Antifa flag

 Depuis l’élection de Donald Trump, les actions violentes de l’extrême gauche contre le président américain et ses sympathisants se multiplient. Au nom de l’antiracisme et de l’antifascisme. Mais les plus fascistes ne sont pas forcément ceux que l’on croit…  

Voici une dizaine d’années, un livre avait défié la chronique aux Etats-Unis. Il s’intitulait « Liberal fascism », « le fascisme de gauche » (le terme « liberal » est un faux-ami en anglais; il renvoie au social-libéralisme, c’est-à-dire au progressisme de gauche, et non pas au libéralisme économique, associé à la droite en France). Son auteur, Jonah Goldberg,  qui dirige aujourd’hui la National Review, grand magazine de la droite conservatrice aux Etats-Unis,  y expliquait comment la gauche américaine, et particulièrement l’extrême gauche, partageaient des racines idéologiques communes avec les mouvements fascistes européens du début du vingtième siècle. Le livre avait fait grincer des dents, mais était devenu numéro un des ventes… 

Liberal Fascism

Aujourd’hui, un nouveau livre remet le sujet sur la table: « The Big Lie, the Nazi Roots of the American Left », (Le grand mensonge, les racines nazies de la gauche américaine). Cette fois, l’auteur, Dinesh D’ Souza, chroniqueur conservateur, s’attache aux philosophes de l’école de Francfort, dont le très vénéré Herbert Marcuse, immigré allemand devenu le père spirituel de la Nouvelle Gauche dans les années soixante. L’ouvrage suscite une vive polémique, mais il tombe à point nommé. Car l’extrême gauche américaine fait beaucoup parler d’elle ces temps-ci, en particulier pour ses actions violentes et ses méthodes anti-démocratiques.

Dinesh D' Souza & book cover

Depuis l’élection de Donald Trump, en effet, on observe aux Etats-Unis, une multiplication de violences et d’affrontements impliquant les « antifas », mouvance liant l’extrême gauche et l’anarchisme dont les membres se disent « anti-racistes et anti-fascistes », mais recourent à l’intimidation et à la force pour imposer leurs vues.  

Cette mouvance n’est pas vraiment nouvelle. Elle n’est pas non plus exclusivement américaine. Les « antifas » se veulent internationalistes. Ils font remonter leurs origines aux premiers mouvements anti-fascistes des années 1920 et 1930 en Italie,  en Allemagne et en Espagne. C’est l’apparition des « skinheads » dans les années 1970 et 1980,  et le renouveau des mouvements néo-nazis en Europe et aux Etats-Unis depuis la chute du mur de Berlin, qui auraient favorisé leur résurgence.

antifa 3

Les « antifas » se distinguent de la gauche traditionnelle par une volonté de confronter par la force,  pour les faire taire, toutes les manifestations de racisme et de fascisme, en particulier émanant des groupuscules suprématistes. En cela les « antifa » passent outre la police et la justice, qu’ils n’estiment pas en mesure de faire face au problème. Ils sont à la fois acteurs, juges et exécuteurs. Et ils s’octroient le droit d’agir de manière préventive. Une personne soupçonnée de racisme ou de sympathies un peu trop droitières sera dénoncée et prise à parti avant même d’avoir pu s’exprimer… La justification est imparable ! Car, disent les antifas, si Hitler avait été stoppé quand le Parti Nazi s’appelait encore le Parti Ouvrier Allemand et comptait, dans ses rangs, deux douzaines de fanatiques, l’histoire du vingtième siècle aurait été moins sanglante…

Même s’il y a parmi eux de vulgaires « casseurs », les « antifas » s’en prennent surtout aux personnes, et non pas aux biens. Il ne s’agit pas de vandaliser et détruire les symboles de l’ordre établi, comme le font les éléments violents qui se mêlent régulièrement aux manifestations de rue, il s’agit d’empêcher l’adversaire de s’exprimer. Et si celui-ci se rassemble ou se réfugie dans un bâtiment,  alors détruire le bâtiment devient justifié, non pas comme une fin propre  mais comme un moyen.

Donald Trump with cap make america great again

L’élection de Donald Trump, à l’automne 2016, a eu un effet catalyseur sur les actions des « antifas ». Pour eux Trump est un raciste et un fasciste. Comme tous ceux qui le soutiennent. Sans distinction, ni exception. Lui comme eux, doivent être combattus. Par tous les moyens. (« By any means necessary », « par tous les moyens nécessaires » est d’ailleurs le nom d’un groupuscule « antifa » de Californie).  Cela d’autant plus que certains de ses supporters ont eux-mêmes gagné en visibilité et en notoriété depuis le scrutin du 8 novembre 2016. Il a ainsi beaucoup été question,  cette année aux Etats-Unis, de « l’alt-right »,  ou « droite alternative », mouvance nationale-populiste, qui aurait réussi à placer certains de ses éléments jusqu’à l’intérieur du bureau oval, notamment en la personne de Steve Bannon, ancien journaliste devenu conseiller du président, mais contraint de démissionner cet été.

Steve Bannon

L’ « alt-right » est en vérité très diverse. Elle rassemble des radicaux de droite, des libertaires, des nationalistes, des groupes identitaires, des ultra-protectionnistes, des isolationnistes, des opposants à l’immigration, des anticatholiques, des islamophobes et des antisémites,  et touche quelques inévitables néo-nazis et autres suprématistes blancs, dont la visibilité médiatique dépasse considérablement le nombre et l’influence. Les « antifas », suivis par la presse traditionnelle américaine,  se sont fait un malin plaisir d’amalgamer les électeurs de Donald Trump et les sympathisants de l’alt-right, voire de réduire l’ensemble des partisans du président aux éléments les plus extrêmes de cette  seule «droite alternative». Quiconque aurait voté pour Trump serait nécessairement raciste, sexiste, homophobe, islamophobe, proto-fasciste et pire encore...

