Biden's border crisis 7

 

En quatre ans de présidence Donald Trump avait largement gagné son pari de rétablir le contrôle des frontières américaines. Les entrées d’immigrants clandestins avaient chuté pour revenir à leur niveau d’il y a quarante ans et les trafics frontaliers de drogue ou d’armes avaient diminué pareillement.

 

Mais en moins de six mois de présidence, Joe Biden a dilapidé cet héritage et précipité les Etats-Unis dans une crise migratoire majeure. Les franchissements de la frontière avec le Mexique, sont à des niveaux records. Parmi eux, on constate un nombre record de mineurs non accompagnés (qui ne peuvent pas être renvoyés). Les agences fédérales chargées de gérer ces arrivées ont été submergées, obligeant les maires de plusieurs localités à déclarer l’état d’urgence pour obtenir une aide fédérale. Au-delà du drame humanitaire cette crise menace aussi la sécurité nationale dans la mesure où les cartels mexicains profitent du chaos pour faire entrer toutes sortes de produits illicites et de personnes indésirables aux Etats-Unis, y compris des terroristes islamiques !

Après des mois de déni l’administration Biden a finalement admis la réalité du problème et dépêché la vice-présidente, Kamala Harris et le Secrétaire d’Etat, Anthony Blinken, en Amérique centrale pour plaider auprès des dirigeants locaux afin qu’ils réduisent le flot des candidats à l’immigration. Ces deux déplacements ont retenu l’attention des médias, mais ne suffiront pas à résorber une crise déclenchée de façon délibérée.

Anthony Blinken

 

Cette crise est le résultat direct et immédiat des politiques prônées par les Démocrates et mises en place par l’administration de Joe Biden. C’est une crise manufacturée, dont la responsabilité retombe sur le président et qui découle des positions pro-immigration du Parti Démocrate. L’aile radicale du parti Démocrate, dominante au sein de l’administration Biden, est acquise à l’idée de frontières ouvertes (« open borders »), voire de l’élimination des « nations ». Quant aux centristes au sein du parti Démocrate, ils considèrent que les immigrants clandestins constituent un vivier de futurs électeurs acquis à la cause Démocrate et sont donc une force politique à cultiver. Il suffit de leur octroyer le moment venu la citoyenneté américaine !

Mitt Romney denounces Biden's border crisis

 

Il y a aux Etats-Unis environ douze millions d’immigrants clandestins. Leur nombre a augmenté jusqu’en 2012, puis s’est stabilisé pour s’établir entre 3% et 4% de la population. Sans compter leurs enfants nés aux Etats-Unis et donc citoyens américains. La majorité de ces immigrants provient du Mexique. Les autres, des petits Etats d’Amérique centrale : Guatemala, Salvador, Honduras… Aux Etats-Unis ces immigrants se concentrent en Californie et au Texas, (ces deux Etats abritent 40% des clandestins) mais ils sont présents dans quasiment tous les Etats de l’Union.

border crossing sign

 

Ils constituent un bassin de main d’œuvre bon marché et malléable qui exerce une pression à la baisse sur les salaires des activités non qualifiées. Ils sont utiles à certaines entreprises, qui peuvent contourner des charges salariales et sociales trop lourdes. Et ils sont utiles aux ménages de la classe moyenne  dont ils deviennent les jardiniers, hommes à tout faire,  femmes de ménage ou nounous…, Toutefois, ces mêmes clandestins constituent une charge pour les services sociaux, la santé et l’éducation Ils peuvent présenter un problème pour les services de police et la justice dans la mesure où les jeunes hommes parmi eux intègrent parfois des gangs urbains et participent à la délinquance et au trafic de drogue.

