Rencontre

Jacqueline de Romilly est née il y a tout juste cent ans, le 26 mars 1913. Elle est décédée voici à peine plus de deux ans, le 18 décembre 2010.
Entre temps elle aura été la première, et seule, femme à être double lauréate du Concours Général, en latin et en grec ;  la première femme à enseigner au Collège de France, à partir de 1973, puis à être reçue à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, avant d’être élue à l’Académie Française en 1988.

jacqueline_de_romilly années 30
Au Collège de France, sa chaire s’intitulait « La Grèce et la formation de la pensée morale et politique ». Elle aura consacré toute sa vie à la langue et à la culture de la Grèce antique. Elle fut une des rares personnes à recommander le maintien de l’enseignement du Grec ancien dans le secondaire. Et alla jusqu’à fonder une association pour « la Sauvegarde de l’Enseignement Littéraire. » Il suffit d’avoir fréquenté une école publique en France récemment ou d’avoir suivi le parcours de ses enfants dans cette institution pour savoir que cette bataille fut perdue…

Ancient Greece school
Jacqueline de Romilly, née David, épouse de Michel Worms de Romilly, se verra interdire d’enseignement en raison de ses origines juives par le régime de Vichy. Elle se convertira au catholicisme, et écrira toute sa vie des ouvrages universitaires et de vulgarisation sur la Grèce antique, ses héros, ses mythes, ses philosophes, ses idées. Rares furent les ouvrages où elle s’aventura en dehors du chemin où elle excellait.

Le sourire innombrable   actualité de la démocratie athénienne

 

 

 

 

 

 

 

 Pourtant il y en avait, mais elle ne voulait pas les voir publier de son vivant. En 1974 elle écrivit un essai en réponse aux bouleversements apportés par Mai 68. Cet essai intitulé « Ce que je crois »  est paru à titre posthume chez Bernard de Fallois en 2011. Tout comme un récit intitulé "Jeanne", un portrait de sa mère, écrit juste après sa mort en 1977,  qui resta enfoui 24 ans. Le récit du parcours d'une femme brillante, professeur, écrivain qui perdit son mari, le père de Jacqueline, mort en 1914 à la guerre, avant d'avoir trente ans.

    Ce que je crois            Jeanne

 

 

 

 

 

 

 

 Aujourd'hui, Bernard de Fallois publie un nouvel inédit, un roman écrit en 1966.  "Rencontre" constitue une interrogation pleine d’ironie et de distance sur l’amour et le temps.

A 34 ans Anne est déjà veuve. Un jour, au Luxembourg, par hasard, elle croise un homme qui lui rappelle Paul, son amour de jeunesse. Elle le laisse partir, s’en veut aussitôt, et fait tout pour le retrouver, revisitant au passage dans sa mémoire leurs moments de bonheur.  Mais peut-on vivre deux fois à douze ans d’écart le même amour ? Et la mémoire ne tend-elle pas à idéaliser le passé en effaçant les aspérités déplaisantes du quotidien ? …

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L’histoire est parfaitement écrite, avec une sobriété et un classicisme disparus (le texte est de 1966), les comportements sont finement observés,  les personnages impeccables dans leurs bonnes manières,  mais les sentiments qui troublent la jeune Anne peinent à nous bouleverser. On lit ce livre comme une bonne élève fait ses devoirs, avec application, et beaucoup de plaisir, mais sans grande passion.


 Rencontre, Jacqueline de Romilly, éditions Bernard de Fallois, 224 pages, 16,50 euros.