Le Colorado et l’Etat de Washington viennent de légaliser la consommation de cannabis « à fins récréatives ». Malgré l’opposition du gouvernement fédéral les Etats américains optent pour la dépénalisation de cette drogue, dite « douce ».

cannabis legalisation campaign
Il est bien loin le temps où la Première Dame des Etats-Unis incitait ses compatriotes à « Dire Simplement Non » ! C’était Nancy Reagan qui, dans les années 1980, avait lancé ce slogan, basique, pour lutter contre la drogue : « Just Say No ! ». Aujourd’hui les Américains disent de plus en plus  « Oui »!  Oui, à la consommation et même à la légalisation de la marijuana !

Nancy Reagan Just say no campaign

Ce jeudi 6 décembre, a été baptisé « legalization day »  dans l’Etat de Washington. Le « jour de la légalisation ».  Le 6 novembre, les électeurs de cet Etat de l’extrême nord-ouest des Etats-Unis, qui abrite entre autres les usines Boeing et le siège de Microsoft,  ont approuvé l’ « Initiative 502 » légalisant la possession et la consommation « à fins personnelles et récréatives » de jusqu’à une once (28 grammes) de marijuana. La mesure est passée avec une marge de douze points, 56% contre 44%. Elle entrera en vigueur demain et devrait être saluée par un gigantesque « smoke in », entendez un rassemblement de fumeurs de haschisch qui viendront s’embrumer l’esprit, au pied de la Seattle Space Needle, la tour géante surmontée d’un soucoupe volante !

Cannabis I 502 campaign for legalisation in the state of Washington

cannabis yes on A-64 poster

 

 

 

 

 

 


Ils ne sont pas les seuls. Lors de ce même scrutin du 6 novembre les électeurs du Colorado ont approuvé à 53% une mesure, appelée « amendement 64 », qui non seulement autorise la possession et la consommation de cannabis mais en « règlemente » le commerce. C’est-à-dire que ce produit va désormais être « taxé ». Comme l’alcool ! 
Trois autres Etats ont voté sur des mesures touchant le cannabis.  L’Orégon, Etat qui jouxte celui de Washington au sud, et pourtant réputé très « progressiste », a rejeté une loi similaire à celle de son voisin.  Faute à un manque d’argent pour bien promouvoir la mesure ont dit ses partisans... Le Montana  a autorisé  la consommation de cannabis à des fins thérapeutiques, tandis que dans l’Arkansas une proposition équivalente était battue.

cannabis pro legalisation poster 2
De ce fait aux Etats-Unis aujourd’hui, le cannabis est légal dans deux Etats, le Colorado et le Washington, et autorisé à fins médicales dans seize autres. C’est la Californie qui avait, la première, lancé ce mouvement avec sa proposition 215 en 1996, vantant les mérites analgésiques du cannabis sur les patients malades de cancers ou du sida.

Cannabis map of states allwiwng marijuana
Le problème est que le gouvernement fédéral, celui qui siège à Washington D.C., et dicte la loi du pays, considère que le cannabis est toujours illégal et sa possession ou consommation répréhensibles. Il existe toujours un « Tsar anti-drogue » aux Etats-Unis. Il s’appelle Gil Kerlikowske, a 63 ans et occupe ce poste, où Barack Obama l’a nommé, depuis mai 2009. Depuis 1972 et l’administration Nixon,  le pays est même engagé dans une « guerre contre la drogue », à l’intérieur de ses frontières et surtout en Amérique latine, pour éradiquer le flot de drogues dures, en tête desquelles la cocaïne, entrant aux Etats-Unis et pour lutter contre les dommages de la drogue en général.  L’administration Obama a cessé d’utiliser le terme de « guerre », le jugeant contre-productif, sans pour autant renoncer à combattre les « drug lords », seigneurs de la drogue.

