Si la Californie reste un précurseur, les Démocrates peuvent se réjouir et les Républicains s’inquiéter. Les Californiens ont approuvé des hausses d’impôts et placé une majorité de Démocrates à tous les échelons du pouvoir.

California flag
 « Go West Young Man ! » Pendant deux siècles ce fut le message de l’Amérique à ses forces vives. « Pars pour l’Ouest, jeune homme! » L’Ouest c’était les territoires à conquérir. D’abord au-delà des Appalaches, puis au-delà du Mississippi, puis des Rocheuses. Enfin, l’ouest ce fut la Californie, qui s’étendait, au soleil, le long du Pacifique. Il y avait une terre à dompter. Et des fortunes à faire. Les jeunes ont écouté. Les moins jeunes aussi. La Californie est devenue, à l’aube des années 1960, l’Etat le plus riche et le plus peuplé de l’Union. Le véritable « Golden State », « l’Etat en or ». Parce que l’or y avait effectivement été découvert en 1848 (d’où le nom de « 49ers » donnés aux premiers arrivants, car on était alors en 1849…) et parce que tout ce que l’on entreprenait en Californie semblait se changer naturellement en or.

Du coup la Californie devint la dernière frontière. La source de toutes les nouveautés, de toutes les modes, de toutes les révolutions. Ce que la Californie faisait l’Amérique le copiait. Et comme la terre entière copiait l’Amérique…la Californie était le laboratoire du monde de demain !

California calling
Si cela reste vrai, les Démocrates peuvent se frotter les mains et les Républicains ont des soucis à se faire. La Californie a envoyé deux messages à Washington, lors des élections de 2012 : le premier économique, le  second politique. Ses électeurs ont approuvé d’importantes hausses d’impôts pour résorber leur déficit. Ses électeurs ont aussi accordé une majorité des deux tiers aux Démocrates, dans toutes les instances législatives.
Ces messages méritent d’être regardés de près. D’abord, les impôts.

La « proposition 30 », parrainée par le gouverneur Jerry Brown, a été approuvée à 54% contre 46%. Une victoire sans conteste.  Elle autorise de relever la « sales tax » (taxe à la vente) d’un quart de point, à 8,25%, soit le taux le plus élevé aux Etats-Unis, et elle relève de 3% les contributions fiscales des ménages gagnant plus de 250 000 dollars. De quoi collecter six milliards de dollars par an, destinés à l’éducation et à résorber le déficit.

Propostion 13 and 30
Ce vote est significatif car c’est la première fois en plus de trente ans que les Californiens se prononcent aussi nettement en faveur d’un relèvement des impôts. 
En 1978 la Californie fut à l’avant-garde d’une révolution inattendue, la révolution « reaganienne » contre les impôts. Ronald Reagan avait été gouverneur de cet Etat de 1967 à 1975, et il était parti en croisade contre des taxes trop élevées. En 1978 les électeurs lui avaient emboité le pas en votant la « proposition 13 » qui limitait l’impôt sur la propriété, la principale source de revenu du gouvernement de l’Etat. L’idée était double. Un, limiter la hausse automatique des impôts à une époque de forte inflation. Deux, limiter les dépenses du gouvernement de l’Etat en limitant ses recettes. Car l’homme qui avait succédé à Reagan à Sacramento, la capitale californienne, s’appelait Jerry Brown. Il était démocrate. Partisan d’un gouvernement actif et voué à corriger les inégalités, il était favorable à une politique fiscale très ambitieuse. Mais les Californiens ne l’entendaient pas ainsi…

Jerry Brown then and now
Aujourd’hui, c’est à nouveau Jerry Brown qui est gouverneur de la Californie. Depuis 2011. Par une de ces ironies de la politique qui l’a vu revenir à son premier poste électif après une longue parenthèse… Sous sa direction les Californiens viennent de voter pour une…hausse des impôts. La boucle est bouclée.

Depuis Washington, les Démocrates ont évidemment observé ce vote avec intérêt. Si la Californie est encore un précurseur national, alors les Américains dans leur ensemble sont prêts à accepter de relever les impôts, ce qui est un argument de poids  dans les négociations en cours sur le déficit budgétaire. 
Et si la Californie est encore un précurseur national, les Démocrates peuvent se frotter les mains, car les électeurs du Golden State ont peint toutes leurs institutions d’un bleu uni. C’est le second message de l’ouest.

Sacramento Capitol
La Californie envoie 55 parlementaires à Washington, 53 représentants et 2 sénateurs. Les deux sénateurs sont des…sénatrices, Diane Feinstein et Barbara Boxer, toutes deux Démocrates et indétrônables depuis vingt ans.  Sur les 53 représentants, 38 sont Démocrates et 15 Républicains. Un journaliste remarquait malicieusement que des 38 démocrates, 18 sont des femmes, 9 des hispaniques, 5 des asiatiques, et 3 des noirs. Par contre, des 15 Républicains, tous sont des hommes et tous sont blancs !
L’Assemblée de Californie, qui siège à Sacramento, compte 54 Démocrates et 26 Républicains. Le Sénat, 28 Démocrates pour 12 Républicains. Soit un rapport du simple au double, qui donne aux démocrates une « supermajorité »  leur permettant de changer le code fiscal, s’ils le souhaitent.
Cette mainmise n’a pas été acquise en une nuit. Voila plus de vingt ans que siège après siège les Démocrates ont assis une domination incontestée sur l’appareil gouvernemental.

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Une domination qui reflète aussi l’évolution démographique de cet Etat. De tous les Etats américains, la communauté « blanche » n’est nulle part aussi peu nombreuse qu’en Californie. Selon les données du dernier recensement, seuls 39% des habitants de Californie se définissent comme des « blancs non hispaniques ». 38% se disent « hispaniques » ou « latinos », 14% « asiatiques » et 7% « noirs ». Au sein de l’électorat les « blancs » représentent 55% des votants, contre 23% pour les hispaniques et 12% pour les Asiatiques. Ces deux derniers groupes votant à près de 80% pour les Démocrates.
Bref, si les Républicains, ne trouvent pas un moyen de faire venir à eux les électeurs de ces groupes –qu’on ne pourra bientôt plus qualifier de « minorités »- ils vont être mis durablement hors-jeu… 

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Seule consolation, cette domination électorale, n’est pas la garantie d’une meilleure gestion. Les finances de la Californie sont calamiteuses. Son économie aussi. Le taux de chômage est au-dessus de la moyenne nationale (10% contre 8%), la proportion de pauvres aussi (23% contre 14%). Fait rarissime,  la Californie n’a gagné aucun siège à Washington, lors du dernier recensement. Jusqu’alors sa population, en augmentation constante, lui valait une délégation parlementaire toujours plus nombreuse. Pas cette fois. Parce que plus de gens quittent la Californie que ne viennent s’y installer. Ce message-là, aussi, mérite d’être médité.

california broke