Les deux chefs d’Etat les plus en vue du moment (et les plus inattendus aussi) Donald Trump et Emmanuel Macron,  se sont exprimés  devant l’Assemblée générale de l’Onu. De leurs discours découlent deux visions du monde, et deux conceptions de leur rôle,  radicalement opposées.  

Donald Trump at UN

 Le président américain Donald Trump s’est exprimé pour la première fois de son mandat devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Quelques minutes avant qu’Emmanuel Macron, président de la République française, ne connaisse aussi ce baptême oratoire.

Difficile d’imaginer deux discours plus opposés que ceux qu’ont  prononcés les deux chefs d’Etat.  Autant le premier était ancré dans la réalité immédiate et empreint de réalisme, autant le second était hors du temps et rempli d’idéalisme. Autant le premier se concentrait sur les menaces qui pèsent sur le monde – terrorisme, islamisme, fanatisme -  et les pays ou leaders qui ont fait naître et entretiennent ces menaces - la Corée du Nord, l’Iran, le Venezuela, etc - autant le second s’intéressait aux  victimes, les « oubliés »,  toutes les petites gens dont la vie a été brisée, par la guerre, par un attentat, par la pauvreté…

Au capital sympathie, Macron l’a peut-être emporté. Mais quant à savoir vers lequel des deux chefs d’Etats se tourner en cas de malheur, il n’y a pas eu photo. Donald Trump, n’en déplaise à ses nombreux détracteurs, est apparu au monde comme une force fiable, le chef d’une  nation connaissant sa place et sa mission et prête à les assumer sans fléchir. Emmanuel Macron a fait l’effet d’un jeune poète bienveillant, ouvert et généreux mais déconnecté des réalités. Surtout Trump s’est exprimé en tant que président des Etats-Unis, mandaté par les Américains. Macron s’est voulu président de tous les malheureux du monde, et les Français, qui l’ont pourtant mis là où il est,  ont été relégués bien loin de ses préoccupations.  

En venant à l’Onu, Trump se savait en terrain hostile. Pendant la campagne électorale, et par le passé, il avait à maintes reprises critiqué l’organisation dont le siège borde l’Hudson : repère d’autocrates et de dictateurs, foyer de gaspillage et d’incompétence  où l’argent des contribuables américains était honteusement siphonné, salon où prétentieux et faux puissants se livraient à des bavardages aussi creux que vains… L’Onu n’a pas bonne réputation en Amérique, particulièrement chez les Républicains. Peut-être parce que c’est l’invention d’un président démocrate – Franklin Roosevelt   qui, le premier, lui trouva son nom (dès 1939) avant que d’autres ne se rallient à l’idée. Mais plus sûrement parce que c’est ce qui ressemble le plus à un « gouvernement mondial », constitué de pique-assiettes, rarement élus ou légitimes, mais toujours disposés à donner des leçons de morale aux autres.

Les Américains n’aiment pas l’Onu, qui le leur rend bien. Car avec la décolonisation et l’effondrement des empires, les 51 nations originelles, réunies derrières les « quatre policiers du monde » (USA, URSS, Chine, Royaume Uni) plus la France, se sont muées en 193  nations  revanchardes, décidées à faire payer aux riches leurs propres échecs, et à se bercer de bonnes paroles et de subsides, à défaut de se retrousser les manches.

Donald Trump & Antonio Gutteres at UN

En bon business man, Trump a donc commencé son discours en parlant du besoin de réformer l’institution. Ayant pris soin de présenter son projet de réforme dès la veille, en présence, et avec le soutien, du Secrétaire général de l’Institution, Antonio Gutteres.

Rappelant que les Etats-Unis sont régis par une Constitution dont les trois premiers mots sont « We the people », « Nous le peuple… », il a évoqué la responsabilité des dirigeants vis-à-vis de leurs concitoyens, et le devoir qu’avaient ces dirigeants de servir leur peuple d’abord. C’est toute la signification de son slogan « America First ».

U

Tous les dirigeants n’ont malheureusement pas ce souci. Et comme par hasard, ceux qui ignorent le plus leur propre peuple, deviennent souvent les plus dangereux pour les autres. C’est le cas de Kim Jong Un, le leader de la Corée du Nord, que le président américain a qualifié de  « rocket man », « l’homme à la fusée », son surnom sur twitter !

