Elvis Presley Frank Bertrand
Ah, cette manie des anniversaires ! Tout est prétexte à commémoration, cérémonie du souvenir, retrouvailles nostalgiques. Ce 16 août 2012 ne fera pas exception qui verra la « célébration du 35e anniversaire de la mort d’Elvis ». Si même l’expression « anniversaire de la mort » a un sens…
Mais le fait est que le « King » est décédé le 16 août 1977, à l’âge de 42 ans, d’un arrêt cardiaque provoqué (sans doute) par un abus de sédatifs.  Il n’était plus, disent ses biographes, que l’ombre boulimique et alcoolisée de lui-même.

Frank Bertrand
 Pas si vrai, répond ici Frank Bertrand qui a reconstitué sa dernière journée et sa dernière nuit. Il décrit un Elvis fébrile, aussi bien incapable de se concentrer sur une tâche que de s’asseoir ou encore moins de dormir.  Après un rendez-vous chez son dentiste à 23h (il faut être star pour être vu par un médecin en dehors des horaires de bureau) il enchaine par une partie de racketball, à 2h00 du matin, puis à l’aube appelle son infirmière pour qu’elle lui apporte un « cachet  miracle »…
Avant cette ultime nuit, qui rappelle celle de Marilyn Monroe ou plus récemment de Michael Jackson,  Elvis fut une légende vivante. Bien plus qu’un chanteur à la voix d’or et de miel, et au déhanchement suggestif, il fut l’inventeur d’un genre  qui allait soulever toute une génération, le catalyseur d’une révolution des mœurs et d’une transformation du monde… Mais Elvis fut aussi un jeune homme simple, généreux et insouciant, largement dépassé par le phénomène qu’il avait engendré, et qui en dépit de sa gloire restait peu sûr de lui. 

 C’est cet Elvis là que fait revivre Frank Bertrand. Celui qui s’émerveille de tout, tombe amoureux continuellement, celui qui achète des trucs pour ses copains, celui qui dit toujours oui au « colonel », son impresario tant décrié, et surtout celui qui demeure épris de musique et pense toujours au prochain concert.

Elvis & his guitar 1955

Elvis & his guitar 1976
Le plus surprenant dans le « phénomène Elvis » est qu’il resta toujours en dehors du mouvement qu’il avait lancé. Elvis est un « chanteur de rock » en 1955 et il est toujours un « chanteur de rock » en 1975. Le jean a été remplacé par un costume à paillettes et l’orchestre compte trente musiciens au lieu de trois mais la musique est la même. Le personnage aussi. Le monde a par contre été totalement chamboulé. Et du coup, c’est Elvis qui parait démodé, dépassé, hors du coup. Et sa disparition devient comme la miséricorde du destin, qui le fait basculer dans le mythe et le rend éternel.


Elvis Presley, Frank Bertrand, Editions France Empire, 316 pages, 21 euros.