Obama a relancé la « guerre des classes » aux Etats-Unis. Son camp attaque désormais Romney sur sa fortune, qui ferait de lui un être à part, incapable de comprendre les Américains moyens…

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La fortune de Mitt Romney fait la une des journaux américains. Mais, il ne s’agit pas d’apprendre comment il l’a bâtie. Ni comment d’autres peuvent l’imiter et en bâtir une plus importante encore. Signe des temps, il s’agit de savoir si Romney n’est pas trop riche pour devenir président. Si sa fortune ne le distingue pas du commun des mortels américains au point de l’empêcher de le comprendre et de l’aider ?

L’attaque est venue du camp Obama et a été relayée par de savants articles dans la presse. Elle ne vise pas  seulement à dénoncer l’immense fortune accumulée par le candidat républicain, mais surtout la façon dont il l’a accumulée : en rachetant et en restructurant des sociétés grâce à sa firme de capital-risque, Bain Capital.

Ces attaques illustrent un nouveau climat outre-Atlantique. Ceux qui croyaient que les Etats-Unis sont toujours le pays de l’argent roi, se trompent. Avec la crise, l’argent est aussi devenu une cible. En avoir trop, aux yeux de certains, peut nuire.

En vérité d’autres présidents ont été bien plus riches que Romney. Et si lui s’est enrichi dans les affaires, d’autres plus récemment se sont enrichis en faisant de la… politique.  Mais pour Mitt Romney le problème reste entier. Il ne parvient toujours pas à se définir lui-même. Ni à s’ouvrir à l’électorat. Laissant cet avantage stratégique à son adversaire. 

Mitt Romney vaut 255 millions de dollars. Selon les rapports financiers qu’il a lui-même communiqués. En 2010, lui et son épouse Ann ont déclaré 42 millions de dollars de revenus et payé 6 millions d’impôts. Ils ont aussi donné 7 millions, soit un de plus, à des causes charitables, dont 4 à l’église Mormon !  En 2011 ils ont déclaré 21 millions. Parce que ces revenus sont principalement des dividendes et issus du capital, ils ne sont taxés qu’à 15%. Les revenus salariés pouvant l’être jusqu’à 35%.

Romney n’est pas né riche. Mais il a toujours vécu dans une grande aisance. Son père, George, qui lui avait connu, enfant, le plus grand dénuement, s’était hissé jusqu’à la direction de American Motors Corporation, une grande marque automobile absorbée depuis par Chrysler, avant de devenir gouverneur du Michigan.

Passé par Harvard, Mitt a rejoint un grand cabinet conseil de Boston, Bain & Company, en 1977, avant de prendre la direction d’une de ses filiales, Bain Capital. C’est en investissant dans de nouvelles compagnies, comme Staples ou Domino’s Pizza, ou en en rachetant d’autres, qu’il a accumulé une fortune considérable, en honoraires et dividendes.

George Washington

Considérable, mais pas suffisante pour en faire « le président le plus riche de l’histoire américaine s’il était élu ». Les journaux américains ont dressé la liste des fortunes  présidentielles. D’où il ressort que le plus riche d’entre eux fut le premier, George Washington. Grand propriétaire, il possédait un domaine agricole et forestier de trente mille hectares ainsi que plusieurs centaines d’esclaves, soit une fortune équivalente à plus de cinq cent millions de dollars d’aujourd’hui.

D’autres présidents ont été très riches : Thomas Jefferson, également propriétaire terrien ; Théodore Roosevelt et son neveu Franklin, héritiers d’une grande famille de Nouvelle Angleterre assis chacun sur plus d’une centaine de millions de dollars d’aujourd’hui ;  John Kennedy bien sûr, dont le père Joseph avait fait fortune initialement durant la prohibition…

D’autres candidats aussi ont eu d’importantes fortunes à leur disposition.  En 2004 le démocrate John Kerry, qui a épousé en secondes noces la veuve de John Heinz, propriétaire de la marque de ketchup « Heinz », était à la tête de plusieurs centaines de millions de dollars. De même que Steve Forbes, prétendant à la nomination républicaine en 1996 et 2000 et héritier de l’empire de presse Forbes. Et surtout Ross Perot, le milliardaire texan qui avait fait chuter George H. Bush en 1992.

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De cette liste il ressort aussi que nombre de présidents récents n’étaient pas riches en entrant en politique, mais l’étaient devenu  en sortant…Lyndon Johnson, originaire du Texas rural accumula une centaine de millions en investissant dans une station de radio. Bill Clinton, ex-gouverneur de l’Arkansas, dont on connait les origines modestes, et malgré des déboires judiciaires considérables, a amassé plusieurs dizaines de millions de dollars en « tarifant » ses discours post-présidentiels, deux cent cinquante mille dollars l’unité ! Barack Obama lui-même. Elevé par une mère divorcée, et par ses grands-parents, c’est grâce à plusieurs bourses qu’il fit ses études. Aujourd’hui il est millionnaire. En 2009 il déclara près de six millions au fisc américain, alors que le salaire présidentiel n’est que de quatre cent mille dollars…  

Le cas de Mitt Romney n’est donc ni exceptionnel, ni isolé. Mais il fait débat. Pourquoi ? Pour trois raisons.

 La première est que l’Amérique est en crise. Une crise profonde. Où les fondements mêmes du rêve américain, cette idée qu’avec du travail et de l’ambition on peut tout faire, sont menacés ! Dès lors le succès des autres est vu différemment. Ce n’est plus un modèle à émuler, c’est un symbole qui divise.

La deuxième tient à la capacité de l’équipe Obama à orienter le débat. Face à Mitt Romney le camp Obama a décidé de raviver le « class warfare », la « guerre des classes ». A peindre Romney comme « un type vivant sur une autre planète », incapable de comprendre et de répondre aux aspirations des gens ordinaires. Ses revenus, disent-il, le placent parmi le « top 1% ». Loin des autres 99% ! Cette stratégie fonctionne et son succès souligne l’incapacité de l’équipe Romney à définir son candidat.

Romney in restaurant

En politique, aux Etats-Unis comme ailleurs, le premier adage pour un candidat est de «se définir» auprès des électeurs. De projeter auprès de l’électorat l’image souhaitée. Dans ses campagnes précédentes, pour le Sénat du Massachusetts en 1994, pour la Maison Blanche en 2007, Romney avait échoué à le faire. Et en avait payé le prix. L’autre camp l’avait fait à sa place,  à son détriment. Ce problème risque de se produire à nouveau…

Romney ne parvient toujours pas à communiquer avec l’Américain moyen. C’est la troisième explication aux difficultés qu’il rencontre quant à sa fortune. Malgré deux campagnes présidentielles, il a gardé cette raideur gestuelle. Son « personnage » apparait toujours contrôlé, calibré, maitrisé, donc pas naturel, pas sincère. A force d’être parfait – en tant que Mormon il s’abstient de boire tout alcool ou café, de fumer, et même de proférer la moindre grossièreté- il en vient à manquer d’humanité, de faiblesse. Un commentateur parle de « ce mur invisible qui se dresse entre vous et lui » même quand il vous serre la main. 

Pour gagner le 6 novembre Mitt Romney doit parvenir à établir ce petit lien avec les électeurs, essentiel à la victoire. Un lien qui dit que même millionnaire, il est l’un d’eux. Pour l’instant il n’y est pas parvenu.