Robert Mueller and Kremlingate targets

Il y a deux volets au Russiagate, l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016. Un volet qui touche Donald Trump et ses proches et qui monopolise l’attention des médias. Et un volet qui concerne les démocrates que seule la presse pro-Trump, explore pour l’instant. A terme cependant c’est ce second volet qui pourrait faire le plus de dégâts. Quant à l’inculpation de Michael Flynn qui a fait les gorges chaudes de la presse, elle sera,  vraisemblablement, sans incidence.

 

Voici un point détaillé sur le Russiagate, en deux parties :

 

I : Pourquoi Trump n’a rien à craindre de Michael Flynn ?

 

2 : Pourquoi les démocrates ont tout à craindre du vrai Russiagate.

 

 Donald Trump russiagate

 

Première Partie:

Pourquoi Trump n’a rien à craindre de Michael Flynn ?

 

 Rebondissement dans le Russiagate américain. Le général Michael Flynn accusé d’avoir menti au FBI, a plaidé coupable et  fait savoir qu’il allait « coopérer » avec le procureur spécial Robert Mueller. Les chaines de télévision américaines ont traité l’affaire comme si cela sonnait le début de la fin pour Donald Trump. Toutes sont persuadées que Flynn va incriminer le président et que celui-ci sera la prochaine cible de l’enquête. En fait c’ est très peu probable,  voire impossible. Car il n’y a tout simplement pas matière pour le faire. A la vérité neuf mois après la désignation d’un procureur spécial, l’enquête n’a toujours rien révélé de tangible quant à une fameuse  « collusion » entre Trump et la Russie.

Michael Flynn National Security Advisor

 

Le feuilleton du « Russiagate » a connu un nouveau rebondissement début décembre aux Etats-Unis.

Accusé par le procureur spécial Robert Mueller, d’avoir menti au FBI, le général en retraite Michael Flynn, a plaidé coupable. Il risque cinq ans de prison. Flynn a également indiqué qu’il allait désormais « coopérer » avec le procureur. L’annonce a fait plus de bruit que tout le reste. Elle a même précipité une chute, temporaire, de plus de trois cents points de l’indice Dow Jones… Car chacun en a déduit que Flynn allait « se mettre à table » ! En clair, il allait incriminer Donald Trump en échange d’une réduction des charges pesant contre lui. Ce type de marchandage est courant aux Etats-Unis. C’est ce qui fait avancer les enquêtes et permet aux petites mains de sauver leur peau. Il leur suffit de livrer à la justice un poisson un peu plus gros qu’eux. Et il n’est pas de plus gros poisson aux Etats-Unis que le président ! Encore faut-il que les accusés aient des éléments concrets à fournir ! Et encore faut-il que la justice joue son rôle et fasse peser sur l’accusée des charges suffisamment  lourdes pour l’inciter à parler….

Robert Mueller

Or ni l’une, ni l’autre de ces deux conditions ne sont réunies ici. Tout le contraire.

A y regarder de près les charges pesant contre Flynn sont minimes. Certes mentir au FBI est un crime. Mais c’est une peccadille comparée à une accusation d’espionnage ou de trahison. Et certains analystes étaient persuadés que c’est ce qui attendait Flynn.

De même, lorsqu’un procureur veut amener un accusé à négocier, il commence par charger la barque au maximum. Il l’accuse de tout ce qui lui passe sous la main et allège la charge au fur et à mesure des informations qu’il obtient. C’est du donnant-donnant.  Rien de tel ici. Les négociations n’ont pas commencé et la barque est déjà légère…  

Pourquoi? Parce que le procureur n’a rien d’autre de tangible pour l’instant. Flynn est accusé seulement d’avoir menti au FBI, car c’est la seule charge pour laquelle l’accusation dispose de preuves irréfutables– l’enregistrement d’une conversation téléphonique. En bon procureur Mueller ne s’avance que s’il est sûr de son coup. S’il n’a pas porté d’autres accusations contre Flynn c’est tout simplement parce qu’il ne dispose pas d’éléments suffisants pour le faire. Les médias américains, sans doute trop désireux de voir Donald Trump renversé, ont mal interprété l’acte d’accusation établi contre Flynn. Pour lui « coopérer » avec la justice  ne signifie pas qu’il va se défausser de ses fautes sur un autre, mais simplement qu’il n’a plus les moyens financiers de continuer à nier certains faits. Dans le communiqué qu’il publié les journalistes américains ont commodément oublié la partie où il s’affirmait « seul et entièrement responsable » des faits qu’on lui reproche… Bref Trump ne va pas être destitué demain pour cause de Russiagate !

