La réponse est oui, et c’est tout le problème…

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 Emmanuel Macron est donc officiellement le 8e président de la Ve république. Depuis son élection, les grands médias américains ne cessent de chanter ses louanges. Par sa victoire, il aurait tout simplement « sauvé la civilisation occidentale ». Rien moins. Après le vote du Brexit, et l’élection de Donald Trump, salués comme des victoires de la vague montante  « nationale-populiste » en Amérique et en Europe,  une victoire de Marine Le Pen et du Front National aurait été, selon ces commentateurs, un coup de grâce porté aux valeurs sociales-libérales qui sont les piliers des sociétés d’abondance. Macron soit loué donc d’avoir évité cet écueil à l’ensemble des pays occidentaux.  Peu importe que Marine Le Pen n’ait jamais eu de véritable chance de l’emporter, vu l’isolement de son parti et le rejet de ses propositions par deux bons tiers de l’électorat. Macron est présenté comme un sauveur, un chevalier blanc, apparu de nulle part pour remettre le monde à l’endroit et rendre à la France sa grandeur et sa gloire …

 Le fait qu’il soit jeune, élégant, et instruit, le fait qu’il ait réussi sa passe d’armes en contournant les partis politiques traditionnels, le fait qu’il présente son action comme une lutte pour dépasser les clivages idéologiques d’antan, et, aussi,  le fait qu’il parle couramment anglais et n’hésite pas à s’adresser en cette langue aux journalistes anglo-saxons (fait suffisamment  rare en politique française pour être souligné) ont certainement aidé à ce concert de louanges. Certains n’hésitent même plus à le comparer au Barack Obama de 2008 et semblent même avoir reporté sur lui les espoirs de paix et de prospérité partagées,  placés alors dans le jeune et brillant sénateur de l’Illinois.

 La comparaison n’est pas insensée. De par leurs parcours et de par leur positionnement politique Emmanuel Macron et Barack Obama ont de nombreux points communs. Rappelons toutefois que malgré ses deux mandats l’ancien président américain a laissé derrière lui un bien maigre bilan que son successeur s’emploie depuis à défaire. Dans l’intérêt de la France, dont la situation économique et sociale est bien plus alarmante, il ne faudrait pas qu’il en soit de même pour M. Macron…

Ce qui est sûr est que Barack Obama n’a pas hésité à le désigner comme son héritier, avec presqu’autant de zèle que celui déployé par le président sortant François Hollande. Dès avant le premier tour,  l’ancien président américain avait gratifié le candidat d’un coup de téléphone largement médiatisé. Et à la veille du second tour, Obama y est allé de sa vidéo sur Internet appelant les Français à voter Macron, et ponctuant son discours d’un « vive la France! » lui qui pendant huit ans avait fait très peu de cas de la France et de son président…

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De l’un à l’autre il existe une filiation, et, sauf pour l’élément de couleur, spécifique au contexte américain, Macron peut apparaître comme le Barack Obama français. Ce dernier, créature de l’establishment démocrate, avait réussi à se faire passer comme un homme nouveau qui s’était fait tout seul. De même Emmanuel Macron se veut la personnification du renouveau, alors qu’il a été formé et choyé par les grands pontes de la gauche sociale-démocrate en France, ceux-là même qui avaient déjà porté François Hollande au pouvoir.

Barack Obama est issu d’un milieu très instruit: un père diplômé d’Harvard, une mère qui obtiendra aussi un Ph.D.  Malgré une situation familiale difficile - absence du père, remariage de la mère, adolescence chez les grands-parents maternels -  il réussit  ses études et parvient à intégrer, comme boursier, les universités prestigieuses de Columbia et Harvard, où il a étudié les sciences politiques, les relations internationales et le droit. Le cursus classique de quelqu’un se destinant à faire de la politique.

Emmanuel Macron a grandi à Amiens, dans le nord. Il est fils de médecins et fait son lycée chez les Jésuites. Après un Bac S obtenu avec mention très bien, il remporte le Concours général et fait Hypokhagne et Khagne à Henri IV. Ensuite il passe par Sciences-Po Paris puis l’ENA, promotion Leopold Sédar Senghor, dont il sort diplômé en 2004. Parcours brillant de quiconque se destine aux hautes sphères de la pléthorique administration française.

