Dans une guerre il faut d’abord nommer l’ennemi. Le président Obama s’y refuse obstinément. Ce n’est pas le cas de Donald Trump.

Orlando Terrorist Attack 3

 Dans sa brève allocution, suite à l’attaque d’une boite de nuit d’Orlando, en Floride, qui a fait au moins 50 tués, et 53 blessés, le président américain Barack Obama a parlé « d’acte de terreur » et « d’acte de haine ». « Le FBI mène son enquête, a-t-il ajouté,  et traite cela comme un acte terroriste ». Il a souligné que la cible était la communauté LGBT (Lesbienne, Gay, Bisexuelle et Transgenre) et que cet attentat constituait une attaque contre « les valeurs fondamentales d’égalité et de dignité qui nous définissent en tant que nation ». Il est surtout revenu sur le fait que cette attaque était « la tuerie la plus meurtrière de l’histoire américaine », que le tueur avait « une arme de poing et un fusil d’assaut ». « Ce massacre nous rappelle combien il est facile de se procurer des armes pour tuer des gens, dans une école, dans une maison de culte, dans un cinéma ou une boite de nuit. Est-ce là le type de pays que nous voulons être ? »

Barack Obama june 12 2016

 A aucun moment le président n’a parlé de  « l’islam », ou prononcé les mots « islamisme radical », ou « djihadiste ». Il n’a pas non plus parlé de « fanatisme religieux » se cantonnant dans le registre laïc et neutre de la « haine », mot revenu à cinq reprises dans son discours.

Donald Trump, le candidat présumé des Républicains à l’élection présidentielle de  novembre,  a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux, exprimant  sa colère devant un président qui refuse de voir la réalité en face et appelant à sa démission. Ces commentaire n’ont rien eu de nouveau ou d’original. Depuis le début de la campagne Trump accuse le président américain de faiblesse pour son obstination à ne jamais employer ces termes. Il s’est exprimé par tweets successifs comme il le fait toujours. « On me félicite d’avoir eu raison sur le terrorisme radical islamique, je ne veux pas de félicitations, je veux de la vigilance et de la fermeté. » a-t-il écrit à 12h 43 locales (avant le discours du président).  « Le président Obama va-t-il enfin mentionner le terrorisme radical islamique ? S’il ne le fait pas,  il devrait démissionner, couvert de honte. » a-t-il tweeté à 13h 58 locales (après le discours).

Donald Trump

 L’appel à la démission du président Obama est du Donald Trump tout craché. Par cette remarque il s’est assuré que son tweet serait repris dans le monde entier,  et ce fut le cas. Mais le vrai message qu’il voulait faire passer aux Américains était dans le premier tweet et la première partie du second. Pour gagner une guerre il faut pouvoir désigner et nommer son ennemi. Lui,  le fait régulièrement et sans complexe. Il n’hésite même pas à opérer l’amalgame le plus dénoncé et le plus tabou du moment, celui entre « islam » et « islamisme », lorsqu’il demande l’interdiction d’entrée sur le territoire américain « à tous les musulmans ». Il l’a encore répété après l’attaque d’Orlando, « j’ai demandé cette interdiction, il faut la mettre en place. »

 Et il reproche justement à Barack Obama de ne jamais oser prononcer ces mots, ce qui, pour lui, est un aveu de son refus, ou de son incapacité, à regarder la réalité en face. L’argument tient, en partie, de la rhétorique. Comme le répète en France le linguiste Claude Hagège, « imposer sa langue c’est imposer sa pensée ». Dans une guerre, la première bataille est celle des mots. Définir la réalité avec son propre vocabulaire, c’est  imposer sa vision de cette réalité et amener l’adversaire sur son propre terrain. La gauche progressiste ne le sait que trop bien qui depuis les années soixante ne cesse de  circonscrire ce qu’il est acceptable de dire au nom du politiquement correct. Appeler quelqu’un un « sans abris » ou un « sans papiers » renvoie à une tout autre image que de l’appeler « mendiant » ou  « immigrant clandestin »…

Orlando terrorist attack

 Mais aux Etats-Unis, l’argument dépasse largement le cadre rhétorique. Car l’attaque d’Orlando, selon la lecture qu’on en fait, peut renvoyer à des débats et des politiques publiques différents. Cette attaque est,  en effet, à la fois une  tuerie de masse et un  attentat perpétré par un islamiste radical au nom du fanatisme religieux. Mais selon que l’on privilégie la nature de l’attaque – une fusillade au fusil d’assaut- ou sa motivation - le tueur a revendiqué son geste au nom de l’organisation Etat islamique, qui en a accepté la paternité - l’on aura une vision différente des réponses à y apporter.

