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Ils étaient près de cinq cents mille, dans les rues, ce dimanche 5 octobre, à Paris et à Bordeaux, pour crier leur opposition à la PMA et à la GPA. Pour beaucoup il s’agissait de « rejeter la marchandisation du corps », et de préserver la « dignité humaine ». Autant l’objectif est louable. Autant la raison invoquée est illusoire. La marchandisation des corps est aussi vieille que le monde. Ce qui ne l’est pas, par contre,  c’est la capacité de l’homme à jouer à Dieu. Domaine longtemps resté propre à la mythologie ou au fantasme littéraire. Or avec ces deux pratiques, visant à faciliter la procréation, c’est exactement le domaine dans lequel nous entrons. Un domaine dangereux, celui des apprentis sorciers et de la déshumanisation de l‘humain. Une voie qui nous mène droit vers l’univers totalitaire et déshumanisé du Meilleur des Mondes, d’Aldous Huxley.

Aldou Huxley's Brace New World

Dans ce roman de 1932, Huxley décrivait un monde où les technologies reproductives et les techniques de manipulation de masse avaient engendré un univers aseptisé, dont l’individu avait été banni au profit d’une race indifféré. Un monde dont nous ne sommes pas loin et qui nous menace, sournoisement derrière les questions apparemment banales de droit et d’égalité, qui ont découlé du mariage homosexuel et des conditions de la procréation.

Dehumanizing human beings

Tout d’abord une précision, PMA et GPA ne sont pas la même chose et ne devraient pas être mises sur le même plan.
La PMA, « Procréation médicalement assistée » consiste à utiliser les progrès de la science pour aider les couples hétérosexuels, ayant des difficultés à procréer, à avoir des enfants. Les méthodes vont de la fécondation in-vitro, avec implantation de l’embryon dans l’utérus de la mère biologique,  au recours à des ovocytes ou des spermatozoïdes d’une tierce personne. Chaque année, 3% des naissances en France, soit plus de vingt mille, sont obtenues grâce au recours à la PMA.
La GPA, qui signifie « gestation pour autrui »,  est le recours à une « mère porteuse », c’est-à-dire une femme qui va accepter de « porter » pendant neuf mois un embryon fécondé par un autre couple.
Ces deux méthodes soulèvent, systématiquement pour la GPA, et occasionnellement pour la  PMA, une question biologique majeure, celle de l’identité de l’enfant et des parents. GPA et PMA génèrent des enfants qui ont trois parents et non plus deux : un père, donneur de ses spermatozoïdes, une mère donneuse de son ovule, et une « mère porteuse » qui aura « loué » son ventre mais aussi donné son sang et son placenta, pour nourrir l’embryon. Une confusion entretenue par la loi qui reconnaît comme « mère » la personne qui accouche de l’enfant. La  mère porteuse peut être rémunérée pour ses services, et dans certains pays les parents peuvent même « choisir » leur futur enfant sur catalogue, à partir des caractéristiques génétiques de la mère porteuse ! Tout comme on sélectionne une voiture, la couleur des cheveux et des yeux ici ou la peinture extérieure et le revêtement des sièges là…

GPA 1

La GPA est autorisée dans certains pays, mais interdite en France. Toutefois, rien n’empêche  des personnes, hétérosexuelles ou homosexuelles, seules ou en couple, d’aller à l’étranger pour y « faire faire un enfant » et de revenir ensuite en France avec une demande d’adoption. Devant de tels dossiers les juges décident « au cas par cas en fonction de l’intérêt de l’enfant », sans regarder à la méthode de conception… De sorte que même si elle n’est pas pratiquée en France, la GPA y est de facto légale.

C’est bien pourquoi Ludovine de la Rochère, présidente de la « Manif pour tous »  a raison d’appeler à une « abolition universelle de la GPA ». Abolition qui se justifie, non par opposition à une « marchandisation du corps », mais par la préservation de notre humanité, aussi limitée et imparfaite soit elle.
La marchandisation du corps est presqu’aussi vieille que l’espèce. Le plus vieux métier est encore là pour le rappeler. Mais la prostitution n’est pas un exemple unique. Il est simplement un des plus extrêmes, surtout aux yeux de notre société judéo-chrétienne, qui a sacralisé l’intimité sexuelle. Un ouvrier « loue sa force de travail » contre une rémunération. Un déménageur loue sa carrure et ses muscles et en paye le prix tous les soirs. Une top-model loue sa silhouette et en est récompensée largement. La discipline qu’elle s’impose pour garder une ligne, à la limite de l’anorexie, n’est-elle pas aussi une agression contre son propre-corps et une violation de ses besoins? Qu’est donc le tatouage, tant à la mode, sinon une instrumentalisation du corps destinée à projeter son identité, ou plutôt se fondre dans la masse. 

The Sacred Prostitute

Il est néanmoins de coutume de faire une distinction entre ces usages « extérieurs », pourrait-on dire du corps, et un usage « intérieur » consistant, justement à porter l’enfant d’autrui pour une femme, ou à vendre des parties de son corps. Car la question de la marchandisation touche aussi à la question des greffes d’organes. Là où nous privilégions le « don », par altruisme et solidarité, d’autres sociétés autorisent la « vente », de reins, de poumons, de moelle osseuses ou autres dont la médecine a besoin pour sauver des vies. Il existe même un trafic international mafieux des plus glauques dans ce domaine…
La vraie question ici n’est pas de savoir si on peut « payer » pour un poumon, ou payer pour le ventre d’une mère porteuse,  mais plutôt de savoir ce que nous sommes. L’être humain n’est-il rien d’autre qu’un assemblage de pièces détachées interchangeables ? Répondre oui c’est nier la notion d’individu. C’est donc nier notre humanité.  Sans même évoquer l’âme ou  son équivalent laïc, la spiritualité. Concevoir des enfants sur commande, c’est aller vers notre déshumanisation.

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La ligne de démarcation entre ces méthodes et l’eugénisme est infiniment fragile. Un couple de sourds-muets voulait un enfant qui soit également… sourd-muet !  Un couple de lesbiennes a poursuivi une clinique parce que la femme, blanche, s’est faite inséminée avec les spermatozoïdes d’un homme noir. Ce métissage, non souhaité,  leur est apparu insupportable. L’enfant ne serait pas celui qu’elles souhaitaient.

lesbians with baby

Que la médecine moderne puisse venir en aide à des couples hétérosexuels ayant des problèmes de fertilité est parfaitement acceptable tant que l’on respecte une évidence biologique : tout enfant nait d’un père et d’une mère. Un enfant avec deux papas, ou deux mamans ça n’existe pas. Seule une science sans conscience peut engendrer un enfant avec trois parents…
Qu’une personne homosexuelle, homme ou femme, vivant seule ou en couple, souhaite un enfant et utilise les services d’une personne du sexe opposé, pour le concevoir et le mettre au monde, est envisageable, tant que la même règle est respecté. L’enfant aura un père et une mère biologiques, tout autre parent déclaré ne pourra être qu’adoptif ! Ensuite la question de la monoparentalité relève d’un autre débat.

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Le débat sur la PMA et la GPA découle naturellement du débat sur le mariage homosexuel. Au nom de «  l’égalité » les couples homosexuels demandent naturellement ce qui est permis aux couples hétérosexuels. Mais en passant d’un débat  à l’autre, on bascule d’une question de société portant sur la définition de la famille, question fondamentale et civilisationnelle, mais qui reste une construction de l’esprit, à un débat sur la nature de l’être humain, sur l’origine de la vie et sur la filiation. Des questions d’une profondeur autrement plus insondable.