L'intensité secrète de la Vie quotidienneAu moins le titre n’est pas trompeur ! « L’intensité secrète de la vie quotidienne », traite de la vie quotidienne. Et si d’aucuns la jugent « intense », cette intensité est à la fois insoupçonnée et invisible, définitivement secrète.

Parmi une douzaine de personnages, les principaux protagonistes de ce roman sont Laura et Henry, un couple marié avec deux enfants. Elle est archiviste, il est réalisateur pour la télévision. Matériellement ils ne manquent de rien. Pour le reste ils manquent de tout. Avant Henry, Laura avait connu Nick, mais Nick avait choisi d’autres horizons. Vingt ans après, il revient, et voilà que Laura se demande si elle n’a pas manqué sa vie…
Autour d’eux tout un microcosme s’active, issu exclusivement du monde de la culture avec un galeriste, un professeur, une journaliste, un  présentateur… Tous ces semi-intellectuels bons teints et bien éduqués épanchent leurs états d’âmes, au cœur d’une généreuse campagne anglaise, et l’on comprend qu’à travers eux, c’est sa petite société que l’auteur épingle
C’est très subtilement raconté et finement observé. Nicholson a le don du détail révélateur, du petit geste de rien qui en dit long sur les sentiments profonds.

George Eliot

Jonathan Franzen

Marcel Proust

A la lecture d’un tel roman plusieurs références viennent à l’esprit.
La première est George Eliot, de son vrai nom Mary Ann Evans, auteur en 1869 d’un roman, à épisodes,  intitulé Middlemarch, qui relatait la vie de tous les jours dans un village de la province anglaise. Le titre du livre est d'ailleurs inspiré d'une citation de George Eliot, placée en exergue: "Si nous éprouvions avec intensité n'importe quelle vie ordinaire ce serait comme si nous entendions l'herbe poussée, ou battre le coeur de l 'écureuil, et nous mourrions de ce  tumulte qui s'étend de l'autre côté du silence."  
La seconde est Marcel Proust qui a dépeint avec ironie la haute société provinciale du tournant du XXe siècle, avec ses prétentions et ses vices cachés. La troisième est Jonathan Franzén, auteur américain contemporain, qui dans son dernier roman, Freedom (« Liberté ») paru en 2010, suivait le parcours amoureux et professionnel  d’une mère de famille du Minnesota, coin reculé de l’Amérique profonde.  Ses déboires et frustrations n’étant qu’une métaphore pour les errements d’une société en perpétuel reconstruction où chacun, faute d’avoir un rôle et une place définis, se « cherche » et loin de se trouver, finit en général par se perdre…  

William Nicholson
Le propos était louable et intelligent. Le résultat ennuyeux. Car le texte de Nicholson s’expose au même écueil que celui de Franzen, il impose au lecteur de suivre les trajectoires de personnages,  qui ne sont ni attachants ni exceptionnels, mais au contraire ordinaires et médiocres. De plonger dans le psyché et la libido d’individus qui ne sont ni des héros, ni des anti-héros. Juste des gens de tous les jours. Comme si ces gens-là n’occupaient pas déjà suffisamment de place autour de nous…
Explorer la comédie humaine par le petit bout de la lorgnette à son charme, mais  c’est un exercice singulièrement dénué d’émotion pour le lecteur.  Le « CV » de M. Nicholson indique qu’il fut le scénariste du film « Gladiator ». Ce héros et ce film étaient portés par un souffle épique qui manque terriblement ici.                     
Gladiator 

L'intensité Secrète de la Vie Quotidienne, William Nicholson, (traduit de l'anglais par Anne Hervouët), Editions De Fallois, 400 pages, 22 euros.