Quel sera l’impact de la nouvelle stratégie américaine sur le monde et l’Afrique ? Et quelle place les Etats-Unis vont-ils accorder à l’avenir au continent noir?

Obama and Africa

Les évènements de ces derniers mois et dernières années apportent des éléments de réponse à ces deux questions. Il apparait d’une part que les désordres régionaux vont se multiplier. Il est clair d’autre part que la présence d’un « noir » à la Maison Blanche n’a pas changé fondamentalement la relation des Etats-Unis avec les pays africains.

Syrian rebels and Al Qaida

Quoi qu’en dise M. Obama, les monde est plus instable sans le « shérif » américain, qu’il ne l’était avec. Ces dernières années ont vu se développer trois foyers d’insurrection dans des régions réputées instables mais jusqu’alors calmes. Le premier foyer est le monde arabe secoué par des révolutions qui ont amené tantôt  l’islamisme au pouvoir, comme en Tunisie et en Libye, tantôt les militaires, comme en Egypte. La prolongation de certains conflits, comme celui de la Syrie, sous le regard passif de  Washington, a contribué à déstabiliser toute une région et débouché sur une reprise de la guerre civile en Irak. 

Arab spring violence


Le second foyer se situe à la frontière de l’Union européenne, en Ukraine. La volonté de ce pays de se rapprocher des institutions de Bruxelles a été réprimée par Moscou, qui n’a pas hésité à risquer l’affrontement plutôt que de perdre sa mainmise sur un territoire stratégique parce qu’ à la fois à sa frontière et lui donnant accès à la mer Noire. L’annexion de la Crimée n’avait d’ailleurs d’autre but que de préserver cet accès et la jouissance par Moscou des anciennes bases militaires soviétiques qui s’y trouvent. L’incapacité de l’Europe et des Etats-Unis à empêcher cette annexion en dit long sur la nouvelle impuissance occidentale. Fort de savoir que les Etats-Unis n’interviendront pas militairement pour défendre l’Ukraine, Vladimir Poutine peut agir sur place en toute impunité et faire valoir le droit de la force, quand son adversaire se limite à invoquer la force du droit...

Can Ukraine fight back alone

Le troisième foyer d’insurrection se trouve en Afrique. Il concerne une large bande de territoire qui va du Golfe de Guinée au Golfe d’Aden, et inclut des pays comme, le Mali, le Nigéria, la Centrafrique, le Soudan du Sud, l’Ethiopie, le Kenya, et la Somalie. Cette vaste zone qui traverse le continent d’Est en Ouest était déjà instable. Et les causes des conflits actuels sont diverses, allant du simple intérêt économique et stratégique pour des gisements d’hydrocarbures, à des rivalités ethniques et religieuses. Mais on assiste depuis quelques années à une multiplication des actions terroristes de petite ou grande envergure. Deux régimes ont été renversés, celui d’Amadou Toumani Touré au Mali et de François Bozizé en République centrafricaine. Un troisième, au Soudan  du Sud peine à se mettre en place. Des pays riches se trouvent déstabilisés par des terroristes aux actions de plus en plus violentes, le Nigéria face à Boko Haram, et le Kenya face aux Shehab de la Somalie voisine. Les communautés chrétiennes et musulmanes, qui jadis cohabitaient sans difficultés, sont désormais dressées les unes contre les autres, au Nigéria, en Centrafrique, au Mali.

French Forces in Mali 2

L’Amérique de 2014 est peut-être plus en sécurité que celle de 2001 ou de 2008, mais le monde lui l’est beaucoup moins. Les Etats-Unis demeurent la première puissance militaire de la planète et leur volonté de ne plus s’impliquer dans les conflits régionaux semble avoir libéré les pires instincts de tous les mouvements rebelles.
L’Afrique peut-elle au moins se rassurer, en se disant qu’elle a à la Maison Blanche plus qu’un allié, un « frère », un fils du continent noir ?
Pas vraiment.