Le Russiagate - nom que les médias américains ont donné à l’affaire de l’ingérence de la Russie, et du président Vladimir Poutine lui-même, dans la campagne présidentielle de 2016-  est une tentative aussi audacieuse que désespérée des démocrates et des médias américains pour inverser le résultat de cette élection. C’est malheureusement pour eux  un dossier vide, qui ne donnera jamais les résultats espérés. Par contre il pourrait fort bien se retourner contre eux avec un effet boomerang.

Donald Trump thumbs-up

L’idée à la source de l’enquête est que l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis le 8 novembre 2016 - élection que strictement aucun journaliste, ni aucun électeur ou observateur démocrate, n’avait vu venir -  n’a été possible que parce que les Russes ont manipulé la campagne, avec la complicité active de Donald Trump et de son entourage. Ce que les journalistes qualifient de « collusion ». Si cette collusion était avérée et démontrée, Trump pourrait être destitué. Et  même si elle ne l’était pas, certains agissements de Donald Trump dans le cadre de l’enquête pourraient être interprétés comme des tentatives  de faire obstruction à la justice, ce qui en soit justifierait aussi un procès en destitution… Les démocrates,  qui ne se sont toujours pas remis de la défaite d’Hillary Clinton,  en rêvent éveillés…

Hillary Clinton inevitable

 Michael Flynn est le quatrième personnage de l’entourage de campagne de Donald Trump à tomber sous le coup d’une inculpation dans le cadre de cette enquête. Avant lui, Paul Manafort, qui fut directeur de la campagne de Donald Tuump,  l’espace de 5 semaines, Rick Gates, un de ses associés, et George Papadopoulos, un conseiller sans grade ni rémunération,   ont été mis en examen. De ces trois personnages toutefois, seul Papadopoulos est accusé de faits liés à la campagne présidentielle de 2016. Les faits reprochés à Manafort et Gates remontent à avant 2014 et sont sans lien aucun avec Donald Trump.

paul-manafort

Avec l’inculpation du général Flynn, l’enquête se rapproche de la personne du président. Flynn appartenait au cercle des conseillers les plus écoutés. Les accusations qui pèsent contre lui concernent non pas la campagne, mais la période dite de transition, les 70 jours entre l’élection et l’investiture. Toutefois sa mise en examen n’a révélé aucun fait nouveau. Pas de pot aux roses.  Pas de « smoking gun ». Pas de pièce à conviction. Rien que du déjà connu. Car il était de notoriété publique aux Etats-Unis que Flynn avait menti au FBI, puisque ce sont précisément ces  mensonges, révélés au public américain des janvier 2017, qui avaient précipité son éviction de l’administration Trump.

Michael Flynn in trouble

Michael Flynn est un général en retraite, de 58 ans. Passé par le Collège de Guerre, ayant effectué  plusieurs « tours of duty » en Iraq et en Afghanistan, et fort d’une carrière militaire longue de trente-trois ans, il avait été nommé  Directeur des renseignements au sein du Pentagone,  par le président Obama en juillet 2012… Mais entre lui et le président d’alors le courant passait mal. A cause, entre autres,  de désaccords fondamentaux sur la stratégie à adopter face  au terrorisme islamique. Flynn était le partisan d’une ligne dure,  basée sur une opposition frontale. Obama au contraire allait jusqu’à nier la réalité de cette menace, prenant soin de ne jamais associer « terreur » et « islam » ou prononcer l’expression « terrorisme islamique ». Du coup Flynn avait démissionné au printemps 2014 et pris une retraite anticipée. Ainsi libéré du devoir de réserve il était devenu l’un des plus virulents critiques de la politique d’Obama face au terrorisme et s’était rapproché de Donald Trump dès que celui-ci avait émergé comme le favori des primaires républicaines

Michael Flynn in Afghanistan

Dans la foulée Flynn avait aussi monté sa société de consulting Flynn Intel Group, dirigée par son fils. A ce titre il avait été rémunéré par des compagnies ayant des liens avec la Russie. Il avait été invité à Moscou lors d’un gala donné par Russia Today, la chaine internationale d’information en anglais du Kremlin. Flynn avait également été en contact avec le gouvernement turc de Racip Erdogan et avait publié un éditorial favorable à son régime. Rien de répréhensible, si ce n’est que Flynn avait omis de déclarer ces activités au fisc américain et même de se faire enregistrer à Washington en tant qu’agent d’un gouvernement étranger…  De sorte que l’on pouvait questionner ses motivations lorsqu’il louait ouvertement la politique menée par Poutine. C’est dans ce contexte que Donald Trump, en avait fait un de ses principaux conseillers sur les questions stratégiques et l’avait même mis sur sa liste des possibles vice-présidents.

