Un Thriller Juridique très malin qui illustre la confusion des valeurs... 

Le Manipulateur

Malcolm Bannister a 43 ans. Il est noir, avocat et en prison. Un camp fédéral plutôt confortable au milieu des collines du Maryland.  Il est tombé sous le coup de la loi RICO, pour « Racketeering Influenced and Corrupt Organization », un texte voté dans les années 1960 pour lutter contre la mafia, et souvent utilisé depuis contre  les politiciens un peu véreux, et quiconque userait trop librement de son « influence ». Mais Bannister se proclame innocent. Il a agi en toute bonne foi. Ses associés étaient les vrais coupables. C’est une victime collatérale, un criminel par association.
Il lui reste cinq ans à purger d’une peine de dix et sa vie est définitivement brisée. Il lui tarde d’être libre pour se venger de ceux qui l’ont fait tomber et du gouvernement fédéral. L’occasion se présente lorsqu’un juge et sa maîtresse sont assassinés dans leur villa isolée au bord d’un lac. L’enquête du FBI piétine. Or Bannister a une idée précise du coupable et du mobile.  Le coffre de la maison a été vidé et il connaissait son contenu. Il propose d'aider le FBI, en échange de sa liberté et d’une nouvelle vie sous une nouvelle identité. Bref une seconde chance. Aux Etats-Unis cela est parfaitement légal. Cela s'appelle la Règle 35. Tout condamné apportant des informations à la police a droit à une réduction de peine, ou plus. Le tout étant de savoir négocier…

John Grisham the Racketeer
Commence alors un long jeu du chat et des souris entre Bannister, le FBI et le meurtrier présumé. Un jeu, où Bannister est particulièrement adroit, ce qui lui permettra d’en sortir vainqueur et libre, mais plus vraiment innocent…

Paru aux Etats-Unis, à l'automne 2012, Le Manipulateur (« The Racketeer », en anglais) est devenu un best –seller instantané, avec 1,5 millions de copies vendues ! C’est le vingtième « thriller juridique » de John Grisham, inventeur et maître du genre, si connu que sur la couverture de ses livres, son nom est désormais inscrit en lettres d’or deux fois plus larges que le titre !

John Grisham 2
Pour la première fois son héros est un noir. Ce qui a rehaussé l’intérêt du livre outre-Atlantique. Mais, affirme l’auteur, «  la race du héros n’est pas le sujet du livre». Tout juste, un prétexte à obtenir l’acteur Denzel Washington dans l’adaptation cinématographique déjà annoncée… Il n’empêche, la « race card », la "carte raciale" a déjà compté  dans les affrontements juridiques aux Etats-Unis et elle sera utilisée ici…

Johnnie Cochran & O
Le vrai sujet du livre c’est la « manipulation », le jeu d’influence. A condition de savoir qui manipule qui… A moins que ce ne soit simplement la vengeance, un plat dégusté ici une bouchée à la fois.
Quant à la morale, elle reflète notre époque aux valeurs confuses. Car dans ce Grisham, le crime paie, quand l’innocence est châtiée. Quant aux idées de « justice » et de « loi », pourtant essentielles à la vie américaine et à la vie en société tout court,  elles apparaissent comme des notions très relatives sinon totalement dénuées de sens.

Le Manipulateur, John Grisham, (traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel-Guedj) , éditions Robert Laffont, 385 pages, 21,50 euros