 Car la première lecture renvoie au débat sur les armes à feu et le droit des Américains d’en posséder. Un débat séculaire qui touche aux fondements mêmes des Etats-Unis, puisque ce droit est inscrit dans la Constitution du pays (article 2 de la Charte des Droits). La seconde renvoie à la confrontation avec l’islamisme radical, un problème apparu avec Ben Laden et Al Qaida dans les années 1990 dont l’organisation Etat islamique a récemment pris le relais.

Omar Saddiqi Mateen

 Or l’énumération du président Obama, rappelant que des hommes armés avaient tué des gens « dans une école, une maison de culte, un cinéma ou une boite de nuit », n’était pas innocente ou due au hasard. Elle avait été soigneusement élaborée et renvoyait à des attaques précises: la tuerie de l’école élémentaire Sandy Hook à Newtown dans le Connecticut en décembre 2012 (27 morts dont beaucoup d’enfants), celle de l’église méthodiste épiscopale de Charleston en juin 2015 (9 morts), celle du cinéma d’Aurora dans le Colorado en juillet 2012 (12 morts). Il s’agissait là d’actes de déséquilibrés, sans portée politique,  renvoyant à l’unique question de la circulation des armes à feu aux Etats-Unis, car, pour commettre leurs massacres, leurs auteurs avaient eu accès à des armes qualifiées parfois d’armes de guerre et que l’on peut se procurer en toute légalité aux Etats-Unis.

assault weapons fusils d'assaut

A y regarder de près le président Obama aurait pu, et peut-être dû,  rapprocher la tuerie d’Orlando de trois autres attaques: la tuerie de San Bernardino en Californie le 2 décembre 2015, qui avait fait 14 tués et dont les auteurs étaient un couple de musulmans radicalisés d’origine pakistanaise (lui né aux Etats-Unis, elle ayant obtenu une carte verte par mariage) ; l’attentat du marathon de Boston le 15 avril 2013, ayant fait trois tués, et perpétré par les frères Djokhar et Tamerlan Tsarnaiev, deux musulmans tchétchènes arrivés aux Etats-Unis à l’adolescence; et la tuerie de Fort Hood au Texas le 5 novembre 2009.  Lors de cette attaque, Nidal Hassan, un officier de l’armée américaine, d’origine moyen-orientale mais né aux Etats-Unis et de religion musulmane avait tué treize personnes, faisant de cette fusillade l’attaque la plus meurtrière jamais menée sur une base militaire américaine. Hassan avait eu des contacts avec le terroriste islamiste yéménite Anwar Al Awlaki, avant de passer à l’acte mais l’administration Obama a toujours refusé de classer l’incident comme une attaque terroriste, la considérant simplement comme un cas de « violence sur le lieu de travail » !

Boston Bomings investigation

 En fait ces trois attaques relèvent, aux yeux de la plupart des Américains, et de Donald Trump, d’actions menées par ceux qu’on appelle les « loups solitaires », des ressortissants musulmans basculant dans la radicalisation, sous des influences diverses,  et susceptibles de passer à l’acte n’importe quand et n’importe où. Soit exactement le même problème que celui auquel la France et la Belgique sont confrontés avec certains membres de la communauté musulmane désormais implantée sur leur sol.

 Le président Barack Obama aurait d’ailleurs pu également évoquer la tuerie du Bataclan, survenue à Paris le 13 novembre 2015, car dans son déroulement, comme dans le choix de la cible – un lieu festif -  l’attaque d’Orlando en est une évidente réplique.

Orlando Terrorist Attack 2

 Au lieu de cela il a choisi de se concentrer sur l’autre lecture de cette tragédie et de se focaliser sur le problème des armes à feu. C’est un choix politique qui n’aura peut-être pas été celui des électeurs américains. Les média ne s’y sont pas trompés, notamment Fox News et CNN, qui, dès l’identité du suspect connue,  ont traité l’attaque comme un cas de  radicalisme islamique et soulevé la question de la présence, sur le sol américain, de terroristes nés et ayant grandi aux Etats-Unis…