d’octobre » est un évènement inattendu, mais souvent orchestré en coulisse, qui vient s’immiscer dans la campagne à la veille de l’élection. Le plus souvent à l’avantage du locataire de la Maison Blanche.
En 1972, Henri Kissinger avait affirmé, à quelques jours du scrutin,  « la paix au Vietnam est toute proche ». Face à une guerre de plus en plus impopulaire, il rappelait aux Américains que le président Nixon avait engagé des discussions pour une sortie honorable du conflit, que sa non-reconduction à la Maison Blanche aurait compromise…  
En 1980, Jimmy Carter avait espéré - et les médias avaient attendu - une libération des otages américains de Téhéran, qui aurait fait basculer l’élection en sa faveur. Rien n’était venu.  Plus tard des rumeurs avaient circulé sur une rencontre secrète entre George Bush, vice-président de Ronald Reagan, et des émissaires iraniens, à Paris, pour justement envisager une telle libération après le scrutin…
En 2004, une vidéo de Ben Laden avait fait surface quelques jours avant  le scrutin, rappelant aux Américains que la menace terroriste était toujours bien réelle et que George W. Bush était l’homme de la situation pour y faire face…
Depuis l’expression est entrée dans le vocabulaire politique.
Cette année la « surprise d’octobre » aurait pu venir à nouveau de l’Iran. Début octobre le New York Times annonçait que des discussions bilatérales entre américains et iraniens autour de la question nucléaire allaient reprendre en novembre. De quoi faire retomber la tension entre les deux nations et conforter le président Obama, dans sa posture alliant fermeté et dialogue. Face à un Mitt Romney dangereusement va-t-en guerre. Mais, le président a démenti l’information. Et Mitt Romney a modéré sa rhétorique. Du coup la nouvelle n’a pas eu l’impact attendu.

hurricane sandy 4Mais voici qu’un formidable ouragan – surnommé « Frankenstorm » par les médias – a dévasté la côte-est et chamboulé les plans de campagne des candidats.  Offrant au passage au président une opportunité unique de mettre en valeur sa fonction et ses qualités de Commandant en Chef. Et Obama –dont la réélection est loin d’être acquise – a sauté sur l’occasion.


 

Lundi 29 octobre, à quelques heures de l’arrivée de Sandy, il convoquait une conférence de presse depuis le sous-sol de la Maison Blanche, transformée en QG de crise : « Je viens d’être briefé par les représentants de tous les services d’urgences et les ministères concernés… Nous allons affronter un orage énorme et violent… J’ai contacté les gouverneurs des Etats… Ici à la Maison Blanche nos services sont pré-positionnés pour répondre aux besoins d’urgence en nourriture, médicaments, aides… Des millions de gens vont être affectés…je demande à tout le monde d’écouter et de suivre les directives des autorités…Si l’on vous demande d’évacuer, faites le… Mon soucis n’est pas l’élection, notre priorité numéro un est de sauver des vies. »
Difficile de faire mieux ! Tout y est ! Le vocabulaire militaire, « briefé », « pre-positionné » ; une hiérarchie clairement établie avec lui-même au sommet ; c’est lui que l ‘on vient informer et c’est lui qui donne ses ordres et distribue ses directives. Jusqu’au nom de l’inévitable site-web mis en place : « ready.gov », (« être prêt ») et la « hot-line » (ligne rouge) disponible « 24/7 ».  Obama est aux manettes. Il est l’homme de la situation
Même s’il se défend d’être en campagne, sa conférence de presse a été retransmise en direct par toutes les chaînes de télévision. Il en a tiré trois bénéfices immédiats. Un, l’image qu’il donne est celle d’un commandant en chef qui gère une crise avec maîtrise et autorité.  Deux, un pays, et l’Amérique encore plus qu’un autre, se soude toujours dans le malheur. Les citoyens font corps avec leurs dirigeants.  Ils se rassemblent derrière leur président. Trois, l’ouragan rappelle à tous le rôle positif et nécessaire du gouvernement.
Face à un Mitt Romney qui veut réduire le rôle de l’Etat, et qui, comme Ronald Reagan rappelle sans cesse que « le gouvernement est le problème pas la solution », Obama profite de Sandy pour rappeler  que le gouvernement est là pour venir en aide aux citoyens et qu’en l’occurrence nombre d’entre eux vont avoir besoin de son aide.

hurricane -sandy Romney rassemble l'aide privée
Pendant ce temps Romney est invisible. Il a bien sûr suspendu sa campagne. Par empathie. Et par obligation. Aucun avion ne décolle plus de la côte-est. Les consignes sont de se réfugier chez soi et d’attendre que la tempête se calme. Il en est réduit à  invoquer l’aide de Dieu : « Je joins mes prières aux vôtres et les adresse à tous nos concitoyens mis en danger par cet ouragan » ; et à rassembler l’aide et les donations pour la Croix Rouge. Certes, il a instruit ses équipes de campagne en Floride et en Virginie pour que chacun s’improvise secouriste.  Certes, il démontre à l’occasion sa proximité avec les petites gens, lui que l’on critique souvent comme trop distant. Certes, il reste dans son registre en gérant l’aide privée. Il rappelle qu’un voisin est toujours plus proche que l’antenne locale de la FEMA (l’agence fédérale d’aide d’urgence). Mais l’impact n’est pas comparable à la tribune médiatique que Sandy vient de donner au président. 

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D’autant que les Américains ont encore en mémoire les images de l’ouragan Katrina en 2005 et de l’incroyable inaction de l’administration Bush. Une inaction  expliquée par le rejet initial de cette aide par les autorités locales et la désorganisation totale des services sur place après le passage de l’ouragan.  Mais qu’importe ! Les Américains – et le reste du monde- avaient vu des citoyens, surtout noirs, abandonnés par leur gouvernement et ce gouvernement était Républicain. Pour Obama souligner l’action de son gouvernement, c’est marquer des points face aux Républicains et leur candidat, Mitt Romney.EarlyVotinglogo
Seul bémol pour le président, sa campagne en faveur du « vote en avance » (« early vote ») a été paralysée. De nombreux Etats ouvrent leurs urnes bien avant le 6 novembre. Pour éviter les queues et l’attente le jour du scrutin et pour favoriser la participation électorale. Or les électeurs qui « votent en avance » accordent leur suffrage à 60% aux Démocrates contre 40% aux Républicains. Ces voix feront-elles défaut à Obama le 6 novembre... ?