Mitt Romney 2

C’est un retour inattendu et qui en embarrasse plus d’un.

Voici que Mitt Romney veut se lancer dans une nouvelle campagne pour la Maison Blanche. La troisième, après 2008 et 2012. Sa décision est « pratiquement acquise » a-t-il confié tout récemment à un groupe d’investisseurs à New York.
L’idée déplaît à pas mal de sympathisants du parti républicain. Romney est pour eux la personnification de l’échec. Mais elle semble intéresser les électeurs. Car cette simple annonce d’intentions a catapulté l’ancien gouverneur du Massachusetts en tête des sondages pour la nomination du parti républicain. .
Si ce retour se concrétisait, ce serait, pour le battu de 2012, une véritable résurrection. L’homme avait quitté la scène politique maladroitement, meurtri par une défaite à laquelle il ne croyait plus, empli d’amertume pour la politique en général et les cadres de son parti en particulier, qu’il accusait de ne pas en avoir fait assez pour le soutenir…

romney button 2012

Courir n’est pas gagner. Et entre un Romney candidat aux primaires et un Romney emportant à nouveau la nomination républicaine, il y a dix-huit mois de batailles et des obstacles innombrables. Et le premier bulletin de vote ne sera pas déposé dans une urne avant un an…
Mais cette annonce marque le vrai début de la campagne présidentielle de 2016. Et si elle est venue maintenant c’est que Romney, décidé ou pas, souhaite surtout préserver les quelques chances qu’il lui reste, en empêchant un concurrent d’émerger trop tôt.  Car pour l’heure, ce ne sont pas les votes que les candidats courtisent. Ce sont les soutiens et les donations en monnaie sonnante et trébuchante.
Le retour de Mitt Romney sur le devant de la scène politique américaine date en fait de l’an passé. Quelque chose d’étrange s’est produit sur le chemin des élections de mi-mandat. Le vaincu de 2012 s’est soudain trouvé très demandé. Au contraire du président Obama, qu’aucun candidat démocrate ne voulait avoir à ses côtés, Mitt Romney était sollicité aux quatre coins du pays par les candidats républicains. Et les sondages révélaient que si l’élection de 2012 était rejouée, Romney l’emporterait largement (53 % contre 44%). Piètre consolation, mais vraie révélation pour Mitt Romney. Les électeurs avaient gardé une petite place pour lui dans leur cœur. En anglais cela s’appelle « buyer’s remorse », mot à mot « les regrets de l’acheteur ». Ce sentiment diffus qui nous prend parfois, juste après avoir acheté quelque chose, lorsqu’on se dit qu’on a fait le mauvais choix… C’est précisément le sentiment qui s’est emparé des Américains depuis la réélection de Barack Obama (de même que c’est le sentiment d’un nombre encore plus grand d’électeurs français depuis l’élection de François Hollande…)

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S’il n’est pas possible de revenir en arrière, on peut parfois avoir une nouvelle chance. C’est précisément ce que se dit Romney et ce que pensent certains électeurs.
Pour que cette chance se concrétise Romney, qui il y a encore un an balayait toute nouvelle campagne d’un revers de la main, se doit d’agir vite pour rassembler à la fois les fonds et l’équipe nécessaires à une campagne. L’équipe existe déjà. C’est celle de 2012, restée intacte à quelques exceptions près. Mais pour les fonds c’est autre chose. Les généreux donateurs ne peuvent pas signer un chèque à chaque candidat. Même parmi les sympathisants républicains. Si Romney veut le sien, il doit le réserver dès à présent. Ne serait-ce que pour empêcher qu'il aille à un autre…  C’est exactement le sens de sa démarche.
Le champ des candidats républicains compte pour l’instant quelques inconnus (Scott Walker,  Ted Cruz et John Kasics par exemple) et d’éternels perdants (Mike Huckabee, Rick Santorum et Rick Perry) plus Jeb Bush. Bush porte un nom célèbre. Il appartient à une puissante dynastie politique. Il fut gouverneur de Floride, c’est un candidat sérieux, et c’est précisément pour empêcher qu’il n’émerge trop vite comme le candidat inévitable que Romney a fait connaître ses intentions.

Mitt Romney, we believe in America

Il a jusqu’en mars pour donner suite à sa déclaration d’intention. Le feuilleton n’en est donc qu’à son début. Ce qui est sûr est qu’après avoir ruminé sa défaite, Romney a décidé qu’il ne pouvait pas rester sur l’échec de 2012. D’une part, il veut laver l’affront, en sollicitant à nouveau les suffrages, pour le meilleur ou pour le pire. D’autre part il demeure convaincu qu’il est en mesure d’aider son pays, auquel cas il se doit de courir… 

Trois campagnes pour la Maison Blanche, est-ce une de trop ? Beaucoup le pensent outre-Atlantique. Le chroniqueur conservateur George Will s’est fendu d’un éditorial cinglant contre Romney. De  même que Mark Thiessen, un « fellow » du Hoover Institute et chroniqueur au Washington Post. Tous deux sont des sympathisants républicains. Et c’est précisément parce qu’ils estiment  que les Républicains ont mieux à présenter en 2016 que Romney qu’ils ne veulent pas de lui…
Mais il ne faut pas jeter la pierre à Romney pour sa témérité. Après tout, en France, François Mitterrand fut élu à sa troisième tentative, après deux échecs cuisants en 1965 et 1974. Et sa présidence fut plutôt jugée satisfaisante puisqu’il parvint à se faire réélire… Mais c’était en France et c’était avant, il y a trente-cinq ans.

Aux Etats-Unis il faut remonter aux années 1900 pour trouver un candidat qui se soit attaqué trois fois à la Maison Blanche. C’était William Jennings Bryan qui fut candidat en 1896, 1900 et 1908 pour le parti démocrate. Et bien sûr trois fois battu. Il faut remonter aux années 1950 pour rencontrer un candidat qui obtienne à nouveau la nomination de son parti après avoir été battu. C’était Adlaï Stevenson, qui fut le candidat démocrate à la Maison Blanche et en 1952 et 1956 et battu à chaque fois par Dwight Eisenhower.

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En 1960 Stevenson fut à nouveau candidat. Sans faire campagne. De par sa notoriété,  il  s’attendait à ce qu’on vienne le chercher pour lui demander d’accepter la nomination. Ce ne fut pas le cas. Un certain John Kennedy passa par là.
Moralité : jusqu’à ce qu’émerge  une vraie relève républicaine, Romney a ses chances.

Mitt Romney pour le renouveau du mythe américain