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La victoire de Barack Obama laisse l’Amérique profondément divisée. En deux camps de force quasi égale, mais aux différences peut-être irréconciliables.
Elle ouvre la voie à une nouvelle Amérique, et clôt un chapitre glorieux de son histoire.
Elle précipite le parti républicain dans une crise de conscience et d’identité. 
Avant même d'entamer son second mandat,  Barack Obama a une tâche ardue devant lui. Réconcilier l’Amérique et la guider vers une croissance retrouvée. Il ne bénéficiera d’aucune lune de miel ou délai de grâce. Au contraire. Certains perdants du 6 novembre vont l’attendre de pied ferme. Les prières que Mitt Romney a formulées pour son succès, ne seront pas de trop pour l’aider dans sa tâche...

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Tous les chiffres ne sont pas encore rentrés, mais sur plus de cent-vingt millions de suffrages exprimés, l’écart entre Barack Obama et Mitt Romney est d’un million de voix. Contre près de dix il y a quatre ans entre Obama et Mc Cain. En pourcentage cela donne à peine plus d’un point 49,8% contre 48,7.
Pour le candidat républicain l’honneur est sauf. Il a même terminé tout près du président sortant. Tout près et très loin, à la fois. Près d’une centaine de voix au Collège électoral. Un océan !  La faute au système.  Notamment à la règle du « gagnant rafle tout » (« winner takes all ») qui alloue l’ensemble des « Grands Electeurs » d’un Etat au candidat arrivé en tête, même s’il est en tête d’une seule voix.

2012 election results
Pour gagner une élection présidentielle américaine il faut être en mesure d’être élu par les Etats les plus peuplés. C’est ce qu’a réussi à faire Obama. C’est là où Romney a échoué.  Sur la dizaine « d’Etats clés », les fameux « swing states », dont on ne savait de quel côté ils allaient pencher, et qui ont véritablement fait cette élection,  il n’en a emporté qu’un seul, la Caroline du Nord. Les autres, la Floride, la Virginie, l’Ohio, l’Iowa, le Colorado, le Nevada, la Pennsylvanie, le Michigan, le New Hampshire, tous ont été remportés par Barack Obama. Parfois d’un cheveu, mais c’ était suffisant.

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Dans les batailles pour le Congrès, malgré des mois de campagne, et des milliards dépensés, rien n’a changé. Les démocrates contrôlaient le Sénat. Ils le contrôlent toujours. Ils ont même gagné un siège. Les Républicains avaient la majorité au sein de la Chambre des Représentants, ils  l’ont toujours et ont même gagné des sièges.

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Résultat le pays est divisé. Les sondages de sortie des urnes étaient implacables dans leur description de l’électorat. Les électeurs de sexe masculin, blancs, croyants et pratiquants, plutôt âgés, vivant en banlieue ou en milieu rural,  ont voté massivement pour Mitt Romney. Les électeurs de sexe féminin, issues de minorités ethniques, habitants les zones urbaines, plutôt jeunes, ont voté majoritairement  pour Barack Obama.
Voilà donc deux Amériques face à face. Celle d’hier attachée à des valeurs et traditions liées à un âge d’or, plus ou moins idéalisé. Celle de demain, issu d’un brassage ethnique et prête à redéfinir, la famille, les relations sociales et le rôle du gouvernement.

Obama's America Romney's America
 

Barack Obama a devant lui la tâche immense de les réconcilier et de le faire vite. Avant la fin 2012, les Etats-Unis doivent trouver une solution au problème de leur dette sous peine de voir se mettre en place automatiquement  des coupes budgétaires et des hausses d’impôts. C’est une véritable épée de Damoclès qui est brandie au-dessus de la tête de l’Amérique, avec comme sanction en cas d’inaction une nouvelle dégradation de sa « note »…

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Derrière cette évolution c’est le mythe du « self made man » et de l’Amérique « terre de pionniers » qui risque d’être mis à mal. L’Américain de demain ressemblera plus à unEeuropéen, entouré d’un système de protection sociale avancé, échafaudé par le gouvernement.
Si les Républicains continuent de rejeter ce système ils risquent de se retrouver très esseulés. Car pour eux se pose désormais la question de comment préparer la succession d’Obama, c’est-à-dire l’élection présidentielle de 2016. Les Tea Parties n’ont pas réussi à convertir l’essai des "midterms" (élections de mi-mandat) de 2010. Ils avaient alors donné une « dérouillée » à Barack Obama et aux démocrates. Mais cette réussite a été sans lendemain. Il est même clair que les candidats des Tea Partiers ont pénalisé les candidats républicains,par des remarques  incongrues voire déplacées (dans l’Indiana, Missouri, le Maine, …).

Tea party protest
Les primaires se gagnent aux extrêmes mais les élections se gagnent au centre. Le parti républicain va-t-il éclater pour  laisser ses modérés se rapprocher des Indépendants, quand les Tea Partiers, et son aile radicale, se rapprocheront des Libertariens. Pas sûr, car le système américain favorise deux parties et non pas trois . Mais les divisions internes des Républicains et l’intransigeance idéologique des Teas Parties pèsent sur l’avenir des héritiers de Lincoln.
Cette campagne n’aura toutefois pas été vaine. Elle a révélé Mitt Romney à l’Amérique. Et à travers lui une famille américaine d’une grande droiture, soudée, fière de ses valeurs, attachée aux traditions et dévouée corps et âme à la réussite des Etats-Unis.

Mitt & Ann Romney
Mitt Romney a souhaité bonne chance à Barack Obama et à sa famille. Il a aussi demandé au peuple américain de se ressouder et de soutenir le président dans la crise que traverse le pays. En affirmant « Je crois en l’Amérique ». Pour lui à 65 ans c’est  une longue retraite qui se profile désormais. S’étant déjà attaqué deux fois à la Maison Blanche, il lui sera difficile d’envisager une troisième campagne.