Benghazi-Cover-up 

Les Républicains parviendront-ils à faire du « libyagate », un nouveau « watergate »?  C’est peu probable!  Mais certains s’ y appliquent néanmoins. Pourquoi ? Parce que pour eux  l’intervention de Susan Rice devant les caméras de télévision le 16 septembre, cinq jours après les attaques contre le consulat de Benghazi,  était un service commandé visant à tromper sciemment le public américain dans le but de sauver la réélection du président. Cette intervention faisait partie d’une stratégie de l’administration Obama pour dissimuler  la vérité (le terme américain est « cover up »)  et entretenir la confusion jusqu’au jour du scrutin…

Une attitude grave si elle était prouvée sachant que quatre Américains, dont un Ambassadeur sont morts à Benghazi. En comparaison personne n’est mort pendant ou après le cambriolage du Watergate !

benghazi assault again american consulate

A défaut d’y parvenir, ces Républicains ont, au moins, l’intention de prendre leur revanche sur une administration qui les a menés en bateau, en torpillant la candidature de Susan Rice au Département d’Etat. Mme Rice est en effet favorite pour succéder à Hillary Clinton, à partir du 21 janvier prochain. Le 19 novembre, 97 Congressmen républicains ont envoyé une lettre au président estimant que Rice avait « trompé » les Américains et ne pouvait en aucun cas être « promue ».

Susan Rice
Quelques jours plus tard, elle était sur « Capitol Hill » devant certains de ces « Congressmen »,  pour donner sa version des faits et défendre sa possible candidature (sachant que celle-ci devrait être confirmée par le Sénat où les Républicains sont en mesure de la bloquer, sans toutefois pouvoir la rejeter). Un exercice périlleux qui n’a pas produit les effets escomptés…
Pour comprendre les enjeux et les ramifications de cette bataille quelques rappels s’imposent.
Au départ,  les évènements tragiques du 11 septembre 2012 à Benghazi. Au soir de ce jour anniversaire des attentats de 2001 contre les Twin Towers et le Pentagone, le consulat américain est attaqué à coups de tirs de mortiers, et de grenades incendiaires,  par une vingtaine d’hommes  armés et entrainés. L’ambassadeur américain en Libye, Christopher Stevens, ainsi que trois agents de sécurité, sont tués dans les violences qui touchent aussi l’antenne locale de la CIA, à 2 km de distance.

benghazi assault again american consulate
Le lendemain à Washington,  le président Obama, flanqué d’une Hillary Clinton encore bouleversée, déplore ces attaques, condamne un film anti-musulman que personne n’a vu mais qui aurait déclenché des émeutes, un peu partout au Proche Orient et assure que « les actes de terreur », quels qu’ils soient, ne feront jamais reculer l’Amérique dans sa volonté de combattre le terrorisme et l’intolérance. 

President Obama and Secretary of State Hillary Clinton White House sept 12 2012
Cinq jours plus tard, le 16 septembre, Susan Rice, ambassadrice américaine aux Nations Unies, fait le tour des plateaux de télévision pour confirmer que les évènements de Benghazi sont le résultat d’une « manifestation spontanée » provoquée par la diffusion sur Internet « d’un film haineux et insultant » à l’égard des musulmans.
Ces affirmations font immédiatement polémique.
Elles vont à l’inverse des éléments de renseignements qui ont filtré dans la presse. Ceux-ci décrivent plutôt une attaque organisée et coordonnée, menée avec des armes de guerre. D’ailleurs dès la soirée du 11 le groupe Ansar Al Charia, lié à Al Qaida,  avait revendiqué l’attaque.

benghazi assault again american consulate

L’administration Obama justifie ces déclarations contradictoires en expliquant que l’enquête est toujours en cours, et que les intervenants se prononcent en fonction des éléments dont ils disposent au moment où ils parlent…  Rice, dit ainsi le Porte-Parole de la Maison Blanche Jay Carney, s’est exprimée en fonction des éléments de renseignements qui lui avaient été fournis par le CIA. 

