Mardi 6 novembre au soir les Républicains américains sont allés se coucher avec un goût très amer dans la bouche. Car la victoire de Mitt Romney, ils la souhaitaient. Ils la voulaient. Ils l’espéraient. Ils  y croyaient.  Certains même l’anticipaient !

ann-mitt-romney-republican convention 2012 Beaucoup n’ont pas trouvé le sommeil et mercredi 7 au matin l’amertume était toujours là. Aujourd’hui elle ne s’est pas encore totalement dissipée. Car la défaite a été douloureuse. A la peine de voir son champion s’incliner et son adversaire exulter, s’est ajoutée la ferme conviction qu’il aurait pu en être autrement.
Les Républicains américains demeurent convaincus que la Maison Blanche était à leur portée. Et que Mitt Romney la « méritait » plus que Barack Obama. Il leur faudra  du temps pour digérer cette déconvenue et décider de la conduite à suivre.

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John Boehner, le « speaker » de la Chambre des Représentants, qui a offert sa main tendue au président en disant « nous voulons que vous réussissiez » a peut-être parlé en son nom plus qu’en celui des électeurs républicains.
Pour l’heure l’Etat major continue d'analyser une par une les multiples causes de la victoire d’Obama  et de la défaite de Mitt Romney. Multiples est le terme. Cet échec n’est pas dû à une cause unique, ou à un évènement majeur,  mais à une multitude de petits incidents, dont l’addition a fini par faire réélire le président.
Car la première question à poser est celle-ci : comment un président avec un bilan aussi médiocre a-t-il pu conserver la moindre chance de réélection ? U

Voici un an les observateurs le répétaient à tue-tête : Aucun président sortant n’a été réélu depuis le New Deal avec un chômage supérieur à 7,2%. En 2012 le chômage est passé de 8,5% à 7,9% sans jamais descendre en dessous de 7,8% et pourtant Obama a été réélu. Pourquoi?

UCinq raisons : un, l’homme a un charisme exceptionnel et bénéficie d’un capital sympathie immense ; deux, les Américains ont été convaincus qu’il n’était pas responsable de la situation, mais qu’il en avait  hérité ; trois, les média ont tout fait pour renforcer cette impression et n’ont jamais « chargé » la barque contre Obama ; quatre, Obama est issu d’une minorité ethnique et il a très largement emporté le vote de toutes les minorités ; cinq, Obama est le premier président noir, il a su charmer la jeunesse américaine il y a quatre ans, celle-ci n’était pas décidée à le laisser tomber et faire que son élection « historique »  ne soit vue comme un échec pour la postérité.

Obama young voters' support

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Voila ce qui explique son score très légèrement majoritaire au plan national.
Maintenant une autre question mérite d’être posée : pourquoi Mitt Romney, malgré ses atouts personnels et le contexte économique, n’a-t-il jamais pu emporter l’enthousiasme ?   Ne jamais faire plus que d’être à la traîne d’Obama? 

UEncore une fois, les raisons sont nombreuses.
Mitt Romney n’est jamais parvenu à surmonter son image de « nanti de la finance », une image, déjà ancienne, propagée par les démocrates et relayée, avec un enthousiasme jamais tari, par les médias.
Mitt Romney a été pénalisé par une longue et violente campagne des primaires, durant laquelle il a dû adopter des positions « extrêmes » qui lui ont été ensuite reprochées. 
Il a été piégé par la « vidéo des  47% », qui lui a fait un tort considérable .Rappelons que la règle concernant les « gaffes » d’un candidat en campagne veut que celles-ci n’aient des conséquences néfastes que si elles viennent conforter une image déjà inscrite dans l’opinion. Cette vidéo a renforcé le stéréotype négatif du millionnaire déconnecté et méprisant. Le tort de Mitt Romney en l’instance aura été de reprendre « verbatim » des propos sans doute tenus par un de ses conseillers politiques lors de meetings privés. On reconnait derrière ses phrases le vocabulaire particulièrement indélicat d’un sondeur d’opinion habitué à débattre des électeurs en termes purement quantitatifs, oubliant que derrière chaque vote il y a de « vrais gens ».