Michael Flynn with Vladimir Putin RT dinner

C’est finalement Mike Pence, gouverneur de l’Indiana, qui avait emporté cette mise, mais une fois l’élection gagnée, Trump avait nommé Flynn, Conseiller à la Sécurité Nationale, avec pour missions de favoriser et préparer une meilleure coopération stratégique avec Moscou. Ce qui en soit n’avait rien d’illégal ou même d’anormal. D’après la Constitution américaine, la transition doit justement permettre au président-élu de mettre en place son équipe pour que celle-ci soit rôdée et puisse fonctionner à plein dès l’investiture.

C’est dans le cadre de cette préparation que Flynn a été amené à avoir plusieurs conversations avec l’ambassadeur de Russie à Washington, Sergey Kislyak …

C’était vers la fin du mois de décembre 2016. Barack Obama était encore président et venait de recevoir du FBI un rapport indiquant que les services de renseignements militaires russes, le FSB,  étaient responsables du piratage du système informatique du parti démocrate en 2015 et 2016 (l’autre volet du Kremlingate). Ils auraient agi à la demande expresse de Vladimir Poutine qui aurait fait de la défaite d’Hillary Clinton un objectif prioritaire.

Obama press conference nov 14 2012

En représailles à  cette ingérence, Obama avait décrété de nouvelles sanctions contre Moscou. L’expulsion de deux douzaines de diplomates étayée de quelques mesures de rétorsion économiques. Flynn appella alors  Kislyak pour  lui demander  d’intercéder auprès de Vladimir Poutine afin que la Russie réagisse modérément à ces sanctions. Il faut éviter une escalade des tensions, lui dit-il. Dès l’investiture de Donald Trump le climat changera, autant ne pas envenimer les choses inutilement d’ici là, poursuit-il. Il fut entendu, car Moscou se contenta de déplorer l’attitude américaine, sans y répondre.

Ce que Flynn ne savait pas, c’est que ses conversations avec Kislyak avaient été enregistrées par le  FBI. L’agence de sécurité américaine avait en effet mis l’ambassadeur russe sur écoute dans le cadre de son enquête.  En elles-mêmes ces conversations ne constituent pas un crime. Les hommes du président-élu sont autorisés par la Constitution américaine à établir des contacts avec leurs futurs homologues. C’est même à cela que servent les transitions présidentielles.

Sergey Kislyak

Le point est cependant litigieux. Car Flynn est alors un simple citoyen. A ce titre il n’est pas habilité à conduire la politique étrangère de son pays. Il pourrait même être poursuivi au nom d’une très vieille loi (la Loi Logan datant de 1799). Par ailleurs il existe un président et une administration. Il ne saurait y avoir deux voix pour parler en même temps au nom des Etats-Unis. Seul le gouvernement en place est légitime…

Aussi quand le FBI l’interroge sur le contenu de ses conversations avec Sergei Kislyak, il nie que celles-ci aient porté sur le sujet des sanctions. Grand mal lui prit de dire cela. Car c’était bien sûr faux. Et par ce mensonge Flynn venait de commettre une faute grave qu’il paye à présent. Le FBI est une branche du département de la Justice, mentir à des agents du FBI lors d’une déposition sous serment est une offense sérieuse et réprimée aux Etats-Unis …

Mike Pence VP with Michael Flynn

Logique avec lui-même, Flynn fait néanmoins la même déclaration au vice-président Mike Pence, lorsque celui-ci l’interroge sur ces mêmes conversations.  Pence ignore l’existence des enregistrements du FBI. Interrogé à son tour par le Congrès, et par le président Trump, juste après son investiture,  Pence répète ce que lui a dit Flynn. Et s’expose ainsi, sans le savoir, à des accusations de parjures car il vient de donner crédit à un mensonge…

Michael Flynn NSA

Lorsque le FBI révèle l’existence d’enregistrements des conversations entre Kislyak et Flynn, ce dernier n’a d’autre choix que de présenter ses excuses au président et au vice-président pour les avoir trompés et de démissionner. Il quitte son poste de Conseiller à la Sécurité Nationale, 24 jours précisément après avoir pris ses fonctions.

