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Longtemps M. Le Maire s’est levé de bonne heure. Pour écrire. Entre 6h30 et 8h00 précisément. D’abord quand il marchait dans l’ombre  longiligne de M. de Villepin. Cela avait donné Le Ministre, paru en 2002, et Des Hommes d’Etat, publié en 2008. Ensuite quand il a tracé son propre chemin, comme ministre de l’Agriculture. Cela donne Jours de Pouvoirs, journal de bord de son passage rue de Varennes entre 2009 et 2012.
Cette trilogie constitue une réflexion de plus de dix ans sur la pratique du pouvoir.
Normalien, auteur d’un mémoire sur « la statuaire dans « A la Recherche du Temps perdu », reçu premier à l’agrégation de lettres modernes en 1992, énarque catapulté en un éclair au sommet de la pyramide,  M. Le Maire, sait à la fois ce que « écrire » veut dire et ce que le mot « pouvoir » signifie.
« Ce que j’en lis n’est pas ce que j’en vis », dit-il. « La vérité du pouvoir ne se trouve ni dans sa conquête, ni dans son bilan : la vérité du pouvoir est dans son exercice. » D’où le besoin de coucher son vécu sur le papier. Voici donc la pratique politique revisitée au quotidien pour en tirer, ici une vue tout en hauteur sur les rapports de forces globaux, et là quelques points de détail dont « les microscopiques singularités constituent la réalité du pouvoir ». 
Mais le constat dominant est amer. « Tout est faux et de plus en plus faux dans ce que nous regardons de la politique …La réalité ne compte plus, mais la représentation de la réalité… En définitive il reste une seule chose de vraie dans le gouvernement des hommes, ce sont les hommes qui font le gouvernement… Si la vérité du pouvoir est dans son exercice alors elle est aussi dans les tripes et dans la rage de ceux qui le détiennent. »

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Ainsi le récit, de M. Le Maire se double, inévitablement, d’un portrait de personnages politiques :  François Fillon,  sec et froid, un taiseux, dénué de chaleur humaine, et surtout Nicolas Sarkozy, « plus profond et plus complexe » que la « caricature » jetée quotidiennement en pâture aux masses cathodiques. Mais pas n’importe quel Nicolas Sarkozy. Celui de la défaite de 2012. Son récit est un portrait du chef de guerre en candidat battu et qui avance, sans illusion, stoïque sous la mitraille. Un Sarkozy qui pourtant se trahit: "A la fin celui qui gagne c'est celui qui a le plus envie" avait-il confié à "son Bruno" le 30 septembre 2011 sur la terrasse de l'Elysée...
Déjà en 2007 l’auteur avait côtoyé la défaite. Il était au côté de Dominique de Villepin dans son combat des chefs avec « Sarko ». Heureusement, dans l’exercice du pouvoir comme ailleurs, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. Bruno Le Maire sort grandi et plus fort de ses « Jours de Pouvoir ». 

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Jours de Pouvoir, Bruno Le Maire Gallimard, 429 pages, 22,50 euros