Du Printemps Arabe à l'Automne Islamique

Depuis trois ans le Proche-Orient est en ébullition. Depuis que le jeune tunisien, Mohamed Bouazizi s'est immolé par le feu, le 17 décembre 2010, parce que le régime de Ben Ali lui refusait le droit de vendre ses fruits et légume avec sa petite cariole, c'est à dire lui refusait le droit de survivre. Depuis, un grand vent démocratique a soufflé sur ce pays et sur toute la région...

C'est du moins l'histoire officielle. Le peuple pauvre, réservoir de gentils démocrates, contre les dictateurs riches et puissants,  tyrans aux gants de fer et au sourire de velours...

Mais ce n'est pas toute l'histoire. Ce n'est même pas la véritable histoire, ni même l'histoire essentielle.

Tout est faux dans cette peinture du Printemps Arabe.

L'ébullition ne date pas d'il y a trois ans. Elle est remonte à trente ou quarante ans, quand l'euphorie des indépendances a commencé de laisser place à la désilusion, conséquence de l'échec économique des nouveaux régimes.

Printemps arabe

Il ne s'agit pas d'un combat entre démocrates et dictateurs. Mais de l'opposition de deux fondamentalismes dont le petit peuple est soit l'otage, soit le complice. D'un côté le fondamentalisme d'une infime minorité politique qui a monopolisé le pouvoir, politique et économique, pour son enrichissement personnel. Pouvoir de prédation, garantie d'immobilisme économique et de misère sociale. C'est le cas de l'Algérie. Entre autres. De l'autre le fondamentalisme des dirigeants de la communauté musulmane, qui ambitionnent d'imposer l'islam comme règle religieuse et politique afin d'asseoir leur autorité sur tous les aspects de la vie quotidienne, le matériel et le spirituel. La création des Frères Musulmans, principale organisation islamique trans-nationale, remonte à 1928. Dirigée d'abord contre les occupants coloniaux, notamment les Britanniques en Egypte, elle s'est tournée contre les dirigeants arabes laics de l'après guerre. Entre ces deux extrêmes, les idiots utiles, une petite bourgeoisie éclairée et occidentalisée, pénétrée des valeurs humanistes propres à la civilisation judéo-chrétienne, et familière des réseaux médiatiques européens, venant vanter sur les plateaux télés, de Berlin à Washington en passant par Paris et Londres, un éveil démocratique qui n'existe que dans leurs fantasmes... Et en face les puissances occidentales envahies un peu plus chaque jour par des hordes musulmanes, qui viennent demander asile et salut au nom de la liberté et de la tolérance, pour s'empresser, cet asile obtenu et leur survie assurée,  de réclamer les mêmes interdits que ceux qu'ils sont supposés avoir fuis... Toujours au nom du respect de la différence et des valeurs démocratiques... 

L'histoire du Proche Orient au XXe siècle  c'est, en vérité,  l'histoire du réveil de l'islam - après cinq siècles de torpeur - réveil précipité par un essor démographique sans précédent - essor dû très largement aux avancés de la nutrition, de l'hygiène et de la médecine apportées par la colonisation - et de son affrontement avec les forces laïques éprises de progrès et acquises aux valeurs occidentales. 

La subtilité de ce combat c'est que le nombre, le peuple, la majorité "démographique", et donc "démocratique", dans une définition minimale de ce terme, (qui bien que fausse semble convenir à tout le monde) est du côté des fondamentalistes islamiques, pas des forces du progrès. Dès lors tout "printemps démocratique" dans de tels pays ne pouvaient déboucher que sur une "automne islamique".C'est ce que l 'on a observé en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Irak, et que l'on observera en Afghanistan après le départ des Américains...

Automne islamique

Pour le comprendre il suffit d'ouvrir les yeux et de se débarasser de la naïveté puérile qui anime les politiques occidentaux quand ils regardent cette région.

L'occident est l'ennemi de l'islam, non tant parce qu'il l'a dominé pendant cinq cents ans, mais parce qu'il signifie la mort de cette religion si ses valeurs venaient à s'imposer véritablement dans les cultures du Maghreb à l'Asie centrale. La liberté de conscience, l'égalité devant la loi, et la séparation du pouvoir religieux et du pouvoir politique, piliers d'un système démocratique, sont des valeurs antinomiques à l'islam! Cette haine de l'occident, longtemps contenue, s'exprime désormais ouvertement à travers le djihadisme. Les attentats du 11 septembre 2001 furent sa manifestation la plus brutale (souvenons nous que du Soudan à l'Algérie, et de l'Egypte au Pakistan, certains avaient dansé de joie à la vue des Tours Jumelles effondrées et des mililers d'innocents tués...)

C'est ce que Walid Phares a voulu rappeler dans son ouvrage "Du Printemps Arabe à l'Automne Islamiste". Un ouvrage sans concession qui a le mérite de regarder la réalité en face, sans oeillère ni anglélisme.

 

Walid Pharès

Américain d'origine libanaise, Walid Pharès fut le conseiller particulier de Mitt Romney sur le Proche-Orient. Parce que son candidat a été battu, son analyse du rapport de force géopolitique régional n'a pas eu le retentissement qu'elle mérite. Ce n'est que partie remise. Le Proche-Orient est peut-être "compliqué", comme disait De Gaulle, il est surtout marqué par une force d'inertie et une intransigeance islamiques qui font que les vérités d'hier sont celles d'aujourd'hui et sans doute aussi celles de demain.

Pour comprendre le véritable enjeu des conflits du Maghreb à l'Hindu Kush en passant par la Mésopotamie, il faut lire Walid Pharès.

Du Printemps Arabe à l'Automne Islamiste, Walig Pharès, Hudo & doc éditions, 380 pages, 19,50 €