Election 2016

 Où s’arrêtera la liste des candidats républicains à la Maison Blanche ? Fin février 2015, douze candidats avaient signifié leur intention de se présenter. Parmi eux des gouverneurs, des sénateurs, et des personnalités du monde des affaires. Bref un échantillonnage typique pour le parti républicain à vingt mois du scrutin. Mais depuis, cette liste, loin de s’affiner, s’est étendue encore. On est passé de douze candidats « potentiels » à dix-neuf candidats « déclarés ».  Dix-neuf, c’est beaucoup ! Peut-être trop ! Imagine –t-on un débat télévisé avec dix-neuf participants? « Too much of a good thing… » disent les Américains pour évoquer cette abondance de biens qui finit par nuire.

Republicans running for the 2016 nomination

Cette abondance est néanmoins porteuse de nombreux enseignements.
Le premier est que le parti républicain est sain et dynamique et qu’une nouvelle génération de leaders est en train d’émerger.
Le second est que ces candidats, leurs équipes de campagne, et les milliers de personnes prêtes à mettre la main à la poche pour les soutenir, considèrent que la course est ouverte. S’ils ne le pensaient pas, ils n’iraient pas dépenser ainsi leur énergie et  leur argent. Cela signifie qu’Hillary Clinton n’est pas invincible. Alors que beaucoup de journaux, surtout en France, la donnent déjà élue dans un fauteuil.
Le troisième enseignement est qu’à ce jour il n’y pas de favori chez les républicains. Aucun des candidats n’a de véritable ascendant et Jeb Bush, en tête des sondages, n’impressionne guère ses adversaires. En tous cas pas au point de décourager la concurrence. 

Republican Primary Debate 2012

Il est une tradition récente chez les Républicains. Quels que soient les candidats, et leurs pédigrées, la nomination finit toujours par échouer dans les mains de l’homme blanc le plus âgé (« oldest white man »). Ce fut le cas en 2012 avec Romney, en 2008 avec Mc Cain, en 1996 avec Bob Dole.  George W. Bush fut une exception en 2000. Il avait dix ans de moins que John Mc Cain. C’est peut-être aussi pour cela qu’il fut élu. Au contraire des trois autres ici cités…Pour l’instant parmi les candidats les plus crédibles, l’homme blanc le plus âgé est Jeb Bush. Il a 64 ans. Et il est également le candidat le mieux armé financièrement. Mais à l’évidence cela ne suffit pas à décourager les autres….Même avec son nom de famille, même avec les appuis de sa famille, même avec sa stature de modéré rassembleur du parti, Jeb Bush ne génère pas l’enthousiasme et n’empêche pas les candidatures de se multiplier. Au contraire. C’est justement parce qu’il est perçu comme « battable » que tant d’autres se sont lancés dans la bataille.

John Mc Cain nov 2012

Si Bush, est « doyen » des candidats républicains à seulement 64 ans, c’est que ses compagnons d’armes sont « jeunes ».  Il existe, chez les républicains une nouvelle vague de leaders politiques. Ils sont nés après 1960, parfois après 1970, ils ont les dents longues et ils ne demandent qu’à prendre le pouvoir. Tous n’y parviendront pas, mais tous auront un rôle de premier plan dans les décennies à venir. On assiste à un renouvellement salutaire des générations au sein du parti de l’éléphant. Ce n’est pas forcément le cas chez les démocrates. Après Obama et Hillary, le désert…

Hillary Clinton , not ready for Hillary


Parmi cette nouvelle génération républicaine il faut citer Chris Christie, 53 ans, Rand Paul, 52 ans,  Scott Walker, 48 ans,  Ted Cruz 44 ans,  Marco Rubio, 44 ans, et Bobby Jindal, 43 ans. Trois sont gouverneurs (Christie du New Jersey, Walker du Wisconsin, et Jindal de la Louisiane) et trois sont sénateurs (Paul du Kentucky, Cruz du  Texas, et Rubio de Floride). Trois sont également issus de minorités ethniques (Cruz et Rubio sont d’origine cubaine, et appartiennent à la minorité hispanique, celle qui croit le plus aux Etats-Unis, et Jindal est le fils d’immigrés indiens). En fin, Christ Christie excepté, ils sont tous proches de l’aile dite du Tea Party et doivent leur émergence politique à ce mouvement. 

Marco Rubio with Family

Le Tea Party est né en 2010d’une révolte anti-impôts, un an tout juste après l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche. Nombre d’Américains, s’étaient alors insurgés contre le plan de relance de l’économie (le ARRA, « America Recovery and Reinvestment Act », voté en janvier 2009 par un Congrès à majorité démocrate) mis en place par Obama, qui avait injecté 831 milliards de dollars d’argent public dans l’économie américaine pour la relancer. Le plan avait eu peu ou pas d’effet. L’économie américaine est progressivement sortie de « la grande récession », mais elle est loin d’être aussi forte et dynamique qu’antan. Surtout ce plan s’était ajouté plan d’urgence de 700 milliards déjà mis en place par l’administration Bush fin 2008, pour soutenir les banques et éviter un effondrement du système après la crise des subprimes. Or pour nombre d’Américains, les banques étaient responsables du désastre, elles auraient dû payer. Au lieu de cela c’est le contribuable qui était à nouveau sollicité par deux plans financés par le déficit et l’impôt…

Tea Party poster

Du coup ces gens avaient convergé vers Washington pour crier leur colère contre un gouvernement ayant perdu le sens des réalités et le respect des simples citoyens. Cette colère n’est toujours pas retombée. Elle continue de résonner au sein de la mouvance du Tea Party. Ses partisans demandent une réduction drastique des responsabilités et engagements de l’Etat accompagnée d’une  réduction équivalente des impôts prélevés sur les citoyens et les entreprises. Obama est resté sourd à cette colère. La mise en place d’un système d’assurance santé à l’échelle fédérale, le fameux « Obamacare », allant exactement dans le sens inverse.

Bobby Jindal

Il est donc probable que pour les années à venir, et à commencer par la campagne de 2016, la question du rôle de l’Etat et de  l’étendue des responsabilités du gouvernement fédéral va dominer les débats.  La position démocrate n’a guère évolué depuis les années 1960. Elle épouse le principe du « toujours plus ». Plus de responsabilités, plus d’interventionnisme dans l’économie, plus d’impôts, plus de réglementations, etc. Le gouvernement est perçu comme devant corriger les inégalités du marché et l’impôt est assorti d’une fonction de re-distribution des revenus. La position républicaine, au contraire, s’est beaucoup radicalisée, avec l’explosion de la dette et la progression incessante des impôts. Pour les républicains et surtout pour leur aile « libertarienne » que l’on retrouve au sein du Tea Party, l’Etat a pris une importance que les Pères Fondateur n’entendaient pas lui donner et cette importance a perverti, voire anéanti, le rêve américain. Si l’économie américaine n’est plus aussi performante que par le passé c’est parce qu’elle est entravée par l’Etat…

Rand Paul and Wife attend the Time 100 Gala 2015

Voilà donc la question qui sera centrale à la campagne électorale de 2016. Au vu des récentes élections de mi-mandat, le sentiment républicain domine aux Etats-Unis. Il est justement incarné par les hommes de la nouvelle génération. Mais lequel d’entre eux émergera ? Et surtout sera-t-il possible de convertir les multiples petites victoires remportées lors d’élections locales en une grande victoire nationale qui enverra un républicain à Washington ?
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