Un été à Bluepoint

Hilton Wise, surnommé Hilly, est un adolescent ordinaire. Il aime le baseball, ses copains de classe et son quartier. Nous sommes à New Haven, au nord de New York, en 1947. Sa vie bascule quand son père, avocat, déniche l’affaire du siècle. Un procès contre une compagnie aérienne dont un avion s’est écrasé.  Au nom des victimes innocentes, Wise  père, va gagner des millions de dollars et devenir une vedette du barreau, sollicité de toutes parts et très grassement rétribué. Une fortune que le fils ne lui pardonnera pas. Pour lui, c’est de l’argent sale, gagné sur le dos des morts! Et parce que la richesse soudaine de cette petite famille juive précipite leur déménagement, loin de son quartier sans prétention, pour un coin privilégié de Nouvelle Angleterre, Bluepoint.
A Bluepoint, Hilly, qui est maintenant un jeune homme, se lie d’amitié avec l’homme à tout faire du domaine, un noir dénommé Lem Dawson. Dawson a une nièce, Savannah, qui vit avec son père un ancien joueur de baseball dont la carrière se brisa sec sur le mur, alors infranchissable, de la race. Hilly tombe amoureux de Savannah. Mais dans l’Amérique des années 50 l’amitié d’un jeune juif et d’un noir est suspecte, et son amour pour une fille de couleur impensable… Du coup ces bons sentiments ne peuvent que déboucher sur le drame, voir la tragédie…

Stuart Nadler

Raconté en trois époques,  1947-1952, 1972 et 2008, Un été à Bluepoint, est le récit de ces drames et du conflit père-fils, un conflit qui ne sera résolu qu’à la toute fin du livre. Stuart Nadler , dont c’est le premier roman, a du talent pour les dialogues. Et son « narrateur-héros », millionnaire récalcitrant, pétri de culpabilité, et plein d’apitoiements, qui sème le trouble en voulant faire le bien, rappelle toute une génération d’Américains qui pensaient que la politique se faisait avec des bons sentiments…
Le titre anglais du livre est Wise Men, d’après le nom de famille d’Hilly. Mais aussi parce que « wise men» est une expression appliquée aux membres de la mafia. Ce qui situe la nature des affaires du père, dans l’esprit du fils. A 430 pages et soixante années, peut-être le récit s’étire-t-il un peu trop en longueur ?  Surtout pour un amour né au cours d’une nuit  furtive sur le siège arrière d’une voiture… Quand à l’ultime twist du roman, était-il nécessaire...?

wise men


Un été à Bluepoint, Stuart Nadler, éditions Albin Michel, 432 pages, 22,90 euros