seules les traces font rêverCinq ans après son départ il n’a toujours pas été remplacé.  Patrick Poivre d’Arvor ne présente plus le « JT » de TF1 depuis 2008, mais aux Guignols de Canal +, c’est toujours sa marionnette qui préside au grand cirque médiatique. Comme quoi dans le cœur des Français, « PPDA » est toujours le visage, et la voix,  de l’information.

PPDA vingt heures
Son ancien employeur ne s’est pas remis de cette séparation. L’audience de son JT ne cesse de reculer et les visages de se succéder. Sans succès.
PPDA non plus ne s’est pas remis de ce « licenciement ». Il en veut à Nonce Paoli, de lui avoir volé son royaume cathodique, et n’hésite pas à l’écrire. Tant il est vrai qu’une émission littéraire à minuit (PPDA anime « La traversée du miroir » toutes les semaines sur France 5) sur une chaîne du service public ne remplace pas le 20 heures sur la « Une » !

ppda guignos
Il est vrai que l’âge n’a pas de prise sur les journalistes.  Etienne Mougeotte, Jean Daniel, Jean Pierre  Elkabbach, Philippe Tesson, Jacques Julliard, Philippe Bouvard sont toujours en haut de l'affiche. Fines plumes, grandes gueules et grosses têtes ou, au moins, à la tête des plus grosses rédactions de France. S’ils ne l’avaient tous déjà, M. Hollande devrait leur décerner une Légion d’Honneur pour tenter à eux seuls de renflouer les caisses de retraites. A l’étranger aussi les journalistes ont la vie dure. En 2008 Mike Wallace apparaissait encore occasionnellement sur « 60 Minutes », il avait 90 ans ! David Brinkley avait 77 ans quand il renonça finalement au programme hebdomadaire qui portait son nom.  A 83 ans Barbara Walters fait toujours des « piges » pour ABC. Et on lui souhaite que ça dure. 
PPDA n’a pas eu ce loisir. Mis sur la touche en pleine possession de ses moyens. Alors, c’est avec nostalgie et compassion que l’on lit le récit de ces années heureuses, brutalement interrompues. Même si, vingt ans au 20-heures, ce n’est pas mal. D’ailleurs il le reconnaît, notant que son ami Yves Mourousi n’avait eu que treize ans au 13 heures !

PPDA et Saddam Hussein
Depuis PPDA meuble ses loisirs. Lui qui dit « aimer écrire » a le temps de se livrer à sa passion. Il a même le temps de se relire ce qui nous vaut ces « Souvenirs et Portraits » rassemblés dans un ouvrage intitulé avec poésie et en hommage à René Char: « Seules les traces font rêver »…
C’est en fait une galerie de portraits. Tous ceux qui ont côtoyé PPDA de très près, ses parents, grands- parents, ses amours, ses enfants, et tous ceux qu’il a côtoyés, y apparaissent. C’est un peu un « best of » de la politique et du show biz international depuis quarante ans. Il y a même De Gaulle, qu’il n’a jamais rencontré mais dont il parle quand même pour nous dire que comme tout français ayant la nostalgie des grands hommes il était devenu gaulliste à la mort du général… Un peu maigre comme conviction politique.

PPDA et Soeur Emmanuelle
Il parle aussi de sa « foi ». En l’homme. En Dieu moins. Et de sa « foi en les hommes, ou les femmes, qui ont la foi »… PPDA parle toujours des autres, mais se raconte à travers eux. Il le fait avec cet exhibitionnisme naturel aux gens de la télévision et du spectacle, qui mettent leur cœur à nu, exhibent les cicatrices de leur vie comme autant de trophées, versant de temps en temps des larmes dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elles sont celles de crocodiles, à défaut d’être de dinosaures.
PPDA voudrait entrer à l’académie française. Ce livre-là ne l’y aidera guère. Même si tous ceux qui l’ont regardé pendant toutes ses années y retrouveront un peu de leurs souvenirs parmi les siens.

Seules les Traces font Rêver, Souvenirs et Portraits, Patrick Poivre d'Arvor, éditions Robert Laffont,  369 pages, 21 euros