Barack Obama and Michelle, election night 2008

Après six années à la Maison Blanche, le premier président « noir » des Etats-Unis affiche un bilan plus que mitigé vis-à-vis de l’Afrique et même décevant du point de vue des attentes placées en lui en 2008. Plus que jamais l’Afrique devra d’abord s’aider elle-même, pour espérer ensuite voir le « grand frère » américain venir lui prêter main forte.
Dans son discours de West Point, le président américain a consacré deux paragraphes à l’Afrique, pour rappeler les accomplissements de son administration. « J’ai constaté l’an passé lors d’une visite en Afrique que l’aide américaine pouvait rendre possible l’émergence d’une génération sans sida…Nous aidons aussi les fermiers africains à acheminer leurs produits jusque sur les marchés, pour nourrir des populations jadis menacées par la famine. Nous envisageons de doubler l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne… Toutefois aucune opération sécuritaire américaine ne peut éliminer la menace d’un groupe extrémiste comme Boko Haram, coupable de l’enlèvement de jeunes filles au Nigéria. Notre effort doit se concentrer pas seulement sur la libération de ces jeunes filles, mais sur l’aide à apporter au Nigéria pour qu’il puisse éduquer sa jeunesse… L’aide au développement n’est pas seulement un simple à côté,  une bonne action sans lien avec la politique de défense, au contraire. C’est un élément de notre sécurité nationale. C’est ce qui nous rend plus fort. » 

obama's african roots

Il a aussi réitéré son appel au Congrès pour que celui-ci approuve une enveloppe de cinq  milliards de dollars destinés à la lutte anti-terroriste dans le monde. De quoi financer l’entrainement et l’équipement de forces locales au Yémen, en Somalie, en Libye ou encore au Mali. Cinq milliards investis en Afrique, non pour le développement, mais pour la sécurité. Certes, celle-ci est la condition sine-qua-non du développement. Mais le message implicite est clair, c’est la lutte pour sa propre sécurité qui motive l’attention portée par  les Etats-Unis sur l’Afrique.  Une attitude qui ne diffère pas de celle d’autres présidents avant Obama.
Le monde entier s’était enthousiasmé lors de l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche. En particulier et tout naturellement l’Afrique. Le Kenya, pays de son père, avait même fait du jour de son investiture une fête nationale. Sa visite au Ghana, dès le mois de juillet 2009, soit six mois à peine après son entrée en fonction, avait été appréciée. Jugée prometteuse. Mais Obama n’avait même pas passé la nuit sur le sol africain. A peine quelques heures entre deux avions. Et la visite n’avait débouché sur rien, ou presque.

obama and Air force One in Africa

Barack Obama n’était revenu qu’en  juin 2013 avec une visite officielle en trois étapes, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tanzanie. Ces trois pays avaient été soigneusement sélectionnés. Au Sénégal le président Obama avait voulu saluer, en la personne du président Macky Sall, l’exemple d’une transition démocratique réussie. En Afrique du Sud, c’est déjà l’héritage de Nelson Mandela qui avait été célébré. Et en Tanzanie, Obama avait salué le décollage économique d’un pays anglophone pour mettre en avant une initiative américaine en matière d’énergie.

obama and Africa 2

Bref un bilan fort maigre, surtout pour le  « premier président noir »… Après six ans à la Maison Blanche et en dépit d’une majorité démocrate au Sénat, la plus importante législation américaine vis-à-vis de l’Afrique demeure l’AGOA, « African Growth & Opportunity Act », une loi facilitant les échanges commerciaux, qui fut votée sous la présidence de George W.  Bush… Elle est régulièrement reconduite et prolongée depuis, la dernière fois en 2013, mais l’initiative n’en revient pas à l’administration Obama.

obama waiving goodbye

Il est peu probable que le président américain retourne en Afrique d’ici la fin de son mandat. Par contre, à l’initiative de Marcia Fudge, élue de l’Ohio à la Chambre des Représentants et présidente du Caucus Noir, c’est-à-dire de l’ensemble des élus noirs du Congrès, le président Obama a convié l’ensemble des chefs d’Etats africains à un grand sommet cet été, le Sommet Etats-Unis-Afrique du 4 août, premier du genre. Une façon aussi de marquer l’histoire.

Capitol Wash D