2014-Election

 Le scrutin de ce mardi 4 novembre, aux Etats-Unis, revêt une importance particulière. Surtout pour un scrutin dit de "mi-mandat" (midterm). D’abord parce que c’est le dernier de l’ère Obama. Le président achèvera son second mandat en 2016. Il ne peut pas en briguer un troisième. A l’issue du scrutin les Etats-Unis entreront dans  une période de « fin de règne ». Le président sera un « canard boiteux », comme tous les présidents en fin de mandat avant lui,  pour la simple raison qu’il sera à deux ans de la retraite et que l’avenir appartiendra à d’autres… Ces « fins de règne » peuvent néanmoins être propices à de nombreux changements,  le président se souciant de soigner sa place dans l’histoire. Inversement elles peuvent être caractérisées par des blocages importants, surtout si le président n’a pas de majorité au Congrès.

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Or c’est ce cas de figure qui se profile. C’est la deuxième  raison qui rend ce scrutin important. Les Républicains, déjà majoritaires à la Chambre des représentants, pourraient emporter le Sénat, ce qui leur permettrait de contrôler l’agenda politique des deux prochaines années.

 

Mais il y a enfin une troisième raison qui incite à observer de très près ce scrutin. C’est qu’il va permettre déjà d’effectuer un tri entre les candidats potentiels à la prochaine élection présidentielle.  Car le calendrier américain est ainsi fait que dès ce mercredi 5 novembre, politiques et observateurs se projetteront vers 2016.

 

En plus de renouveler les élus du Congrès , les Américains vont élire un gouverneur dans 31 Etats, et voter pour l’ensemble des assemblées locales, juges, shérifs, et représentants des commissions d’éducation, compris. Ce qui permettra de jauger de l’état d’esprit du pays.

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La campagne a révélé plusieurs tendances, dont un profond agacement vis-à-vis du président Obama. Entre 62 et 70 % des Américains estiment que leur pays « va dans la mauvaise direction » ! La cote de popularité d’Obama dépasse à peine 40%. Comme au pire de son premier mandat. En dépit d’une croissance de 3% par an aux 1er et 3e trimestres… En fait les électeurs américains sont fatigués de l’indécision de leur président. Barack Obama est perçu comme un beau parleur mais un piètre homme politique. Sur le front intérieur, il n’a jamais su travailler avec le Congrès, ce qui est pourtant essentiel dans le système américain. Sur le front international, ses revirements sur le dossier du terrorisme et certains errements de l’administration, notamment face au virus Ebola, ont choqué les Américains qui croyaient leur pays au-dessus de cela…

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Obama risque donc d'être un « canard très boiteux » pour les deux années à venir… Néanmoins d’autres présidents avant lui ont dû travailler avec un Congrès hostile. Ce fut le cas de Bill Clinton de 1994 à 2000 et de Ronald Reagan pendant les huit années de sa présidence.

 

Voici les principales batailles à suivre:

 

Au Sénat, il manque six sièges aux Républicains pour détenir la majorité des 100 sièges. La répartition actuelle est de 45 sièges pour les Républicains, 53 pour les Démocrates, plus 2 sièges détenus par des sénateurs officiellement « indépendants », mais qui en fait votent avec les Démocrates. Le Sénat étant renouvelé par tiers, trente-six sièges sont en jeu. Parmi eux 21 sont occupés par des démocrates, et 15 par des Républicains. Le risque de basculement est donc plus important du côté démocrate.

 

Dans le New Hampshire, le républicain Scott Brown, qui avait remporté à la barbe des démocrates le siège de Ted Kennedy dans le Massachusetts en 2010, a déménagé un peu plus au nord,  et tente cette fois de détrôner la démocrate Jeanne Shaheen. A quelques jours du scrutin ce duel était encore indécis.

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En Géorgie,  le sénateur sortant ne se représente pas et David Perdue, un businessman et candidat républicain est dans un affrontement au couteau avec Michelle Nunn, star montante du parti démocrate.

 

Dans le Colorado, le sénateur démocrate sortant Mark Udall, héritier d’une dynastie politique américaine, se bat pour sa survie face à Cory Gardner, jeune loup du parti républicain, entré à la Chambre des Représentants voici à peine 4 ans.

 

Inversement dans le Kansas, c’est le sortant républicain, Pat Roberts, un notable du parti républicain, à ce siège depuis 18 ans, qui essaye de résister aux assauts d’un indépendant, Greg Orman.

 

En Caroline du Nord, la sénatrice démocrate sortante Kay Hagan, est au coude à coude avec le challenger républicain Thom Tillis. Mais la présence d’un troisième candidat, le  libertarien  Sean Haugh joue en sa faveur et pourrait lui permettre de sauver son siège.

 

La plus grosse surprise pourrait venir du Kentucky. Mitch Mc Connell, sénateur sortant candidat à un sixième mandat, et qui deviendrait le chef de la majorité républicaine en cas de basculement du Sénat, n’est pas vraiment sûr de conserver son propre siège. Comme en Caroline du nord, la candidate démocrate, Allison Lundergan Grimes pourrait profiter de la présence d’un troisième candidat, le libertarien David Patterson pour s’imposer.