vidéo pirate Romney
Cette remarque vaut pour la position de Romney sur le plan de sauvetage de l’industrie automobile. La « destruction créatrice » est une théorie économique éprouvée mais un très mauvais argument  de campagne électorale.
Mitt Romney n’a pas su se construire une histoire et la raconter au public américain. C’est une erreur récurrente de ses campagnes politiques. Penser que l’étalage de ses succès passés en affaires suffira à convaincre l’électorat de voter pour lui. Ce qui est faux. On ne fait pas de la politique avec un CV, mais avec une histoire. Barack Obama en est la première illustration. La plupart des Américains ignorent s’il a eu un diplôme de Columbia de Yale ou de Harvard, mais ils savent que son père l’a abandonné à 2 ans et qu’il a été élevé par sa mère puis par ses grands-parents. La convention de Tampa aura été une occasion manquée de peindre un autre portrait du candidat.

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Mitt Romney n’a pas su s’attirer une partie suffisante du vote des minorités, des jeunes et des femmes. Un constat qui devrait préoccuper les pontes du parti républicain, car il concerne l’avenir de ce mouvement. Les hispaniques constituent désormais entre 15 et 20% de l’électorat, les Républicains se doivent d’avoir un message à leur égard. Le scrutin du 6 novembre confirme trois  évolutions fondamentales pour l’avenir des Etats-Unis, l’une démographique, l’autre sociologique, la troisième idéologique. 

si se puede obama and hispanics
La sélection de Paul Ryan comme co-listier n’a été d’aucun bénéfice au ticket républicain. Le choix d’un vice-président doit être dicté par deux considérations : soit aider le candidat à gouverner s’il est sûr d’être élu, soit aider le candidat à être élu s’il n’est pas sûr de l’empoter. En 1960 Johnson « apporte » le Texas à Kennedy et lui donne sa victoire… Ryan n’a même pas apporté le Wisconsin à Romney! Marco Rubio ou Rob Portman auraient été des choix à la fois plus judicieux en termes de mathématique électorale et moins périlleux en termes d’image.

Paul Ryan - Mitt Romney 31aug2012
Mitt Romney n’a pas su tirer un avantage politique de la « tragédie de Benghazi ». Au contraire celle-ci l’a pénalisé alors qu’elle constituait une occasion unique de déstabiliser le président sur son point fort en politique étrangère : la mort de Ben Laden. Depuis le raid victorieux des « navy seals » sur Abottabad, Barack Obama affirmait fièrement « Ben Laden est mort» ajoutant dans la foulée « Al Qaeda est en déroute ». La tuerie de Benghazi était la preuve du contraire. Qu’en dépit de la mort de Ben Laden, la menace d’Al Qaeda persistait ainsi que l’avait prédit Romney dès 2007. Par ailleurs cette tragédie illustrait les errements de l’administration en matière de sécurité. Mitt Romney a payé très cher sa précipitation.  Encore une fois les « mainstream médias » auraient pu l’aider, s’ils s’étaient emparés de cette question, mais ils s’en sont délibérément retenus.

Benghazi assault and Ambassador Christopher Stevens
Les chiffres du chômage, en très léger recul à partir de l’été, sont venus affaiblir l’élément central de la campagne de Mitt Romney à savoir que les politiques menées par Obama étaient inefficaces.
L’ouragan Sandy a offert au président sortant de formidables  « photo ops » ainsi qu’un argument de taille pour la défense d’un Etat providence et protecteur.
Enfin la religion du candidat, le fait d’être Mormon,  aura été le grand « non-dit »  de la campagne. Jamais évoquée, mais jamais ignorée. S’il s’avère que dans certains Etat clés, Romney n’a pas fait le plein des voix « évangéliques », les Républicains n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes…