Donald Trump & Mike Pence 2

L’administration du « president-elect » Donald Trump prend forme. Elle reflète les engagements de campagne du candidat Trump. On y trouve des personnalités étrangères à Washington, voire au monde politique, et plutôt issues du monde de l’entreprise, ou des rangs de l’armée. Le souci dominant est celui de l’efficacité réformatrice

Six dirigeants d’entreprises, cinq élus du Congrès,  quatre femmes dont une d’origine asiatique, trois généraux en retraite, deux banquiers, un professeur et un médecin africain-américain,! Voilà à quoi ressemble l’administration Trump après 18 nominations sur 21  postes à pourvoir.  

Tous ces hommes et femmes devront recevoir l’assentiment du Sénat avant de prendre leur fonction, et cela pourrait présenter quelques difficultés pour au moins deux d’entre eux, mais ils donnent une idée précise de la façon dont Donald Trump entend gouverner. Le président élu s’est entouré de capitaines d’industrie et de décideurs, d’hommes et de femmes d’action qui, à défaut d’être des sommités, ont démontré, leur capacité et leur efficacité à diriger.

  2eme partie: Economie et Politique intérieure

 

Steven_Mnuchin

Pour gérer l’économie américaine, Trump s‘est également entouré de gens fortunés. Le directeur du Trésor désigné est Steve Mnuchin, ancien banquier de chez Goldman Sachs, qui fut également le président de sa campagne et accessoirement un important donateur.  Comme Conseiller économique, Trump a choisi un autre banquier également issu de Goldman Sachs, Gary Cohn.  Rien de bien original ici, les présidents élus se tournent régulièrement vers Wall Street pour la gestion économique.

Gary-Cohn from Goldmans Sachs to the White house

 Au Budget (Director of the Office of Management and Budget – OMB)  il a mis Mick Mulvaney, un représentant de Caroline du  Sud,  avec une réputation de « deficit hawk ». C’est-à-dire d’être favorable à la plus extrême rigueur fiscale. En tant qu’élu Mulvaney a toujours refusé de relever le plafond de la dette, au risque de placer le gouvernement fédéral en défaut de paiement, et donc en cessation d’activité… Mulvaney a 49 ans, il est entré au Congrès en 2010 porté par la vague du Tea Party. Avec une dette de près de vingt mille milliards de dollars et un déficit pour l’exercice 2016 de 587 milliards de dollars, en hausse par rapport à 2015, il a du pain sur la planche.

Mick_Mulvaney

Pour les secteurs directement liés à l’emploi et à l’activité industrielle, Trump s’est  tourné vers des chefs d’entreprises confirmés. Au Commerce, on retrouve Wilbur Ross, un richissime investisseur spécialiste du rachat d’entreprises en difficultés. Une activité passant par des restructurations, c’est à dire en général des licenciements massifs… Pour justifier ce choix, immédiatement condamné par les médias bien-pensants qui qualifient  les activités de Ross de « capitalisme vautour », Trump a répondu : «il sait faire des affaires ! ».

Les deux hommes se connaissent depuis plus de vingt ans et s’accordent pour critiquer les différents accords de libre-échange adoptés par les Etats-Unis  au long de ces années comme responsables de la détérioration de l’emploi. Ross, qui fut un soutien de la première heure dans la campagne électorale de Donald Trump, sera donc chargé de renégocier ces accords afin de protéger les emplois industriels américains. Alors que le poste de secrétaire au Commerce est habituellement assez discret – combien de personnes savent que le titulaire actuel s’appelle Michael Froman ?- Ross sera au contraire un homme clé de l’administration et le succès d’une présidence Trump dépendra largement de la réussite de ses négociations.  

Wilbur Ross and Donald Trump

Quant au poste de « Représentant au Commerce des Etats-Unis » (U.S. Trade Représentative), la personne jusqu’alors en charge des négociations internationales, il est allé à Peter Navarro, un économiste de  67 ans diplômé d’Harvard, et virulent critique de la Chine.

peter-navarro

Peter Narro Death_by_china-confronting_the_dragon

Comme secrétaire au Travail, Trump a choisi un autre chef d’entreprise,  tout aussi controversé, Andrew Puzder.  L’annonce a fait bondir les syndicats et les démocrates les plus à gauche. Puzder est le PDG de la chaine de fastfood californienne Carl’s Junior. Il est contre la hausse du salaire minimum. Celui-ci est actuellement de 7,25 $/h. Sachant qu’il s’agit d’un plancher et qu’une trentaine d’Etats pratiquent des taux horaires supérieurs (9,25$  à New York, 10 $ en Californie, par exemple). La question a été soulevée durant la campagne électorale. Bernie Sanders se faisant l’avocat d’un salaire minimum national à 15 $. Trump, comme Puzder, estime qu’une telle mesure tuerait l’emploi, tout simplement parce que les employeurs n’auraient pas les moyens de payer ce tarif. Toute hausse du salaire minimum aurait aussi un impact direct sur les propres affaires de M. Puzder puisque la plupart de ses employés sont sans qualifications et donc rémunérés à ce niveau.

Andy Puzder 1

Pour diriger le secteur des PME (Small Business Administration)  un autre, ou plutôt une autre multi-millionnaire a été désignée, Linda Mac Mahon. Avec son mari Vince Mc Mahon (rencontré quand elle avait 13 ans et lui 16) Linda Mc Mahon a transformé le monde du catch aux Etats-Unis en faisant de la World Wrestling Federation, une entreprise de sport spectacle énormément lucrative. Trump s’était d’ailleurs lui-même intéressée à l’affaire à une époque. Depuis 2009 Linda Mc Mahon a quitté la WWE pour se lancer en politique. Sans succès. Elle a échoué deux fois comme candidate républicaine aux sièges de sénateur du Connecticut. Plus récemment  elle a donné six millions de dollars à un superpac favorable à Donald Trump durant la campagne, même si elle a totalement condamné  les propos prêtés ou tenus par Donald Trump sur les femmes.

linda-mcmahon

Les titulaires des grands portefeuilles fédéraux – l’Energie, le Territoire (« Interior » en anglais)  l’Environnement et le Logement sont tout aussi révélateurs de la méthode Trump. Au logement il a désigné le Dr Ben Carson, à l’Energie, l’ancien gouverneur du Texas Rick Perry, au Territoire le  représentant du Montana Ryan Zinke, et enfin à l’Environnement un avocat de l’Oklahoma, Scott Pruitt.

Ancien candidat à la nomination républicaine, le Dr Ben Carson n’a aucune expérience dans le domaine du logement ou de l’urbanisme. Mais ce portefeuille englobe principalement la gestion du parc des logements sociaux américains, dont la communauté noire est la première bénéficiaire. Ben Carson n’a pas caché durant la campagne que la façon dont le gouvernement gère ces logements depuis plusieurs décennies ne le satisfait pas. Parce qu’elle est un des rouages qui entretient un cycle de pauvreté qu’il veut briser. Une privatisation partielle de ce parc immobilier, au bénéfice de ses occupants, pourrait être envisagée.

ben-carson 2

Le choix de Rick Perry pour diriger le département de l’Energie peut passer pour de la provocation. En 2011 alors qu’il était candidat à la nomination républicaine, Perry avait,  en effet, promis d’éliminer ce ministère s’il était élu. L’épisode, encore dans toutes les mémoires américaines, est un morceau d’anthologie de campagne. Lors d’un débat télévisé,  Rick Perry avait annoncé son intention de supprimer « trois ministères » s’il devenait président. Il avait alors cité l’Education et le Commerce, mais avait été incapable de se souvenir du troisième, terminant sa phrase par un « oops !» resté célèbre. Ce troisième ministère était celui de l’Energie. Ironie suprême,  Perry se retrouve à diriger un ministère qu’il voulait supprimer et dont il ne pouvait se souvenir… Sa nomination a fait grincer des dents.

Rick Perry

En fait elle possède sa propre cohérence et sa logique.  Pendant les quinze années qu’il passa à la tête du Texas, Rick Perry a mené une politique de développement énergétique agressive, qui a boosté la production de l’Etat, créé des millions d’emplois et diversifié le mix énergétique texan. Les écologistes américains le rappellent rarement mais sous ce gouverneur républicain le Texas est devenu le premier producteur d’énergie éolienne aux Etats-Unis. Or l’indépendance énergétique est un des objectifs majeurs de la présidence Trump. Perry a donc la tâche de faire pour l’ensemble de la nation ce qu’il a fait pour son Etat.  Il est probable que l’Energie et en particulier la production domestique de tous types d’énergie – fossile et renouvelable – devienne l’un des grands sujets de la présidence Trump.

Le cas de Zinke est différent mais tout aussi révélateur. Ryan Zinke est un ancien Navy Seal, combattant des commandos d’élite de la marine. Revenu à la vie civile, il se consacre à la pêche et à la chasse au gros gibier, quand il ne fait pas de politique. Il habite le Montana, un immense Etat du nord-ouest qui compte sept cent mille habitants et deux cents mille permis de chasse et pêche. Il n’est pas « écologiste », mais « conservationiste ». C’est un amoureux de la nature, qui vit au cœur et connait son caractère hostile et rugueux. Pas un doux rêveur urbanisé comme des milliers de « bobos-écolos ». Son engagement consiste à  s’efforcer de préserver cette nature sauvage vierge, que les Américains appellent  « wilderness ». Zincke conçoit la protection de l’environnement et la préservation du territoire à la façon d’un Theodore Roosevelt, en favorisant la sanctuarisation des terres sauvages par leur rachat au nom du gouvernement fédéral. Ce faisant il se heurte aux intérêts locaux et à ceux des Etats dans la gestion de leur développement.   

Ryan_Zinke

Scott Pruitt, qui hérite de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) est, quant à lui,  un avocat de l’Etat de l’Oklahoma. Il s’est fait une spécialité de poursuivre en justice… l’EPA, justement, pour des règlementations qu’il estime abusives. En clair il a fait sa carrière en combattant l’agence même qu’il est désormais supposé diriger ! Comme Rick Perry à l’Energie. Pruitt est aussi un « climato sceptique ». Pour lui,  sur le sujet du réchauffement climatique « la science n’est pas arrêtée ». Ni quant à sa réalité. Ni, surtout, quant à ses causes.   Les écologistes ont accueilli sa nomination vent debout. En fait elle répond à une des promesses de campagne de Donal Trump, qui a fait de la dérèglementation un de ses chevaux de bataille. Afin de faciliter les créations d’emplois il a promis d’alléger le carcan de règlementations – dont beaucoup sont inutiles à son goût - qui pèse sur les entreprises. Il a  même annoncé que pour chaque nouvelle règlementation, deux anciennes devront être supprimées. Scott Pruitt, qui connaît parfaitement tous les dossiers, est l’homme idoine pour mener cette tâche à bien.

scott-pruitt

Les politiques n’ont toutefois pas été totalement bannis de l’équipe Trump. Aux Transports on retrouve Elaine Chao, femme d’origine asiatique qui fut la secrétaire au Travail de George W. Bush et qui est aussi l’épouse de Mitch McConnell, le chef de la majorité républicaine au Sénat. Surtout,  comme Garde des Sceaux  (Attorney General) Donald Trump  a choisi Jeff Sessions, sénateur de l’Alabama. Session est un conservateur en pointe sur la question de l’immigration clandestine. Il a soutenu Trump dans son projet de mur à la frontière mexicaine. Sa désignation résulte des promesses de campagne du candidat.

Elaine Chao and husband Mitch McConnell     Jeff Sessions Alabama Senator and Attorney General designate

Ce gouvernement Trump est aussi l’anti-thèse de l’administration Obama sortante. Alors que ce dernier aimait se tourner vers les universitaires et autres chercheurs, il n’y a ici qu’un seul professeur sorti de la sphère académique. C’est le reflet d’une méfiance des élites intellectuelles, mainte fois exprimée par Donald Trump, et partagée par ses électeurs.

Barack Obama with John Kerry

Très peu de proches également dans l’équipe. Au contraire d’un Obama qui avait copieusement  pioché parmi ses amis et collaborateurs de Chicago, aucun homme du premier cercle, ne figure dans le Cabinet Trump. Trump est même allé chercher des gens qu’il ne connaissait pas – c’est le cas de Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat désigné – ou des gens qui l’avaient combattu et critiqué – comme c’est le cas de Rick Perry ou Linda Mc Mahon.

L’ensemble de l’équipe Trump est marqué par un triple souci de cohérence, d’efficacité et de réforme. C’est d’abord un gouvernement de « patrons » qui démontre que servir l’Etat au sein d’un gouvernement n’exige pas forcément d’être passé par une grande école, surtout pas une «école nationale d’administration », et que posséder une expérience du monde de l’entreprise et du secteur privé est  au contraire un atout de taille dans la gestion des affaires publiques. Certains en France feraient bien de s’en inspirer…