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En ce qui concerne la Chambre des Représentants, c’est l’ensemble des sièges qui est à renouveler, soit 435. Les Républicains en contrôlent 234, soit dix-sept de plus que la majorité. Il est probable qu’ils en gagnent encore quelques-uns.  Les élections intermédiaires sont en général défavorables au parti occupant la Maison Blanche. Avec un recul moyen de près de trente sièges. Ce qui placerait les Républicains à plus de 260 sièges, contre 170. Un écart énorme et sans doute exagéré.  Un gain de 13 sièges suffirait à donner au « parti de l’éléphant » une majorité comme il n’en a pas connu depuis… 1932.  Les Républicains devraient dépasser la barre des 240. Approcher celle des 250 serait vu comme une vraie « vague rouge » (couleur symbolique du parti républicain dans les cartes et graphiques américains).

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Il faut avoir en tête qu’en dépit de mandats très courts, 2 ans, les sièges des Représentants américains sont très stables. Un sortant est rarement battu. C’est le paradoxe de la politique américaine. Les électeurs disent ne pas aimer le « Congrès » en général, mais dans leur immense majorité ils ont une bonne opinion de leur propre Représentant… Du coup ce n’est souvent que lorsqu’un siège se « libère » (parce que son occupant est décédé, ou bien a été élu au Sénat ou s’est simplement retiré) qu’il change de main.

 

Trente-six postes de gouverneurs  sont aussi à pourvoir. Dans des Etats aussi importants que la Californie (le plus riche et le plus peuplé de l’Union), New York, le Texas, la Floride, l’Illinois ou la Pennsylvanie.

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Dans l’Etat de New York, le démocrate Andrew Cuomo se présente à un second mandat et l’emportera largement. Il en va de même en Californie où le démocrate Jerry Brown sera réélu dans un fauteuil à un quatrième mandat. L’Etat est dominé par les démocrates et Jerry Brown jouit d’une cote de popularité personnelle exceptionnelle. Son cas est unique dans la politique américaine. Car il fut déjà deux fois gouverneur dans les années 1970, avant de quitter la politique et même les Etats-Unis, puis de revenir aux affaires dans les années 1990. La Californie ne va pas particulièrement bien, mais Jerry Brown est toujours au zénith. 

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En Floride le gouverneur sortant Rick Scott et son challenger démocrate Charlie Crist, transfuge du parti républicain, sont virtuellement à égalité. La bataille est perçue comme capitale dans la perspective de 2016 car la Floride fait partie des « swing states », ces Etats susceptibles de faire pencher un scrutin dans un sens ou un autre…

 

Dans l’Illinois, Pat Quinn, gouverneur démocrate sollicite un second mandat mais se trouve talonné par le républicain Bruce Rauner. La bataille est très suivie. L’Illinois est l’Etat du président  Barack Obama et il a fait le déplacement pour soutenir Quinn. Une défaite de ce dernier serait un camouflet sévère pour la Maison Blanche.  

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            Même situation au Colorado entre le démocrate sortant John Hickenlooper et son challenger républicain Bob Beauprez. La bataille est serrée et indécise.

 

            En Pennsylvanie, le gouverneur républicain sortant Tom Corbett, élu du Tea Party, va sans doute être battu par le Démocrate Tom Wolf.  Sa personne et sa destinée politique résument le retournement d’opinion vis à  vis de la vague populiste attachée au Tea Party.

 

            Au Texas, le siège de gouverneur est vacant. Deux prétendants  s’avancent,  le républicain Greg Abbott et la démocrate Wendy Davis. Le Texas vote républicain et Abbott est crédité d’une avance de vingt points dans les sondages.

 

Reste à observer les candidats potentiels pour 2016. 

 

Côté républicain, deux « poids lourds » sont face aux électeurs : le gouverneur du New Jersey, Chris Christie et celui du Wisconsin, Scott Walker.

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Christie s’était attiré les foudres des militants en s’affichant avec Obama en 2012 après le passage de l’ouragan Sandy, quelques jours avant le scrutin présidentiel. Cette fois son siège n’est pas en jeu, mais il est le président de l’Association des Gouverneurs républicains et à ce titre concerné par l’ensemble des résultats. Les bons ou mauvais résultats des candidats républicains auront un impact direct sur ses chances de se lancer dans une course à la nomination.

 

Scott Walker s’est taillé une réputation nationale en juin 2012, parce qu’il a survécu à un « rappel » lancé contre lui par les démocrates, après qu’il s’en est pris au pouvoir syndical. Aujourd’hui il est candidat à un nouveau mandat. Etre réélu serait une  victoire marquante qui lui ouvrirait l'horizon de 2016.

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Les autres prétendants potentiels à 2016, comme les sénateurs Rand Paul et Ted Cruz, ou encore Jeb Bush, et Marco Rubio ne sont pas directement concernés par le vote.

 Côté démocrate, le score d’Andrew Cuomo, à New York sera analysé, mais dans la course à la nomination, Hillary Clinton avance avec une armada et un trésor de guerre à décourager le plus téméraire des candidats…

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