Eleanor Roosevelt

Au panthéon des présidents américains, Washington, Jefferson, Lincoln, Roosevelt et même Reagan se disputent la première place (avec un avantage pour Lincoln).
Parmi les premières dames, point de concurrence. C’est Eleanor Roosevelt, épouse de Franklin Delano qui emporte la mise.  Elle a bénéficié du titre plus longtemps que les autres.  Près de quinze ans. Son mari ayant été réélu trois fois (après lui la Constitution sera amendée pour limiter à deux les mandats présidentiels). Elle fut la première à donner une vraie visibilité à ce rôle. Jusqu’alors aucune « first lady » n’avait occupé le devant de la scène comme elle le fit.  Surtout,  elle fut la première à exprimer des opinions personnelles tranchées sur les sujets de son temps et à s’engager au service de causes sociales ou politiques, dont  les droits des femmes et des minorités, notamment les noirs américains. Depuis Eleanor est considérée comme une égérie des démocrates et de la cause féministe. La biographie que lui consacre Claude Catherine Kiejman ne dénote pas à la règle.

Eleanor Roosevelt jeune
Née en 1884, à New York, dans une des plus influentes et des plus riches familles de la côte-est, Eleanor est envoyée parfaire ses études en Europe, où elle apprend le Français. C’est une adolescente grande et mélancolique- sa mère est morte quand elle avait huit ans, son père quand elle en avait dix. A vingt ans elle épouse son cousin Franklin Delano. Roosevelt est à la fois son nom de jeune fille, et son nom de mariage. Les jeunes époux se sont rencontrés à la Maison blanche et c’est le président Teddy Roosevelt lui-même qui a sanctionné leur union.
Ils auront six enfants. Franklin est un avocat auquel on prédit le plus grand avenir politique. C’est pourtant elle qui fait naître sa conscience sociale en lui faisant visiter les quartiers pauvres où elle donne de son temps comme bénévole. 
Leur union manque de se briser en 1918. Eleanor découvre que son mari a une relation extraconjugale. Elle impose ses termes. La cessation immédiate ou le divorce. Pour sauver sa carrière, et au passage son héritage,  car sa mère menace de le laisser sans un sou s’il divorce, FDR rompt. Mais la vie du couple est brisée. Ils ne seront plus désormais que des « compagnons » courtois…

Eleanor et Franklin Roosevelt
Quand la polio frappe Franklin, Eleanor le prend en main et occupe le terrain. Elle s’introduit  dans le milieu politique. Même si elle n’apparait que rarement, ils forment déjà un duo. Roosevelt entre à la Maison Blanche, en 1933, Eleanor  le suit. A l’en croire, cette perspective ne l’enchante pas plus que cela. Dans les faits elle va mettre à profit cette position privilégiée pour s’affirmer, s’émanciper, diront certains, et défendre ses causes de façon de plus en plus indépendante. Elle écrit des articles dans les journaux, s’exprime sur les ondes radio, participe à des conférences. On lui prête des relations amoureuses, dont une avec une femme, journaliste de son entourage. Elle profite de sa notoriété pour publier ses mémoires. Alors qu’elle est toujours en fonction. Le livre est un succès et un scandale à la fois.  

Eleanor Roosevelt ONU
Après le décès de FDR, Eleanor devient une figure incontournable, mais discrète, du parti démocrate. Elle occupe aussi la scène internationale et participe à l’Assemblée Générale de la nouvelle Organisation des Nations Unies où elle tient tête au représentant de Moscou. Si la montée du Mc Carthysme et d’un certain Richard Nixon, l’effraie, elle se rassure en accordant son soutien au  jeune sénateur, John Kennedy. "Il veut aider le peuple et l'humanité" écrit-delle de lui...

Femme de président mais surtout femme de caractère et femme de combat, Eleanor Roosevelt suscite l’admiration, pour un engagement qui ne prendra fin qu’avec sa vie. Et une certaine irritation chez ceux qui pensent qu’elle en a toujours trop fait !


Eleanor Roosevelt, First lady et Rebelle, Claude-Catherine Kiejman, Éditions Tallandier, 255 pages, 19,90 euros