« Rocket Man is on a suicide mission for himself and his regime. »  “L’homme à la fusé s'est engagé dans une mission suicide pour lui-même et son régime ». La phrase restera comme la « soundbite » (expression la plus frappante) du discours. Même si les journalistes en ont retenu une autre, la suivante : « S’il nous faut nous défendre, nous n’aurons d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. »

Les rédactions ont instantanément fait "tilt" ! Trump allait attaquer la Corée du Nord, la troisième guerre mondiale était imminente. Oubliant que la phrase commençait par un « si » et que le président parlait de « se défendre ». Les Etats-Unis n’attaqueront pas la Corée du Nord, si elle ne les attaque pas d’abord, elle, ou ses alliés.

L’Iran fut le second « Etat voyou » dénoncé par le président,  « dictature sous des faux atours de démocratie » ; un régime qui sème « la mort et la destruction », « ne cesse de promouvoir le terrorisme », et « craint son peuple ». Un régime qui aurait dû être mis au ban des nations et non pas réintégré par le biais d’un accord sur son programme nucléaire…

Nicolas Maduro, le dictateur socialiste du Venezuela, eut aussi droit à sa petite phrase, pour avoir « détruit une nation prospère » et usurpé ses pouvoirs. De quoi rappeler que partout où il est passé le socialisme a laissé des ruines derrière lui…

Mais Trump n’est pas venu à l’Onu « à la recherche d’ennemis ». Au contraire, l’Amérique a besoin d’amis pour « réduire en échec les ennemis de l’humanité ». Et d’appeler au « réveil des nations » « fières, indépendantes et souveraines » à la recherche de la « paix, la sécurité et la prospérité ».

Macron at UN

Macron  eut un ton bien différent. Rappelant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie (sans la nommer) et la seconde guerre mondiale dont était née l’Onu, il a évoqué les guerres d’aujourd’hui et voulu parler au nom de leurs victimes . Car « le devoir de la France, a-t-il dit, est de parler pour ceux qu’on n’entend pas ». (Belle ambition  mais qui n’est pas dans la Constitution et n’était pas dans son programme électoral…)  

Macron a donc entendu « Bana, citoyenne d’Alep », pour nous dire que « la solution en Syrie sera politique et non militaire ». On le savait déjà. Il a entendu « Ousmane, l’écolier de Gao » au cœur du Sahel où la France est engagée (et bien seule) depuis près de cinq ans. Il a entendu « Kouamé », d’origine inconnue, mais « jeté sur les routes d’Afrique et mis entre les mains de passeurs en Libye » pour nous dire que « les routes de la nécessité doivent devenir des routes de la liberté », mais sans évoquer un seul instant devant un parterre pourtant riche en dirigeants africains la responsabilité première de ces chefs d’Etat dans la crise des migrants. Car si les Africains fuient en hordes c’est qu’il n’y a rien pour eux là où ils sont.  Leurs dirigeants sont trop occupés à s’enrichir personnellement pour se soucier du développement de leur pays…

Et enfin Macron a parlé « au nom de Jules, mon compatriote » victime de l’Ouragan Irma dans les Antilles, pour rappeler que le réchauffement climatique est là, qu’il est une réalité et une menace, comme si les ouragans n’étaient  pas dévastateurs avant que l’on ne se soucie du climat… Et de vanter l’accord de Paris de décembre 2015. Celui que les Etats-Unis avaient signé sous la présidence Obama, mais que Donald Trump a dénoncé récemment. Comme si cet accord était une panacée. M. Macron n’a pas rappelé que, moins de deux ans après la signature de cet accord,  la plupart des pays industrialisés l’ayant signé sont déjà « en retard » sur leurs objectifs de réduction (selon une enquête du magazine Nature), sans parler des pays en développement, tels la Chine et Inde, premier et troisième émetteurs de CO2 dans le monde, et qui sont, tout bonnement, dispensés de réduction…

Il y avait beaucoup de bons sentiments dans le discours de Macron. Il y avait quelques phrases aux accents lyriques surannés et  de beaux appels au « multilatéralisme ». Il y avait aussi une forme de déni de réalité. S’il est noble et louable de vouloir venir en aide aux « opprimés », il est naïf de penser, que « sa génération » sera celle qui mettra un terme à toute oppression. Le monde a commencé avant nous et continuera après. Le meilleur moyen d’aider les opprimés est encore de lutter contre les oppresseurs et donc d’avoir le courage de les dénoncer haut et fort. C’est ce qu’a fait Donald Trump.