La décision du président Obama de partir en guerre contre l’Etat Islamique au Levant est un aveu d’échec de sa politique de retrait, et l’illustration qu’il n’a pas résolu la tension entre isolationnisme et interventionnisme qui sous-tend la politique étrangère américaine depuis un demi-siècle.

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Il voulait terminer deux guerres. Voici qu’il en commence une troisième. Dont il sait, par expérience, qu’elle ne sera probablement pas achevée avant la fin de son mandat. Il lèguera donc un conflit armé loin du sol américain à son successeur. Tout comme il avait lui-même hérité de deux conflits de son prédécesseur.

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Confronté à l’instabilité du monde, à la dangerosité du Moyen Orient, et face à une opinion publique qui lui fait de moins en moins confiance, Barack Obama s’est résolu à entrer en guerre contre « l’Etat Islamique au Levant », groupe terroriste qui a pris le contrôle d’une partie de l’Irak et y sème terreur et désolation.

islamic state in iraq

Dans un discours télévisé, prononcé la veille de l’anniversaire du 11 septembre Barack Obama s’est engagé à « affaiblir et détruire » l’EIL par une « stratégie globale » en quatre points : « une campagne systématique de frappes aériennes », « un soutien aux forces qui luttent contre ces terroristes sur le terrain », « la poursuite de la lutte antiterroriste pour prévenir les attaques d’ISIL », et une « assistance humanitaire aux civils innocents ». Cette stratégie va demander le déploiement de plusieurs centaines de GI’s sur place. Toutefois, a-t-il pris soin de préciser, « les forces américaines n’auront pas une mission de combat ; nous n’allons pas être entrainés dans une nouvelle guerre au sol en Irak. »

obama at west point 2014

Ces décisions ont suscité scepticisme de part et d’autre du paysage politique américain. Pour certains c’est trop peu, trop tard. Pour d’autres c’est trainer la nation américaine dans un combat douteux, sans objectif, militaire ou politique, clair.
Il s’agit d’abord d’un aveu d’échec personnel pour le président Obama. En mai 2013, dans un grand discours sur le contre-terrorisme, à l’Université de Défense Nationale, Obama avait affirmé que « les menaces contre l’Amérique sont retombées à un niveau inférieur à ce qu’elles étaient avant le 11 septembre ». Sa décision d’évacuer les troupes américaines d’Irak fin 2011, se trouvait confortée. Or voici qu’aujourd’hui, quinze mois plus tard, c’est bien parce que les Etats-Unis sont à nouveau menacés qu’il doit ordonner à ces mêmes troupes de retourner sur place…
Il s’agit ensuite d’un aveu d’inconsistance, voir d’incohérence quant à la politique de son administration. Barack Obama n’a pas été capable de trancher dans la tension qui sous-tend la politique étrangère américaine depuis 1945.

Obama and kerry

Première puissance mondiale les Etats-Unis ont alors endossé le rôle de gendarme du monde. Un gendarme récalcitrant, (« reluctant sherif » selon la terminologie anglaise) car ce rôle allait à l’encontre de deux siècles « d’isolationnisme », c’est-à-dire d’un refus de s’engager durablement au-delà d’une sphère d’influence définie au début du XIX e siècle par le président Monroe et qui se limitait au continent américain. Ce rôle toutefois se justifiait alors par le contexte de la Guerre Froide et la nécessité de lutter contre le communisme dont l’expansion menaçait les fondements de la démocratie américaine.

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La fin de la guerre froide n’a pas débouché sur un retour à cet isolationnisme traditionnel. Au contraire les Etats-Unis se sont engagés dans la guerre du Golfe, puis dans le conflit de Yougoslave. Après le 11 septembre le président George W Bush a déclaré une guerre globale contre le terrorisme, à la fois pour détruire ce fléau moderne, et pour favoriser la diffusion des valeurs démocratiques occidentales. Cet engagement s’est soldé par deux amères désillusions en Irak et en Afghanistan. Non seulement les Américain n’ont pas été capables de vaincre le terrorisme, malgré des victoires ponctuelles, dont l’élimination de bandits notoires comme Abu Al Zarkaoui  en 2006 et Ben Laden en 2011. Mais leurs tentatives de bâtir des institutions démocratiques, là où elles n’avaient jamais pris racine,  n’ont fait que substituer une tyrannie à une autre.

djihad and revolution in Syria

Les milliers de morts et les dizaines de milliers de mutilés américains de ces guerres ont alors convaincu l’opinion publique américaine qu’il était temps de « faire revenir ses enfants à la maison » et de laisser les petits tyrans du monde s’entretuer si tel était leur dessein.
Mais ce choix allait à l’encontre d’un principe au cœur de la civilisation américaine, celui de favoriser partout l’essor des valeurs de liberté qui sont à la base de la démocratie américaine, pour que chacun puisse profiter des bienfaits dont jouissent les Américains. Ce choix a donc réveillée une tension propre à la société américaine et ranimé un débat entre partisans d’un interventionnisme humanitaire et démocratique, et isolationnistes purs et durs.

Cette décision s’est aussi heurtée à la réalité d’un monde qui s’était habitué au gendarme américain et qui se trouve incapable de se policer tout seul. Le repli américain a favorisé la multiplication des conflits régionaux, au Moyen Orient, en Afrique ou en Europe centrale, et débouché sur un monde globalement beaucoup plus dangereux.

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Barack Obama n’a pas résolu ce paradoxe. Comme beaucoup de Démocrates, il est tiraillé entre une volonté de ramener ses ouailles au bercail, et d’intervenir ici ou là au nom de principes humanitaires. Sa décision d’entrer en guerre à reculons, c’est-à-dire de mener un combat qui ne fasse pas de victimes américaines, ne résout rien. Au contraire elle illustre ses hésitations personnelles et l’absence d’une vision à long terme sur le rôle des Etats-Unis dans le monde au XXIe siècle.

George W

Une chose est sûre. George W Bush avait souligné le risque qu’il y avait pour les Américains, et pour la région, à quitter l’Irak trop tôt. Dans une déclaration prophétique faite le 12 juillet 2007, il avait indiqué qu’un tel retrait « serait dangereux pour l’Irak, pour la région, et pour les Etats-Unis. » Ce serait avait-il poursuivi « permettre aux terroristes de disposer d’une nouvelle base pour prospérer », et « accroitre la probabilité de voir les troupes américaines être obligée de revenir sur place à l’avenir. »  C’est exactement ce qui s’est produit.