"Where's the Beef?"

Vous souvenez vous de cette petite phrase ? Elle m’est revenue à l’esprit ce matin alors que je regardais les réactions à la réélection de Barack Obama et que j’écoutais son discours victorieux à Chicago.

En fait, cette petite phrase remonte à la campagne électorale de 1984. Walter Mondale, ex vice-président de Jimmy Carter, et candidat à la nomination démocrate, l’avait utilisée contre Gary Hart pour dénoncer le vide de ses discours et son absence de programme, alors que les médias et l’électorat semblaient subjugués par le charme et le charisme du sénateur du Colorado, également candidat à la nomination du parti de l’âne.
Ce matin, le monde entier semblait  également subjugué par le charme et la « cool attitude » du président sortant. Comme retombé dans la « Obamania » de 2008. Malgré quatre années difficiles et décevantes à la Maison Blanche. Malgré une campagne en demi-teinte et parfois un manque flagrant d’implication de la part du président. Lors du premier débat par exemple. Et surtout malgré une absence totale de propositions pour les quatre années à venir.


Dans une allocution de plus de vingt minutes, où la famille présidentielle et en particulier Michelle ont tenu une place considérable, Barack Obama n’a prononcé que de gentilles banalités destinées à plaire à tout le monde et à flatter son auditoire.
« Grâce à vous, notre Union progresse vers plus de perfection …  Vous avez réaffirmé un état d’esprit capable de surmonter les guerres et les dépressions… »
Qui peut ne pas souhaiter «les meilleures écoles et les meilleurs profs» ? Qui peut ne pas vouloir « les meilleurs jobs et les meilleurs entreprises » ? Qui peut ne pas espérer  « un pays sans le poids d’une dette,  et sans la présence d’inégalités » ? Qui peut ne pas souhaiter une Amérique « généreuse, compatissante et tolérante » ? …
 Mais la question n’est pas de vouloir  une telle  Amérique. C’est de la faire émerger. Toute la difficulté est de parvenir à la construire. Barack Obama n’a pas prononcé un discours politique ce matin. Il nous a servi un des sermons dont il a l'habitude. Et médias et supporters se sont laissés bercés par le son de sa douce voix.
Mais qu’en ont pensé les vingt-trois millions d’Américains  sans emploi  ou sans revenus? Qu’il y avait-il pour eux dans ces belles phrases, pleines de beaux sentiments ?
Barack Obama et les démocrates ont obtenu « quatre années de plus », non pas sur leur bilan, qui est médiocre, non pas sur leur projet, qui est inexistant, mais en attaquant le ticket républicain pour son propre programme radical. Ils ont gagné sur la peur.
En écoutant le président ce matin, j’ai été frappé par la vacuité de ses propos. De la poudre aux yeux.  Et je n’ai pu m’empêcher de me faire du soucis  pour l’Amérique.
« Le meilleur reste à venir » a dit Barack Obama. Je le souhaite. Pour l’Amérique. Pour tous les Américains. Y compris pour mes propres enfants qui ont cette nationalité et la vie devant eux. Je voudrais le croire. Mais c'est difficile.