Cannabie Obama's Drug Czar, Gil Kerlikowske
Officiellement la position de M. Kerlikowske est que « La marijuana est un produit dangereux  qui ne possède aucune vertu médicinale ». Quant au mot « légalisation », « il n’est pas dans le vocabulaire du président ». Aussi,  « la loi fédérale continuera d’être appliquée » a-t-il assuré. 
Le département de la Justice a de fait autorité pour  bloquer ces deux lois et empêcher qu’elle n’entre en vigueur. Or il n’a pas manifesté son intention de le faire, indiquant au contraire qu’il souhaitait se donner un temps d’observation.  L’Attorney General (équivalent de notre Garde des Sceaux), M. Eric Holder s’est d’ailleurs distingué par son silence et son absence durant la campagne.

Cannabis uncle sam campaignDe sorte que les Etats-Unis vont entrer demain dans une nouvelle expérimentation, celle de la légalisation des drogues dites « douces ». Avant peut-être d’en venir à légaliser celles dites « dures » !
C’est l’aboutissement de quarante ans de campagne. La bataille pour  la légalisation du cannabis ayant commencé en 1972, et déjà, en Californie. L’idée avait alors été rejetée par 66% des électeurs. Les arguments en sa faveur étaient les mêmes qu’aujourd’hui. Le premier touchait à la dangerosité dite « faible » du produit. Le second touchait aux conséquences négatives de sa prohibition, qui faisait monter les prix, justifiant sa production illicite et augmentant son attractivité auprès d’un certain public. Enfin les ressources consacrées à son interdiction auraient été mieux utilisées ailleurs, notamment pour le traitement et la prévention…

cannabis pro legalisation demonstration
Aujourd’hui cette interprétation prévaut. La légalisation est dans l’air du temps. Pour des raisons « économiques » et de « bon sens », disent ses partisans.
Selon un sondage Angus Reid Public Opinion, 54% des Américains seraient favorables à la légalisation de la marijuana. Et même 61% en Nouvelle Angleterre. Et 65% des 18-34 ans. Cet enthousiasme est relativement récent. En 1990 ils n’étaient que 24% à soutenir la légalisation. En 2011, tout juste 50%. Et pour l’heure se limite au cannabis. Pas plus de 11% des Américains seraient favorables à une légalisation de la cocaïne, de l’extasy ou de l’héroïne.

Pour les Américains, la « guerre contre la drogue » est perçue comme un échec, et les sommes investies dans la répression, comme gaspillées.

Cannabis U
Le budget de l’Office of National Drug Control Policy pour 2012 s’est élevé à 26 milliards de dollars dont  14 milliards pour « l’interdiction » et la « répression », et 10 milliards pour la « prévention » et le »traitement ». La Drug Enforcement Administration, bras armé du département de la justice pour la lutte contre la drogue, consacre pour sa part deux milliards de dollars supplémentaires tous les ans dans des opérations de police sur le sol américain et à l’étranger. Or le flot, de cocaïne, aux Etats-Unis ne s’est pas tari même si la consommation stagne depuis vingt ans, (2 millions d’Américains en consomment une fois par mois ou plus) et a même reculé au cours des années 2000.

cannabis special homegrown
Le cannabis compterait près de quatre millions de consommateurs réguliers. Les Américains en sont les premiers consommateurs au monde,  et près d’un sur deux a expérimenté le cannabis au moins une fois dans sa vie. Chez les adolescents, un sur quinze en fume tous les jours.
Les observateurs notent toutefois que si les mentalités ont évolué, le produit aussi. Du fait de la sophistication des méthodes de production, la marijuana d’aujourd’hui possède un taux de THC (« tetrahydrocannabinol »), sa substance active, beaucoup plus fort et donc plus dangereux. 

Cannabis marijuana is lelgal for medical purposes in 16 american states
Quant à sa dépénalisation, elle entraine bien une hausse de la production et de la consommation.  Depuis que la Californie, autorise la vente de cannabis à fins médicales, les dispensaires sauvages, se sont multipliés, et les ventes illicites aussi. Le département de la justice a fini par intervenir et mettre sous les verrous, non pas les consommateurs, mais les médecins, vrais et faux…