L’administration Obama est en plein chamboulement. A quinze jours de son investiture le président organise ses troupes pour son second mandat. En politique étrangère, la priorité ira au repli militaire et à l’ouverture diplomatique. En économie rien n’est encore décidé. 

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C’est une valse à trois temps qui se danse tous les quatre ans. A chaque changement ou renouvellement d’administration. Qui part ? Qui arrive ? Qui reste ?
Comme le choix de son entourage est souvent la meilleure indication de la politique qu’un président entend mener, chacun observe cette dance avec le plus grand intérêt. 

A l’aube du second mandat de Barack Obama des changements importants se dessinent au sein de son administration.  L’équipe de politique étrangère et de défense a été renouvelée, avec trois départs et trois nouveaux venus au Département d’Etat, au Pentagone et à la CIA. Des  bouleversements sont également attendus au Trésor, et au sein de l’équipe économique.
Institutions américaines obligent, ces nominations doivent être confirmées par le Sénat. Cela suscite toujours quelques affrontements politiques et ajoute du piment au processus.
Petit tour d’horizon de l’administration Obama II, des confrontations à attendre et de ce que cela nous dit des quatre années à venir.

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Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, est sur le départ. Son successeur, déjà désigné. Il s’agit de John Kerry, Sénateur du Massachusetts et candidat démocrate à la Maison Blanche en 2004. Kerry, âgé de 69 ans, ancien combattant du Vietnam est le président de la Commission des Affaires Etrangères du Sénat. Il était un candidat naturel au poste. « Toute sa vie l’a préparé à cette fonction »  a d’ailleurs souligné le président Obama. Néanmoins, celui-ci avait initialement  souhaité voir son ambassadrice à l’Onu, Susan Rice, prendre le poste. Elle a dû renoncer. A cause des critiques républicaines sur son rôle dans la gestion de l’affaire de Benghazi.  Rice a ainsi évité que sa confirmation ne tourne à un procès de l’administration. 

Barack Obama & John Kerry
Malgré ses trois Purple Hearts et sa Silver Star, Kerry est un « pacifiste», resté dans les mémoires américaines pour son témoignage, contre la guerre du Vietnam, devant la Commission du Sénat en 1971, alors qu’il était un lieutenant en service actif, âgé de 27 ans. « Qui veut être le dernier homme à mourir pour une erreur ? » avait-il demandé. Il s’était aussi opposé à la guerre en Irak de George W. Bush.

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Kerry aura comme priorité d’établir la primauté de la diplomatie sur la force. Question de choix. Question de moyens. Le temps de l’aventurisme militaire est définitivement révolu. Les Etats-Unis travaillent désormais avec leurs alliés et laissent la gestion des crises régionales aux puissances régionales.
John Kerry pourrait également relancer les discussions internationales autour du climat. Il a qualifié la lutte contre le réchauffement climatique de « grand défi » du XXIe siècle . 
Pour compléter l’équipe de politique étrangère, Obama a désigné Chuck Hagel au poste de secrétaire à la Défense, en remplacement de Léon Panetta, et John Brennan, comme directeur de la CIA, à la place du démissionnaire David Petraeus.

Hagel and Obama
A 66 ans, Chuck Hagel est un cas à part du paysage politique américain.
Ancien combattant du Vietnam, où il servit en 1967 et 1968, il a dirigé une banque d’investissements et a été chef d’entreprise avant de se lancer en politique. Il est notamment le fondateur de Vanguard Cellular Systems, une marque de téléphonie mobile. Il a travaillé comme animateur radio. Elu au Sénat en 1996 sous l’étiquette républicaine,  il a été réélu en 2002 puis a renoncé à se présenter en 2008.
« Retraité » du Congrès Hagel est toujours considéré comme un Républicain. Barack Obama peut donc présenter sa nomination comme une volonté d’accommoder le  camp adversaire. De passer par-delà les différences partisanes. Mais ce n’est pas le cas. Au contraire. Car en politique étrangère, Chuck Hagel défend des positions à rebrousse-poil de celles de son parti. C’est un critique d’Israël et de la politique israélienne. Il rejette les sanctions contre l’Iran comme moyen de régler la question du nucléaire. Il est favorable à une réduction drastique du budget de la défense. Trois options qui collent parfaitement à la vision du monde et aux ambitions d’Obama, mais qui expliquent que les Républicains le craignent comme la peste.
Ils ne sont pas les seuls. Les démocrates ont aussi leurs réticences.  En 1998, Hagel s’était opposé à la nomination d’un ambassadeur « gay » estimant qu’une personne « ouvertement homosexuelle » ne pouvait personnifier les valeurs fondamentales américaines que les diplomates sont supposés représenter. La communauté LGBT (pour « Lesbian Gay Bi-Sexual  and Tran-Sexual) ne lui a jamais pardonné ces propos. Les démocrates, tendance sociale-libérale,  le jugent aussi suspect depuis… Verra-t-on sa nomination compromise pour une petite phrase vieille de quinze ans… ? Pas forcément mais celle-ci risque d’être mouvementé.

john_brennan CIA Director
De son côté John Brennan aura pour mission de faire entrer la CIA dans l’ère « post Ben Laden ».
57 ans, dont 25 à la CIA, Brennan était déjà le premier conseiller pour les affaires de terrorisme. Il fut un acteur essentiel de l’opération  Neptune Spear (le raid de mai 2011 sur Abottabad durant lequel Ben Laden fut tué). Sa nomination  à la tête de la CIA confirme la volonté du président de lutter contre les résurgences d’Al Qaida au Yemen ou en Afrique du Nord.

Brennan, partisan, tout comme Hagel, de l’ouverture vers le monde musulman, milite pour que le terme de « terrorisme islamique » ne soit plus employé et remplacé par « extrémisme violent », beaucoup plus neutre. Un souhait que certains Sénateurs jugent préoccupant. Surtout face à l’hostilité persistante du monde musulman vis-à-vis des Etats-Unis.

Erskine Bowles and Barack obama
Ayant remodelé son équipe de politique étrangère. Obama va pouvoir désormais se concentrer son équipe économique. Rien n’a été communiqué officiellement, mais Timothy Geithner, son secrétaire au Trésor depuis 2008, souhaite retrouver son indépendance. Le favori pour le remplacer est Erskine Bowles, qui fut « chief of staff » du président Clinton et surtout co-président  de la fameuse Commission sur la Réforme et la Responsabilité Fiscale, celle qui en son temps avait produit un plan sur dix ans pour revenir à l’équilibre. Sa nomination, si elle se précisait, serait le meilleur signe de la volonté du président Obama de s’attaquer sérieusement à la question du déficit et de la dette. Premier pas vers un redressement de l’économie américaine.