benghazi reports
Le problème, cependant, est que ces éléments faisaient déjà alors clairement allusion à une attaque préméditée, organisée et menée par Al Qaida.  Or Susan Rice n’a rien dit de tout cela. Pourquoi ? Parce que ces informations avaient été « effacées au dernier moment » des rapports qui lui ont été remis, dit la CIA. Effacées par qui ? Mystère. De plus il apparait que Susan Rice a en partie « improvisé » dans ses réponses. Elle a en effet introduit des éléments qui ne figuraient pas dans le rapport de la CIA, notamment la thèse capitale d’une manifestation spontanée, alors que celle-ci n’est mentionnée nulle part…
Les suites de l’enquête vont renforcer la thèse de l’attaque terroriste planifiée. Mais il faudra plusieurs semaines pour clarifier les évènements.
Or à la mi-septembre, les Etats-Unis étaient en pleine campagne présidentielle. Les deux candidats étaient au coude à coude. Le moindre évènement, favorable ou défavorable, pouvait faire basculer l’élection.  D’ailleurs la campagne de Mitt Romney a tenté, en vain, de tirer un avantage politique de l’affaire. 

presidential debate october 3 2012
La mort de quatre Américains à Benghazi, dont un ambassadeur, constituait à la fois une tragédie pour l’Amérique, et un coup très dur porté à l’administration Obama. Rien moins qu’un triple échec de sa politique étrangère. Un, sa stratégie d’ouverture tous azimuts à la Libye post-Kadhafi était sanctionnée. Deux, la principale réussite de la politique étrangère du président, la mort de Ben laden, se trouvait minimisée par le fait qu’à l’évidence cela n’avait pas suffi à mettre Al Qaida hors d’état de nuire. Or cette double affirmation figurait dans tous les discours de campagne du président. « Nous avons tué Ben Laden ; Al Qaida est en déroute ! » . Trois, les services de renseignements avaient été mis en défaut pour n’avoir pas su prévoir et se préparer  à l’attaque de Benghazi.

Congress hearing on Benghazi

La Maison Blanche avait donc tout intérêt à privilégier la thèse d’une manifestation spontanée ayant « dégénéré ». Cela permettait de ne pas parler d’Al Qaida. Cela exonérait les services de renseignements.
Dès lors une question s’impose :  Susan Rice a-t-elle agi en service commandé ? Ses propos du 16 septembre visaient-ils  à délibérément et sciemment détourner la vérité et tromper le public américain dans le but de préserver les chances de réélection du président ?

Benghazigate
Certains Républicains en sont convaincus. A défaut de pouvoir changer le résultat de l’élection, ils aimeraient bien faire payer au président, et à son ambassadrice,  le prix de cet abus.
Fin novembre, Susan Rice a tenté de recoller les morceaux en se rendant d’elle-même à plusieurs audiences, à huis clos, avec les Sénateurs.  Mais cela ne s’est pas bien passé. Loin de satisfaire aux attentes elle s’est contentée d’affirmer que ni elle ni l’administration n’avaient voulu « tromper » le public américain.  Elle n’a pas pu expliquer ou justifie ses propos du 16 septembre, ni d’autres tenus par la suite et allant dans le même sens.
Du coup les Républicains crient à la tromperie et à la manipulation. Ils jurent d’avoir sa peau.

Susan-Rice-Stanford-yearbook-portrait 1986
Agée de 48 ans, Susan Rice est issue de la haute bourgeoisie noire. Son père fut gouverneur de la Réserve Fédérale. Sa mère, vice-présidente d’une firme de la Silicon Valley. Elle fit ses études à Stanford.  Dans son mémoire, intitulé « l’histoire différée », elle émettait le souhait que l’histoire des noirs soit incluse dans les cursus et enseignée par des noirs pour que ceux-ci n’aient pas seulement une « perspective blanche ». Elle bénéficia aussi d’une prestigieuse bourse d’études Rhodes avant de rejoindre la campagne présidentielle de Michael Dukakis.  
Voilà plus de vingt ans qu’elle travaille en coulisses à la politique étrangère américaine. Toujours chez les démocrates.  Elle n’est pas étrangère aux controverses. La plus importante concerne Oussama Ben laden lui-même.
En 1996 le Soudan, qui cherchait à se racheter une conduite internationale, a tenté de « livrer » Ben laden aux Américains. Tout comme il a livré Carlos aux Français. Les Français sont allés récupérer Carlos. Les Américains  ont refusé Ben Laden. Entre autres sur les recommandations de Susan Rice alors conseillère Afrique de l’administration Clinton.  Un poste qu’elle occupait toujours deux ans plus tard lors des attentats de Nairobi et Dar es Salaam. 


Nairobi bombing august 1998