Obama and Syria 1Les évènements récents, aussi bien en Syrie (une guerre civile qui a fait plus de cent mille morts et tue des enfants tous les jours), qu’en Egypte (plusieurs centaines de manifestants tués par l’armée début août), ou encore en Iraq (des attentats tous les jours faisant des dizaines de victimes), auxquels le monde assiste impuissant et impassible, sont révélateurs d’une nouvelle réalité. Tout comme l’avait déjà été la « révolution libyenne » en 2011.
Cette réalité, c’est celle d’un monde sans leadership américain. D’un monde sans gendarme. Et donc d’un monde en proie à tous les désordres, où les rivalités, qu’elles soient politiques, claniques, ethniques, religieuses, ou autres, sont incontrôlables et débouchent sur une violence généralisée. Bref un monde livré à lui-même.

Arab spring violence
Il va falloir s’habituer à ce « nouveau monde », car le repli américain, de la scène internationale en général et du Moyen-Orient en particulier, n’est ni accidentel, ni temporaire. Il reflète une volonté exprimée par une large majorité de la population américaine, 60% selon un récent sondage Gallup, et partagée par le président Obama.  Une volonté que cessent les engagements extérieurs, perçus comme aussi incessants que vains.

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Après plus d’un demi-siècle à être le défenseur du monde libre, puis à jouer le shérif du monde de l’après-guerre froide, les Américains sont fatigués de se sacrifier pour les autres, sur des théâtres lointains, pour des causes pas toujours claires et encore moins « justes » et de n’en tirer ni bénéfice politique ni même une quelconque reconnaissance. 

Obama leaving the sceneIls sont aux prises avec une crise économique dont ils ne voient pas la fin, et préfèrent se concentrer sur leurs affaires intérieures et leurs intérêts propres. Dans ce domaine, Barack Obama est convaincu que l’avenir de l’Amérique ne passe ni par le Moyen-Orient, ni même par l’Europe, mais par l’Asie. C’est la raison du « pivot vers l’Asie » annoncé dès sa prise de fonction en 2009. Son vrai souci est la santé économique des Etats-Unis et celle-ci passe par une relation apaisée et commercialement fructueuse avec la Chine et les dragons d’Asie. Face à ces enjeux-là, le sort d’un Bachar al Assad et de vingt-deux millions de Syriens pèse peu.

pivot to asia
Ce retournement stratégique ne peut cependant être annoncé ouvertement à la face du monde. De par sa puissance militaire et économique l’Amérique reste le pays vers lequel la planète se tourne lorsque les choses vont mal. De par sa nature « messianique », de par les idéaux humanistes et démocratiques qui ont présidé à sa fondation, l’Amérique ne peut, non plus, ouvertement renoncer à défendre la liberté ni à soutenir les droits de l’homme.
C’est cette ambiguïté qui explique les gesticulations verbales auxquelles on assiste à Washington depuis plusieurs mois, notamment vis-à-vis du conflit Syrien. Les déclarations du Secrétaire d’Etat John Kerry, le 26 août, concernant la « réalité » du recours aux armes chimiques par le régime de Bachar al Assad n’en sont que la dernière manifestation.

John Kerry on Syria
Une manifestation qui parvient mal à masquer une autre réalité, à savoir que les Etats-Unis ont pour intention véritable de rester aussi éloignés que possible du chaos syrien. Même s’ils décident de mener une action de représailles contre le régime Assad, celle-ci sera surtout  symbolique et sans lendemain.
D’autant que le président Obama s’est lui-même déjà engagé à mener une telle action. Le 20 août 2012, il avait indiqué, pour justifier son inaction d’alors face à un conflit qui avait déjà fait cinquante mille victimes, que « le recours à des armes chimiques changerait l’équation ».  C’était une « ligne rouge à ne pas dépasser ».

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Il apparait à présent, à croire John Kerry,  que cette ligne rouge a bien été franchie par le régime… Dès lors l’Amérique n’a plus le choix. Soit elle agit. Soit elle se dédie. Il y va de sa crédibilité. Parions qu’elle agira. Probablement par des frappes ciblées. Comme celles ordonnées par Bill Clinton contre le Soudan et l’Afghanistan en 1998, suite aux attentats de Nairobi et Dar es Salaam. Des frappes aussi spectaculaires qu’inutiles. Pas par une campagne comme celle de 1999 pour déloger les troupes serbes du Kosovo…

Tomahawk launching
Washington  ne veut ni s’impliquer dans ce conflit, ni en précipiter la fin, ni contribuer à son élargissement,  à l’Iran, au Liban, à la Turquie, à la Jordanie…
La terrible vérité du conflit syrien est que l’intérêt des Etats-Unis, et de l’Occident,  est de le voir se prolonger sans qu’un camp ou un autre en sorte vainqueur. Une victoire du clan Assad serait un affront aux principes dont se réclament les gouvernements occidentaux. Ce serait aussi une victoire politique pour l’Iran et la Russie, deux pays rebelles à ces principes, qui aiment mettre en avant  leur pouvoir de nuisance, et dont l’un menace régulièrement de déstabiliser toute sa région. A l’opposé, un renversement du régime syrien serait la garantie d’affrontements prolongés entre factions rebelles, du type de ceux qui secouent désormais l’Egypte, l’Iraq ou encore la Lybie, avec la perspective que le pays devienne une nouvelle base arrière d’Al Qaida.

Syrian rebels and Al Qaida
Bref le statu quo actuel, aussi cruel soit-il pour la population syrienne, est préférable. Les révolutions arabes ont démontré qu’il était relativement facile de renverser un régime. Fût-il dictatorial. Mais bâtir à la place des institutions stables et démocratiques était autrement plus ardu.  Les révolutions ont une fâcheuse tendance à engendrer non pas la démocratie, mais le désordre, l’intolérance et l’arbitraire.
Alors que son prédécesseur, George W. Bush, avait voulu imposer la démocratie par la force au Moyen Orient –une stratégie sanctionnée par un échec patent- Barack Obama préfère attendre que la démocratie émerge d’elle-même. Si elle émerge un jour…