Le vrai perdant de l’affaire est alors Donald Trump. A peine installé à la Maison Blanche il perd l’artisan de son plus audacieux objectif en matière de relations internationales. Un objectif qu’il n’a d’ailleurs pas réussi à mettre en place depuis. De ce point de vue le Kremlingate est un boulet qui l’empêche de conduire la politique étrangère des Etats-Unis à sa guise. Mais ses plus farouches adversaires, dans le camp démocrate et dans les médias voudraient que l’affaire aille encore plus loin et précipite sa chute, par destitution…

Trump & Putin

Cela reste encore très peu probable et le plaidé coupable de Michael Flynn n’y change pas grand-chose. Tout simplement parce qu’un candidat garde sa liberté de parole et si le candidat Trump avait à cœur de chanter les louanges de Vladimir Poutine cela n’engageait que lui. De même évoquer un changement de paradigme et un renversement d’alliances durant la campagne électorale n’est pas un crime. Au contraire. C’est même à cela que servent les campagnes, afin de jauger de l’assentiment du public vis-à-vis de ces propositions.

Avancer de telles positions n’est pas en soi, non plus, la preuve de l’existence d’une quelconque « collusion » ou d’un accord secret pour manipuler une élection. Sachant que de tels faits, s’ils étaient avérés, s’apparenteraient  effectivement à une forme de trahison. Car trahir c’est agir pour ses propres intérêts et sa propre ambition au détriment de l’intérêt national. Il n’y a rien de tel concernant Donald Trump dans ce que l’on sait de l’enquête sur le Kremlingate pour l’instant.

Donald Trump with Michael Flynn campaign

Loin de relancer le Kremlingate et d’être une corde nouée autour du cou présidentiel de Donald Trump, l’inculpation de Flynn  pourrait être l’épilogue de la première partie de cette enquête. Faute d’éléments concrets. Et un retour à l’autre volet de l’ingérence russe et ses conséquences, celui concernant le parti démocrate.  

En attendant, le principal risque pour Trump à l’heure actuelle ne concerne pas les possibles révélations que va faire Flynn,  mais ses propres explications lancées parfois à l’emporte-pièce par tweets… 

A supposer que Flynn dise avoir discuté des sanctions avec l’ambassadeur Kislyak « sur ordre » de Donald Trump, cela ne constituerait un crime ni pour l’un ni pour l’autre. Mais la banale conduite des affaires. Par ailleurs Trump ne décidait pas seul. Il avait déjà avec lui une équipe et les instructions données à Flynn serait venues de cette équipe et non pas du seul président élu. De sorte que de nombreux dominos tomberont avant que le président ne soit directement concerné.

Donald's TRump supposed ties to Russia

 

Voilà pourquoi les témoignages à venir de Flynn, quel que soit leur contenu, sont inoffensifs pour le président Trump.

Ce qui l’est moins sont ses propres paroles… Dans un tweet rageur Trump a en effet écrit que les accusations portées contre Flynn n’étaient pas nouvelles, puisque lui-même avait « limogé Flynn pour avoir menti  au vice-président et au FBI ».  A l’époque, Il avait affirmé avoir limogé Flynn parce que celui-ci avait menti au seul Vice Président. La différence peut sembler subtile, mais elle est capitale, d’un point de vue légal. Mentir au FBI est un crime, et si Trump savait que Flynn avait menti au FBI,  il n’aurait pas dû demander au garde des sceaux d’alors, James Comey,  de cesser les poursuites contre lui, comme il le fit quelques semaines plus tard. Car une telle demande peut être interprétée comme une tentative d’obstruction de justice…

Donald TRump with james Comey

Les démocrates le savent et tous ont sonné déjà la charge contre Trump, dénonçant ses multiples tentatives pour faire stopper l’enquête.  Rappelons que dès le mois de mai, le limogeage de James Comey, par le président Trump, avait déjà été dénoncée comme une forme d’obstruction de justice. Un crime passible d’un procès en destitution.  

Pour l’instant les Démocrates  prêchent aux seuls convaincu.

 

A suivre 2e partie :

 

 

 

2 : Pourquoi les démocrates ont tout à craindre du vrai Russiagate