Deux livres récents, l'un, "la Guerre des Clans", traduit de l'américain,  l'autre, "Bill et Hillary Clinton, le mariage de l'amour et du pouvoir",  signé d'un historien français, reviennent sur la rivalité des deux couples phares de la politique américaine pour les  vingt-cinq dernières années. 

Bill et Hillary ClintonLa guerre des Clans

En 2011, alors que Barack Obama était à se morfondre dans les profondeurs des sondages et s’interrogeait sur la stratégie à adopter pour assurer sa réélection, il invita Bill Clinton pour une partie de golf. Il s’agissait de sceller une alliance politique mutuellement bénéfique. Clinton aiderait Obama à se faire réélire et en échange Obama aiderait Hillary à emporter la Maison Blanche en 2016. Mais quand Bill Clinton émit l’idée qu’ « Hillary ferait une excellente présidente » pour s’assurer de l’engagement , au moins verbal, de son hôte,  il entendit une réponse qu’il n’attendait pas : « Michèle aussi ferait une excellente présidente ! »

Clinton & Obama playing golf

L’anecdote est rapportée par le journaliste Edward Klein dans son ouvrage La Guerre des Clans, « best-sellers » paru aux Etats-Unis en 2014 et récemment sorti en France aux éditions Hugo Doc.

Elle rappelle que côté démocrate, aux Etats-Unis, il n’existe pas un, mais bien, deux « couples de pouvoir ». Le tandem Bill et Hillary occupe le devant de la scène, pour le meilleur et souvent pour le pire, depuis  25 ans. L’autre tandem, celui de Barack et Michèle Obama n’a émergé qu’à partir de 2007, mais il est bien vivant, et il faudra peut-être compter avec lui à l’avenir.

Barack-&-Michelle-Obama

En attendant c’est le couple Clinton qui incarne plus que tout autre cet accord fusionnel de deux personnages publics à l’ambition sans limite qui ont mis leur talent et leur énergie en commun au service de leurs ambitions. C’est ce que raconte Thomas Snégaroff dans « Bill et Hillary Clinton, le mariage de l’amour et du pouvoir ».
Le livre retrace la carrière, les amours et désamours, les victoires et les revers, de Bill et Hillary Clinton depuis qu’ils décidèrent de lier leur destin au sortir de leurs brillantes études universitaires en 1975. Une décision lourde de conséquences. Surtout pour Hillary. Car si elle insista pour conserver son nom de jeune fille, de Rodham, comme une marque  d’indépendance, elle n’en suivit pas moins son mari dans l’Arkansas, état pauvre et rural du vieux sud, loin du centre névralgique de la politique américaine qu’est la capitale Washington D.C..

Bill & Hillary

Dès lors Bill et Hillary formeront le couple politique par excellence. Sacrifiant leur amour, voire leur honneur, à leurs ambitions. « En votant pour moi, disait Bill Clinton en 1992, vous en aurez deux pour le prix d’un », car Hillary ne serait pas simplement « Première dame » elle serait une sorte de « présidente bis». Pour Bill Clinton elle était, et demeure en 2015, la femme la plus douée de sa génération et il n’était pas questions qu’elle se contente de rester dans l’ombre. Ce qu’elle finira néanmoins par faire jusqu’à ce que Bill quitte la Maison Blanche. Elle briguera alors un siège de Sénateur taillé à sa mesure, celui de New York, et cette élection  lui donnera la légitimité qu’elle n’avait jamais eue en tant que Première Dame. 

Bill & Hillary still

Malgré ce côté fusionnel de leur relation, Hillary s’est toujours démarquée de Bill Clinton. Ne serait-ce qu’à cause de ses frasques sexuelles – qui, à en croire Edward Klein, se poursuivent toujours aujourd’hui, Bill profitant de ses nombreux déplacements et d’une surveillance moindre de la part des médias pour se livrer à son sport favori, la passade. 
Ainsi quand elle fait campagne en l’an 2000, ce n’est pas en tant « qu’Hillary Clinton » mais en tant qu’  «Hillary » » », tout court ! Il ne saurait y en avoir une autre.  Elle s’est fait un tel nom en politique que son prénom suffit désormais à l’identifier. Et lorsqu’elle envisage de sa présenter à la nomination démocrate, c’est encore avec son seul prénom « Are You Ready for Hillary ? » disent ses posters de campagne.

Obama & Hillary 2008 nominatin debate

Sa première tentative en 2007 sera néanmoins vouée à l’échec. A cause d’un jeune ambitieux qui jouera la carte de l’élection « historique ». Mettre une femme à la Maison Blanche aurait été également une « élection historique », mais il faut croire que la culpabilité des Américains est plus grande à l’égard des noirs qu’à l’égard des femmes (n’en déplaise au régretté John Lennon qui chantait en 1971 « Woman is the nigger of the world » (la femme est le nègre du monde), à l’évidence pas tout à fait).
Après six mois d’une bataille acharnée, comme rarement une campagne de primaire en aura vu, les deux adversaires se sont prétendument réconciliés. Au point qu’Hillary a accepté de devenir la Secrétaire d’Etat de son vainqueur. Sans doute cela valait-il mieux que de se retrouver sur la touche… 
Mais le job était un piège. Décrypté par Edward Klein. La politique étrangère reste une des seules prérogatives du président. Le Secrétaire d’Etat est au mieux un émissaire de luxe ( sauf peut-être lorsqu’il s’appelle Henry Kissinger). Mme Clinton faillit en attraper le tournis tant elle parcourut le monde à bord de son avion spécial, pour accomplir au final presque rien  –l’ouverture de la Birmanie est la première réussite citée dans son ouvrage récent Le Temps des Décisions. Les vraies décisions et les dossiers les plus importants sont gérés directement à la Maison Blanche, c’est une règle qui a été appliquée sous Barack Obama comme sous ses prédécesseurs. Hillary s’essoufflait donc au service de la diplomatie américaine, avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, commettre une gaffe qui remettrait en cause sa capacité à se présenter à la présidence en 2016. Cette « gaffe » faillit bien arriver avec la tragique attaque contre le consulat américain de Benghazi qui coûta la vie à l’ambassadeur Christopher Stevens. Obama voulut lui faire porter le chapeau. Elle parvint à s’esquiver, avec l’aide et à la recommandation urgente de Bill. C’est finalement Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale, qui fut sacrifiée.

Barack Obama and Hillary Clinton, White House sept 12 2012

Ce qui demeure est qu’en dépit de certaines apparences, le courant n’est jamais bien passé entre Obama et Hillary. Ils ne s’aiment pas, même s’ils se respectent en tant que « personnages politiques ». Obama apprécie encore moins Bill, qu’il craint même comme la peste car il le sait malin, roublard et beaucoup plus fin tacticien politique que lui-même.

Hillary est désormais archi favorite pour emporter la nomination démocrate en 2016. Il est peu probable qu’Obama la soutienne dans sa quête. Il prendra ses distances et elle n’ira pas le chercher. Le meilleur allié d’Hillary, sera l’éternel Bill Clinton. Tant décrié durant ses années à la Maison Blanche, mais tant aimé aujourd’hui parce qu’à l’époque de sa présidence,  l’économie américaine tournait à plein régime, le pays était en paix et la menace islamiste, n’était encore qu’une…  menace.

La guerre des Clans, Edward Klein, Hugo & Doc, 292 pages, 19,50 €

Bill & Hillary Clinton, la mariage de l'amour et du pouvoir, Thomas Snegaroff, Tallandier; 372 pges, 20,90 €