Macron président

Ses études à peine achevées, Barack Obama intègre un des plus prestigieux cabinets d’avocats aux Etats-Unis, Sidley – Austin, où est déjà employée sa future épouse, Michelle. Ensemble ils jouissent d’un quotidien plus que confortable… Obama s’engage alors dans l’action sociale avec la volonté de se rapprocher de l’électorat et de se préparer à une carrière d’élu. Les choses ne sont pas si simples. Le jeune Barack a du mal à se faire une place. Trop blanc pour les électeurs noirs, et trop noir pour les électeurs blancs ! C’est à la seule bienveillance des dirigeants locaux du parti démocrate qu’il doit de décrocher un siège au sénat de l’Illinois en 1997.  De là, il s’attaque au Sénat des Etats-Unis. Sa victoire écrasante lors des primaires démocrates en 2004 pour le siège de Sénateur devenu vacant lui attire l’attention des pontes du parti. Ils lui octroient le privilège de prononcer le discours de réception du candidat présidentiel John Kerry lors de la convention nationale démocrate.  Du jour au lendemain il devient une célébrité et une sensation politiques. Sa biographie,  Les Rêves de Mes Pères, est publiée, malgré son jeune âge, et son manque d’accomplissements. C’est un best-seller instantané. Quatre ans plus tard il devance sur le fil Hillary Clinton lors des primaires démocrates et est élu triomphalement à la Maison Blanche. Le monde entier tombe sous le charme et  « l’obamania » bat son plein.

Obama s’est présenté comme  « l’outsider » durant ces primaires, à la fois challenger face à la favorite Hillary Clinton, et homme extérieur au sérail de Washington. A la vérité, comme son parcours le démontre, il avait déjà été adoubé et choyé par un certain nombre de grands financiers du parti. Sa victoire était préparée, planifiée presque.

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Il en va largement de même pour Emmanuel Macron. Derrière la façade de renouveau, Macron est un produit du Parti Socialiste, habilement sorti du chapeau par François Hollande, qui malgré quelques propos réservés d’abord, a fait de lui son héritier désigné.

A la sortie de l’ENA , Macron intègre l’Inspection Générale des Finances, institution alors dirigée par Jean Pierre Jouyet, haut fonctionnaire socialiste, lui-même énarque (promotion Voltaire, comme François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin et Henri de Castrie).

Le mouvement En Marche n’existe pas encore, mais son idée germe déjà dans certains esprits socialistes. En 2007 Emmanuel Macron et son boss Jean Pierre Jouyet font partie des  « gracques », hauts fonctionnaires liés au parti socialiste, qui lancent un appel à une union entre le PS  et l’UDF, c’est-à-dire un rassemblement des centristes et sociaux-démocrates autour de valeurs sociales-libérales. Parmi eux on retrouve le banquier Matthieu Pigasse, le communicant Denis Olivennes, et le chef d’entreprise proche du Médef Bernard Spitz.

Macron est alors militant socialiste encarté et le protégé de Jacques Attali qui l’a pris au sein de sa « Commission pour la libération de la croissance française ». Le rapport a été commandé par le nouveau président Nicolas Sarkozy, lui-même alors en pleine politique d’ouverture… Le rapport ne débouchera sur rien, sinon des jolies phrases et quelques recommandations jamais appliquées…

Emmanuel Macron comptait sur une investiture aux élections législatives de 2007. Elle n’est pas venue. Il renonce alors à son engagement militant et quitte même la fonction publique pour entrer à la banque Rothschild & Cie. C’est Peter Brabeck, le PDG de Nestlé, rencontré au sein de la Commission Attali qui lui ouvre cette porte. Bien que n’ayant aucune expérience  des fusions acquisitions, il conseille le rachat par Nestlé, d’une filiale de Pfizer. Une opération à neuf milliards d’euros.  Joli renvoi d’ascenseur à Peter Brabeck qui démontre qu’Emmanuel Macron a parfaitement compris comment fonctionne le système. Au passage l’opération lui rapporte personnellement plusieurs millions d’euros.

