Islamic State in iras 2

L’engagement international contre l’Etat Islamique au Levant (il parait qu’il faut dire « daech », d’après les initiales du nom de ce groupe en arabe, parce que ça énerve ses partisans; mais comme ils ne liront pas cette recension, plutôt destinée aux personnes francophones et ayant l’esprit ouvert, je préfère appeler ce groupe terroriste par le nom qu’il se donne dans la langue que j’utilise) est intéressant à plus d’un titre.
D’abord parce qu’ il rappelle que la France, les Etats-Unis et d’autres pays sont « en guerre » ! En guerre contre une forme d’islam fanatique, sanguinaire et intolérant qui tente de s’implanter en Orient, voire au-delà.  Cette guerre ne commence pas aujourd'hui. Elle a été engagée par d'autres, avant même le 11 septembre, quand les symboles, voire les personnes, représentants la culture occidentale ont commencé d'être attaqués un peu partout. Cette guerre avait été presque oubliée. Elle se poursuit pourtant, même si pour la plupart d'entre nous elle ne se traduit que par des images et des informations très dérangeantes aux journaux télévisés. Mais être "en guerre" cela signifie mettre sa vie en jeu et se battre parce que l'on est attaqué. C'est un engagement, des dangers, des sacrifices. C'est aussi avoir un objectif commun  et espérer une victoire de ses troupes et de ses valeurs, de sa vision de la justice et du droit.
Ensuite parce que ce combat, comme souvent, en masque un autre. Ce à quoi nous assistons, et participons, aujourd’hui en Syrie et en Irak, est, en fait, une redistribution des cartes, une  redéfinition des frontières, des alliances et allégeances. Le Moyen Orient est en pleine recomposition, depuis vingt-cinq ans bientôt (depuis que Saddam Hussein envahit le Koweit). Et du chaos actuel sortira peut-être un ensemble cohérent capable de tenir la route pendant plusieurs décennies, comme ce fut le cas pour les pays sous mandat coloniaux aux XIXe et XXe siècle, puis de façon indépendante à partir des années 1950-60.

le grand livre de la géopolitique

Aujourd’hui cette architecture s’est effondrée, il faut en reconstruire une autre. Que la France soit impliquée dans cette édification est essentiel compte tenu de son influence et de sa présence historique dans cette région.
Ce conflit et ses implications offrent en vérité une illustration vivante de ce qu’est la géopolitique, cette «science de l’Etat » en tant qu’entité géographique, mais aussi culturelle, humaine, politique, économique, historique…
Du temps de la Guerre Froide, quand le monde était divisé en deux camps idéologiques, la géopolitique était simple. Il y a avait l’occident capitaliste, d'un côté, et l’espace soviétique et ses satellites communistes, de l'autre. Les« non-alignés » se faisaient une vertu de n’être d’aucun camp, et bien que numériquement les plus nombreux, étaient les moins puissants alors. Mais ce découpage était trompeur. Le vernis idéologique masquait les réalités sous-jacentes.
Depuis la fin de la guerre froide ce vernis n’a cessé de s’écailler et ces réalités de ressurgir. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de constater que le début de ce désordre, l’invasion du Koweit,  remonte à quelques mois à peine après l’effondrement du système soviétique !
Pour essayer de comprendre ce qui se passe il faut donc se replonger dans la géopolitique, regarder non pas les frontières nationales mais les limites tribales, ou les dominances ethniques et religieuses, ou encore les espaces linguistiques et les rivalités claniques; il faut regarder l’histoire des peuples et de leurs alliances, la place des héros et la force  des mythes.

 current conflicts

L’ouvrage de Pascal Boniface Le Grand Livre de la Géopolitique se limite à remonter jusqu’à 1945. Cela permet d’opposer  le monde de la Guerre froide à celui d’après, qualifié de monde « post-bipolaire », mais dans bien des cas ce n’est pas suffisant.  Le monde issu de la seconde guerre mondiale, aux lignes de partage clairement définies, semble de plus en plus un îlot ordonné dans un océan désordonné. Le monde de 2014 ressemble beaucoup plus à celui d’il y a deux siècles, de 1814. Quelques puissances déclinantes et partout des nations jadis sous tutelle qui rêvent de liberté. Hier c’était l’Europe et l’Amérique Latine, aujourd’hui c’est l’Orient et l’Afrique, mais le mécanisme reste le même. Et en parallèle, des progrès technologiques époustouflants et une diffusion rapide de la modernité qui en effraient certains et favorisent les comportements les plus extrêmes. Si l’on y ajoute le ressentiment du pauvre envers le riche, du dominé envers le dominant, on a la recette qui fait le succès du terrorisme islamique et de groupes comme EIL.

On sait qu’ils seront balayés. Mais dans combien de temps et combien de vies ?

Le Grand Livre de la Géopolitique, pascal Boniface, Editions Eyrolles, 400 pages, 21,90 euros