A West Point le 28 mai, le président Barack Obama a prononcé un discours de politique étrangère qui est apparu déjà comme le bilan de son action sur la scène internationale. Il a défendu le désengagement américain, d’Afghanistan et d’Iraq, et la passivité de son administration devant la multiplication des conflits. Toutefois, les évènements récents illustrent bien qu’un monde sans le « sherif américain » est un monde moins sûr. Cela se vérifie notamment en Afrique où l’instabilité s’étend du Golfe de Guinée au Golfe d’Aden.

obama at west point 2014

 « Ce n’est pas parce que nous avons le meilleur marteau que tous les problèmes sont des clous… ». C’est la petite phrase qu’il faut retenir du discours prononcé le 28 mai par le président américain Barack Obama à West Point, l’académie militaire des Etats-Unis.
Invité d’honneur de la cérémonie de remise des diplômes aux jeunes officiers de la promotion 2014, le président américain en a profité pour faire le point sur la stratégie américaine face aux dangers qui menacent l’Amérique et ébranlent le monde.

Obama-West Point Speech May-28-2014

Son discours était attendu. D’abord parce qu’il survient alors que le monde entier est secoué par de multiples crises, aux frontières de l’Europe, en Syrie et en Irak, ou encore en Afrique, traversée d’Est en Ouest par un arc de guerre qui va du Golfe d’Aden au golfe de Guinée. Ensuite parce que nombre de ces conflits concernent la principale menace pesant aujourd’hui sur les Etats-Unis, à savoir le terrorisme islamique. Enfin, parce que Barack Obama était déjà venu s’exprimer devant les cadets de West Point. C’était  en 2009, à l’aube de son premier mandat. Aujourd’hui, en 2014, alors qu’il en est presque au crépuscule de son second mandat,  cette seconde visite se voulait déjà le bilan de l’action accomplie.
Pour Obama le point clé de ce bilan est le désengagement militaire des deux principaux théâtres des années 2000, l’Iraqet l’Afghanistan.

 

barack Obama on Ukrain

« Classe de 2014, vous êtes les premier diplômés depuis le 11 septembre 2011 qui ne risquent pas de devoir aller combattre en Afghanistan et en Iraq, a souligné Obama. « La première fois que je me suis exprimé ici en 2009, nous avions encore cent mille soldats en Iraq, nous nous apprêtions à en envoyer trente mille supplémentaires en Afghanistan, dans le cadre d’un « sursaut » (« surge ») et nos activités anti-terroristes étaient focalisées sur la recherche des leaders d’Al Qaida, responsables des attaques du 11 septembre… Cinq ans plus tard le paysage a changé. Nous nous sommes retirés d’Iraq, notre engagement dans la guerre en Afghanistan s’achève, Al Qaida est décimé et Ben Laden n’est plus ! »

Afghanistan US amry withdrawal

Cela dit le président Obama a pris soin de souligner que ce désengagement ne devait pas être  assimilé à un désintérêt pour les problèmes du monde et encore moins à un retour à « l’isolationnisme», c’est-à-dire un retrait des affaires internationales, attitude historique qui prévalait avant la seconde guerre mondiale. « L’isolationnisme au 21e siècle n’est pas une option… L’Amérique se doit de rester, et restera, un leader sur la scène mondiale… l’Amérique est plus forte que jamais par rapport au reste du monde… Elle reste la nation indispensable, celle vers qui tout le monde se tourne quand les choses vont mal… La question n’est pas de savoir si les Etats-Unis vont continuer d’être leader, la question est de savoir comment ils vont continuer d’assumer ce rôle.»

Afghanistan - US armed forces

En clair, plus de guerres conduites en solitaire; plus de recours systématique et immédiat à la force, comme ce fut le cas pendant les deux administrations de George W. Bush. La rupture est consommée avec la volonté des  « néo-conservateurs » d’intervenir partout et tout le temps, et de changer le monde, même par la force. Les Etats-Unis d’Obama, vont privilégier la concertation et les actions multilatérales. Ils vont contribuer à la résolution des conflits par un appui logistique et technique, non plus en déployant leurs hommes sur le terrain.

Africa at war against terrorism

A cette nouvelle stratégie, qui se dessinait déjà depuis 2011 et les doubles  retraits engagés en Afghanistan et en Iraq, deux exceptions demeurent. La première concerne les conflits qui menaceront directement la sécurité nationale américaine. La seconde concerne les drones et les Forces Spéciales américaines, en train de devenir les deux outils militaires de choix.

X 45 next U

« Les Etats-Unis continueront d’utiliser la force militaire, de façon unilatérale si nécessaire, dès que nos intérêts essentiels le demanderont, si nos gens sont menacés, si notre survie est mise en jeu, si la sécurité de nos alliées est en danger, a dit le président Obama. Et d’ajouter sous un tonnerre d’applaudissements : « L’Amérique ne demandera  jamais la permission à qui que ce soit pour protéger ses citoyens, son territoire et son mode de vie. » En clair, les Etats-Unis n’attendront pas le bon vouloir de l’Onu pour se défendre et ils se réservent une totale liberté d’action s’ils sont attaqués ou menacés…

Vladimir Putin

Dans le même temps le président Obama a continué d’autoriser des frappes aériennes ciblées, du Yémen au Pakistan, en passant par le nord Mali, à partir des « drones », ces avions sans pilote télécommandés, depuis les différentes bases américains dans le monde,. Il a également autorisé le déploiement de forces spéciales dans de nombreux théâtres, de l’Asie centrale au Sahel en passant par l’Europe, pour entrainer et aider les forces militaires locales dans leur lutte contre le terrorisme ou les différentes formes d’insurrections.

terrorism and war in Africa

Depuis plusieurs mois des centaines de ces hommes surentrainés, suréquipés et spécialisés dans la guerre invisible et les actions de commando, sont présents au Mali, au Tchad, au Niger ou en Ethiopie et au Kenya,  pour ne parler que de l’Afrique, afin d’aider les autorités locales dans leur lutte contre le terrorisme qu’il s’agisse de Boko Haram, d’Aqmi ou des Shehabs. Et quelques jours après son allocution de West Point, le 19  juin exactement, Barack Obama ordonnait l’envoi de trois cents éléments des forces spéciales en Irak pour apporter une aide d’urgence au gouvernement de Bagdad face à l’avancée des sunnites de l’Armée islamique d’Irak. Affublés du titre de « conseillers » militaires, ces hommes sont en fait le fer de lance des forces américaines. Mobilisables au pied levé, en petit nombre, à bas coût, et redoutables dans le cadre des activités de contre-terrorisme.

Africa at war Somali women