L’élection surprise (c’est Dominique Strauss Kahn qui dominait la primaire jusqu’à un certain incident au Sofitel de New York) de François Hollande à l’Elysée en 2012 ramène Macron à la politique.  Il entre à l’Elysée comme secrétaire général adjoint du président Hollande. Il n’a que 34 ans et se rêve en tête pensante du pouvoir. Mais ses vues ne sont pas assez « sociales ».  Et quand Hollande invite son ex boss, Jean Pierre Jouyet à diriger son cabinet à l’Elysée Macron, déçu de ne pas bénéficier de cette promotion s’en va. Sorti par une petite porte, il revient par le fenêtre grâce à Manuel Vals qui suggère son nom à François Hollande pour remplacer Arnaud Montebourg au ministère de l’Economie. Jamais depuis Valéry Giscard d’Estaing en 1962, ce portefeuille n’avait eu un aussi jeune titulaire.

Macron met en place sa réforme, puis claque à nouveau la porte. Il veut la présidence et sent que le moment est propice. En apparence il rompt  donc les ponts avec ses protecteurs et son passé socialiste pour fonder le mouvement En Marche !  qui veut rassembler la société civile et de nouveaux élus épris de renouveau et de dynamisme. En fait ce sont surtout de vieux  socialistes que l’on retrouve derrière lui. Quant au slogan, il reprend les initiales EM, comme Emmanuel Macron, et, en fait de renouveau, reprend une formule vieille de 50 ans, celle utilisée par Jean Lecanuet, candidat à l’élection présidentielle de 1965 qui se battait pour une « France en marche ! »  Qu’importe, Macron apparait comme un « homme nouveau » « venu de nulle part ». Alors qu’il est un « produit du système » et qu’il travaille depuis dix ans à sa destinée.

Alain Minc ne s’y trompe pas. Il est le premier à  ironiser sur la posture anti-système du candidat en soulignant que « Macron est le produit le plus réussi du système de recrutement des élites ».

Il  connait Macron depuis 2010. Il l’a rencontré lors du rachat du Monde par la Société des Rédacteurs. Il était alors au service de la machine sarkoziste alors que Macron, banquier chez Rothschild conseillait les rédacteurs. Ceux-ci privilégiaient l’offre de Matthieu Pigasse, Pierre Bergé (deux grands financiers des courants socialistes et progressistes en France dont Macron est proche) et Xavier Niel. C’est d’ailleurs l’offre qui l’emportera finalement, sans doute pour déplaire à Sarkozy qui avait fait savoir qu’il y était opposé…  

Macron a donc peu d’expérience du gouvernement et n’a jamais occupé de poste électif, mais il est loin d’être étranger au  monde politique. Au contraire. La politique est son berceau et son seul univers. Son passage par la banque lui a simplement servi à étoffer son carnet d’adresses et à apprendre où trouver de l’argent pour financer un mouvement.

Les électeurs qui ont soutenu En Marche! Parce que le mouvement se voulait différent y seront, sans doute,  pour leur frais. Macron est d’abord un communicant. Tout, dans son personnage, est calculé, et calibré.

Macron Obama

C’est son troisième point commun avec Barack Obama. De ce dernier on sait désormais qu’il était un homme de mots, et non pas un homme d’action. Ses deux mandats ont déçu. Barack Obama est un orateur né. Il sait raconter une histoire, tenir son auditoire, émouvoir, ou faire rire, mais ce talent lui a été de peu d’utilité à la Maison Blanche et face aux élus retors du Congrès.

Macron n’a pas le même talent avec les mots. Ses discours sont souvent franchement plats. Et il est trop tôt pour savoir s’il sera l’homme d’action qu’il prétend. Par contre, il possède cette capacité unique à savoir parler pour ne rien dire tout en paraissant intelligent. Son aîné et « parrain » François Hollande a consacré toute sa carrière politique à exercer ce talent. Pas toujours avec succès. Quand Hollande  s’exprime il suffit de trois phrases pour démasquer le vide de la pensée et s’apercevoir qu’il donne toujours deux réponses antinomiques à chaque question. Macron est plus subtil. Sa connaissance des dossiers lui apporte une certaine hauteur de vue qui lui a permis durant la campagne électorale de masquer un discours non pas de rupture, mais de complaisance.

Faire  illusion le temps d’une campagne est une chose. Tenir la durée d’un quinquennat en est une autre. Pour l’heure, sans parler de « Macronmania », le nouveau président français bénéficie,  comme son prédécesseur américain, d’une  lune de miel avec les médias du monde entier, fascinés par sa jeunesse et son émergence inattendue.  Qu’en sera-t-il quand viendra le temps des décisions difficiles ?