President Trump's supporters

Dans le même temps, ces mêmes médias, dédaignent de s’intéresser à la rhétorique et aux méthodes des antifas, comme si cette violence était acceptable ou même justifiée. Les évènements des derniers mois ont fini par avoir raison de cette collusion idéologique et tout récemment le Washington Post s’est désolidarisé des antifas, en même temps que Nancy Pelosi, élue de Californie et leader de la minorité démocrate à la Chambre des Représentants, dénonçait pour la première fois ce mouvement. Parce que les « antifas » étaient finalement allés trop loin en bastonnant devant les caméras des manifestants parfaitement pacifiques. Dans une inversion symbolique des rôles tenus dans les années soixante où des manifestants noirs non violents emmenés par Martin Luther King étaient livrés aux matraques des policiers blancs.

Ces violences se sont produites à Berkeley, bastion de l’extrême gauche américaine,  dans la banlieue de San Francisco, en Californie. Dernières en date d’une longue liste récente.

Antifa 1

Le jour de l’investiture de Donald Trump quelques dizaines de manifestants antifas se sont rassemblés à Washington pour protester contre l’élection de Donald Trump et empêcher les partisans du président de parvenir jusqu’au Capitol pour assister à la cérémonie d’investiture. La manifestation a dégénéré. Des vitrines ont été brisées, des magasins pillés, des voitures brûlées…

Quelques jours plus tard, Milo Yannopoulos, essayiste de la droite populiste, venu promouvoir son dernier livre sur le campus de l’université de Berkeley, en Californie, n’a pas pu s’exprimer parce que des manifestants antifas  bloquaient l’accès à sa salle de conférence et s’en prenaient physiquement à ceux qui tentaient d’y accéder. D’autres conférenciers, jugés trop conservateurs, ont connu le même sort sur d’autres campus. Certains observateurs parlent même d’une vague de « terrorisme intérieur ».

En mars, un rassemblement pro-Trump a été perturbé par des manifestants tout de noir vêtus,  la marque vestimentaire des antifas,  assortie de  cagoules,  lunettes noires, masques de skis et casques de motos. Dans l’Oregon, le Kentucky et l’Arizona d’autres réunions publiques connaissent la même situation. La présence d’éléments antifas est devenue systématique aux réunions publiques du président, au point que celui-ci les prend régulièrement à parti.

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A Charlottesville en Virginie, enfin, un rassemblement de suprématistes blancs est perturbé par des manifestants antifas. Dans les violences qui s’ensuivent, une jeune femme est percutée et tuée par la voiture d’un suprématiste blanc. L’incident suscitera une intervention télévisée du président Trump pour critiquer les divisions, appeler à l’apaisement et au rassemblement des Américains. Toutefois la mention dans son discours du fait que « les violences (de Charlottesville) étaient le fait de plusieurs camps » (ce que les images montraient et que personne ne nie vraiment) suscitera la colère des médias et des Démocrates.  Ceux-ci exigeront du président qu’il condamne fermement le racisme et nommément le Ku Klux Klan et  les groupuscules néo-nazis, sans évoquer la responsabilité des « antifas ».

La mouvance « antifa », bénéficie en effet de nombreux apologistes, parmi les journalistes, ainsi qu’au sein des universités. The Nation, le plus vieil hebdomadaire de la gauche progressiste aux Etats-Unis, a ainsi adopté la ligne des antifas qualifiant Donald Trump de « fasciste » et appelant à le combattre.  Chef de file des sympathisants sur les campus, Mark Bray, professeur à Dartmouth (Collège privé de l’Ivy League où les frais d’inscription se montent à plusieurs dizaines de milliers de dollars par an) et auteur du livre “Antifa: The Anti-Fascist Handbook” (Antifa, le manuel de l’antifascisme) définit l’ action des « antifas » comme « une activité de légitime défense révolutionnaire »… « le rassemblement de communistes, socialistes, anarchistes et autres radicaux de gauche, mus par la volonté commune de combattre l’extrême droite par tous les moyens. »

Antifa handbook, Matt Bray

Quant à la contradiction qui consiste à « réprimer la liberté d’expression » tout en se réclamant de l’antifascisme, elle est levée d’une phrase par Bray « les propos fascistes n’ont pas leur place dans les sociétés démocratiques, il ne s’agit pas de simples divergences d’opinions, mais de positions qui ne peuvent coexister avec les positions libérales et doivent être combattues  et éliminées ». 

A y regarder de plus près, cette idée semble très répandue à gauche. Pas seulement aux Etats-Unis, mais aussi en France, et dans de nombreux pays occidentaux, où le débat dit « démocratique » tend à se limiter aux seules idées jugées acceptables par la… gauche. C’est le principe de la pensée unique.  Toute divergence est taxée de fascisme et délégitimée. Sans que le fond ne soit jamais débattu. Très rares sont ceux qui osent rappeler que le débat démocratique consiste à autoriser tous les discours, y compris les plus déplaisants, alors que faire taire ses adversaires, par la violence, ou l’intimidation, procède justement d’une attitude  « fasciste »…

antifa demonstration

En son temps Mao Tsé Toung recommandait dans un même élan de « donner la parole au peuple » et de « faire taire les réactionnaires ». Bref d’autoriser la majorité à persécuter et éliminer  la minorité. C’est la définition même de la tyrannie. C’est exactement ce que les Pères Fondateurs des Etats-Unis voulaient éviter et c’est ce que revendiquent aujourd’hui les « antifas » ! Avec le soutien des  élites,  prétendument, intellectuelles, et autres.

Mao Tse Toung 's cultural revolution