Il y a entre douze et vingt millions de clandestins aux Etats-Unis. Pour la plupart des « latinos ». Si l’administration fait la chasse aux criminels parmi eux, elle laisse les autres s’installer. Alors que la majorité des Américains et les Etats s’y opposent. 

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 Coup de filet spectaculaire la semaine dernière aux Etats-Unis. Fin mars, les hommes de l’ICE, « Immigration & Customs Enforcement », l’agence chargée du contrôle des frontières, ont  arrêté trois mille clandestins soupçonnés d’avoir commis des crimes sur le territoire américain. Ils vont être renvoyés dans leur pays d’origine.

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L’opération s’appelait Cross Check. C’est la troisième en moins d’un an. En mai 2011 puis en septembre,  en effet, les mêmes hommes avaient déjà mené « le raid  plus important de leur histoire » pour mettre la main sur 2 400 puis 2 900 « étrangers criminels et fugitifs» (« convicted criminal aliens and fugitives »)  dont certains étaient des meurtriers, des chefs de gangs ou des trafiquants de drogue, et d’autres de simples pères de famille arrêtés pour conduite en état d’ébriété…

Le but de ces opérations était le même. Frapper l’imagination à quelques mois d’une échéance électorale pour montrer que  l’administration prend à bras le corps la question  de l’immigration clandestine. Quand, en réalité, elle a choisi de laisser faire, voire de la favoriser. Comme  l’ont fait les autres administrations avant elle…

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Les Etats-Unis comptent entre douze millions (chiffre officiel) et vingt millions de clandestins. La moitié d’entre eux sont d’origine mexicaine. Les trois quarts sont des hispaniques, ou « latinos », entrés en traversant le Rio Grande qui marque la frontière sud des Etats-Unis. D’où leur surnom de « wet feet », (« pieds mouillés »). Cette frontière s’étend du Texas à la Californie, sur près de cinq mille kilomètres. Vingt mille gardes-frontières sont chargés de les surveiller ainsi que l’ensemble des frontières terrestres américaines couvrant  treize mille kilomètres.  

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Officiellement l’administration Obama condamne et combat cette immigration clandestine. Les Etats-Unis sont un pays d’accueil. A condition d’entrer selon les règles. « Nous sommes une nation d’immigrants, mais nous sommes aussi une nation de droit, a dit Barack Obama en 2011… (les clandestins)  trichent, ils ne font pas la queue comme les autres, ils bafouent la loi, leur présence est un affront pour tous ceux qui essayent de venir légalement. »

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Une opinion partagée par l’immense majorité des électeurs. 78% des Américains sont opposés aux lois d’amnistie qui périodiquement permettent de régulariser plusieurs millions de clandestins. Ils sont favorables au contraire à une reconduction systématique  aux frontières. Chez les électeurs noirs,  la proportion monte à 88%. 71% souhaitent également punir les patrons qui embauchent des clandestins. Non par de simples amendes, mais par des peines de prison.  80% sont opposés à toute couverture sociale pour les clandestins.

Illegal aliens - i want you out of my country

Du coup chaque année quelques 400 000 clandestins sont reconduits dans leur pays. Sans que cela suscite d’émoi particulier dans la population ou de polémique dans les journaux. Les Américains ont un respect sans faille pour la primauté de la loi. Or, entrer illégalement aux Etats-Unis, c’est violer cette loi. Un comportement qui ne peut être toléré, encore moins récompensé (même des années plus tard) par un titre de séjour.

Or Barack Obama, en dépit de ses discours, a décidé de faire à peu près cela. Au motif de mettre un terme à l’hypocrisie qui entoure la question de l’immigration clandestine, son administration se concentre sur la chasse aux clandestins ayant basculé dans la criminalité, petite ou grande, mais tolère ouvertement ceux qui viennent pour travailler, c’est-à-dire l’immense majorité d’entre eux. Cette option est facilitée par le fait que depuis 2003, les vieux services de l'INS (Immigration and Naturalization Services), qui remontaient à 1891, ont été fondus dans le Department of Homeland Security. L'immigration clandestine est considérée comme une menace contre la sécurité des Etats-Unis parce que cinq des dix-neufs terroristes du 11 septembre étaient sur le territoire américain clandestinement. Du coup c'est en parfait accord avec sa mission que ce service se concentre sur les clandestins ayant un casier, ou un passé judiciaire. Mais en conséquence, les expulsions ont considérablement diminué récemment. De quoi se concilier, au passage, les bonnes grâces de la communauté hispanique, première minorité aux Etats-Unis,  riche désormais de plus de cinquante millions d’électeurs !

En fait, si beaucoup condamnent  l’immigration illégale,  peu cherchent vraiment à l’endiguer. Et pour cause, tout le monde, ou presque, en profite.

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Elle profite d’abord au clandestin lui-même, qui une fois entré aux Etats-Unis, trouve du travail pour survivre et subvenir aux besoins de sa famille restée derrière en attendant de venir le rejoindre; elle profite aux employeurs qui ont ainsi un réservoir de main d’œuvre bon marché sans cesse renouvelé ; elle profite au gouvernement parce que les clandestins font tourner des pans importants de l’économie américaine, l’agriculture, la construction, la restauration ; enfin elle profite même au Mexique qui réduit son propre chômage et reçoit des devises en retour …

Ceux qui n’en profitent pas sont les  Etats, parce qu’ils doivent supporter les coûts de cette présence en matière de santé, et souvent en matière d’éducation, pour les enfants de migrants nés ou entrés aux Etats-Unis. Les clandestins étant inégalement répartis sur le territoire américain (25% d’entre eux se trouvent en Californie) ce fardeau affecte très sévèrement les Etats du sud-ouest, Texas, Nouveau Mexique, Arizona et Californie. Ceux qui n’en profitent pas non plus sont les ouvriers américains, dont les  salaires sont systématiquement tirés vers le bas

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Du coup ce sont les Etats qui se sont portés à la pointe de ce combat se substituant au gouvernement. L’Alabama a introduit une législation rendant la vie des clandestins quasi impossible sur son sol. Avant cela l’Arizona avait passé sa propre loi, très restrictive, contre l’immigration clandestine. Elle a été invalidée depuis parce qu’elle empiétait sur des prérogatives du gouvernement fédéral. L’affaire est désormais devant la Cour Suprême. En attendant le sheriff Arpaio s’est fait une réputation nationale en détenant les clandestins dans des tentes en plein désert, pour ne pas ponctionner les contribuables…    

Obama, continue d’appeler de ses vœux une réforme « globale » de la politique américaine en matière d’immigration. La dernière loi remonte à 1986. Votée par un Congrès à majorité démocrate, « L’Immigration Reform and Control Act of 1986 », qui s’accompagnait d’une amnistie pour six  millions de clandestins, devait régler la question une fois pour toutes…

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