La fille derrière le rideau de douche

Au cinéma, tout n’est qu’illusion. Les acteurs font semblant de se battre, dans les scènes d’action. Tout comme ils font semblant de s’embrasser, dans les scènes d’amour. Et pour les scènes les plus risquées, ou les plus osées, on fait appel à des professionnels, qui se substituent aux vedettes. Ces « doublures », sont appelées « body double » en anglais, parce qu’ils ou elles campent le « corps » de la vedette en question. Robert Graysmith, journaliste américain, spécialiste des enquêtes criminelles, nous conte ici l’histoire d’une de ces « body double », Marli Renfro. Une femme largement inconnue du grand public et qui a pourtant participé à une des scènes les plus célèbres et les plus sensationnelles de l’histoire du cinéma, le fameux meurtre sous la douche du film d’Alfred Hitchcock « Psychose ». Mais tout comme le cinéma, son livre repose sur une illusion! Une illusion de taille.

psychose affiche

En 1988, la presse hollywoodienne, avait rapporté que la femme qui avait servi de « doublure » à Janet Leigh dans le film Psychose avait été retrouvée morte, violée et étranglée. Le coupable, identifié des années plus tard, aurait été influencé par le film, en particulier, la scène sous la douche... Il faut dire que cette scène était devenue « cultissime ». D’une durée de cinquante secondes à l’écran, elle avait demandé une semaine de prises de vue. Des prises de vue qui présentaient sous différents angles une femme nue sous la douche assassinée de dizaines de coups de couteau…

Psycho, shower scene,

D’une rare violence à l’écran, la scène contenait en fait peu de sang et peu d’impacts. Pas plus qu’elle ne montrait de zone érogène dénudée. L’illusion des coups provenait du montage, rapide et saccadé. Quant à l’illusion érotique, elle venait de plans très serrés sur le corps. La censure d’alors n’aurait pas permis, ne serait-ce que, la courbe d’un sein ou d’une fesse… Pourtant il avait bien fallu que quelqu’un prête son «corps» pour filmer ces plans et Hitchcock avait fait appel à une danseuse de revue, habituée aux poses dénudées, Marli Renfro, une jolie rousse de 21 ans alors, qui sera « Playmate of the Month » du magazine Playboy, l’année suivante. Il avait aussi entretenue un savant mystère autour de la scène, histoire d’éveiller la curiosité des critiques et du public…

Marli Renfro Man mag cover

Néanmoins savoir que cette jolie jeune femme connaitrait quelques années plus tard un sort quasi identique à celui de l’héroïne qu’elle avait campée, avait de quoi susciter la curiosité du journaliste qui se lança donc dans l’enquête à la découverte de la doublure au destin tragique gravé dans la cellulose. Le problème est qu’il s’est très vite aperçu qu’il y avait erreur sur la personne. Ou plutôt sur la doublure…

Janet Leigh, shower scene,

Car Janet Leigh n’avait pas eu une, mais plusieurs doublures pour le film. Celle de la scène du meurtre, Marli Renfro, , était (et est) toujours en vie. C’est l’autre doublure qui fut assassinée, une certaine Myra Davis, celle qui servait pour les essais d’éclairage… Ainsi découvre-t-on au fil des pages que le bel échafaudage romanesque monté par Graysmith repose en fait sur une illusion… C’est d’autant plus décevant que l’auteur, multiplie les effets sensationnalistes par des allusions répétées à la « fille nue », à la poitrine de Janet Leigh, ou aux penchants d’Hitchcock pour une certaine cruauté voyeuriste…Quant à l’enquête sur le meurtrier présumé de Davis, elle est pointilleuse, mais secondaire dans l’esprit du lecteur…

La Fille derrière le rideau de douche, Robert Graysmith, Denoël, 400 pages, 22 euros,