Donald Trump 2015 presidential candidate announcement

 

La lutte contre l’immigration clandestine avait été l’un des thèmes dominants de la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016. Dans son discours annonçant sa candidature en juin 2015, dans le hall de la Trump Tower de New York, il avait dénoncé, sans ménagement, la présence de criminels et notamment de membres de gangs d’Amérique centrale dans le flot des clandestins. Il avait promis de construire un mur à la frontière mexicaine, pour endiguer ce flot, et d’envoyer la facture au Mexique, jugé responsable de cet afflux d’immigrés. Trump avait mis le rétablissement du contrôle des frontières au cœur de son futur mandat. « Ces pays ne nous envoient pas ce qu’ils ont de meilleurs, avait-il dit. Ils envoient ce qu’ils ont de pire… Si nous voulons avoir un pays digne de ce nom, nous devons reprendre le contrôle de nos frontières.»

 

A regarder les chiffres, il avait plutôt bien réussi. Au cours des quatre années de sa présidence, de 2017 à 2020, le nombre d’arrestations de clandestins à la frontière était retombé à quatre cent mille par an, environ, leur niveau moyen depuis 2012. Le nombre des arrestations à la frontière est lié au nombre des tentatives d’entrées illégales. Il augmente quand plus de gens tentent de venir et baisse quand ils sont moins nombreux. En 2019 ce nombre avait connu une brève poussée, en raison d’une crise économique au Mexique, et de l’anticipation de mesures de plus en plus restrictives aux Etats-Unis.  

Donald Trump signs his first exec order

 

L’administration Trump a en effet pris une série de mesures pour stopper le flot d’immigrants clandestins. La plus spectaculaire, mais non pas la plus efficace, étant la construction du fameux mur le long de la frontière avec le Mexique, soit sur plus de trois mille kilomètres, du Pacifique au Golfe du Mexique. Les Démocrates du Congrès refusant d’allouer les fonds nécessaires au projet, celui-ci avait pris du retard et le président Trump avait dû se contenter des quelques milliards de dollars destinés au Département de la Défense pour lancer les travaux au nom de la sécurité nationale. En quatre ans, moins de cinq cent miles, soit le quart de la distance, avaient été finalisés.

Donald Trump's border wall 2

 

D’autres décisions s’étaient avérées beaucoup plus efficaces, en particulier une mesure imposant aux demandeurs d’asile de rester au Mexique le temps que leur dossier soit étudié. Jusqu’alors les demandeurs d’asile étaient autorisés à rester aux Etats-Unis après avoir fait leur demande. Dès lors, ils pouvaient se fondre dans la masse et rester, que leur demande soit acceptée ou rejetée. Trump mit un terme à cette pratique. Désormais, les demandeurs d’asile devaient déposer leur dossier depuis le Mexique et y rester dans l’attente de la décision américaine. Cette mesure connue en anglais sous le nom familier de « remain in Mexico policy », avait radicalement réduit le nombre des demandes d’asiles politiques et par la même des entrées sur le territoire américain. Pour s’assurer que le Mexique jouerait son rôle dans cette affaire, Trump avait conditionné le maintien de l’aide  financière américaine à la prise en charge de ces demandeurs d’asile.

ICE officer

 

Sur le territoire américain, Trump avait également suspendu une pratique appelée en anglais « catch and release », attraper et relâcher ! Elle consistait à ce que les clandestins interpellés, soit relâchés sur le territoire américain (sauf s’ils avaient un passé criminel connu) avec simplement l’ordre de se présenter devant un juge,. Au lieu de cela Trump institua une politique dite de « tolérance zéro ». Concrètement, toute personne adulte franchissant illégalement la frontière serait interpellée, incarcérée, jugée et renvoyée. Les mineurs ne pouvant être mis en prison pour des fautes commises par leurs parents, cette décision signifiait qu’en cas d’interpellation des familles seraient séparées et les enfants pris en charge par l’assistance sociale américaine alors que les parents seraient renvoyés au Mexique.

 

La mesure avait suscité un vif émoi, et avait été suspendue après seulement deux mois…

 

Dans le même temps, Donald Trump avait drastiquement réduit le nombre de réfugiés admis chaque année aux Etats-Unis. Dans un premier temps, en janvier 2017, il avait gelé les entrées (zéro admission), le temps de revoir les critères d’admissions.  Puis à l’été 2017 son administration avait annoncé un plafond moitié plus bas que celui autorisé par le président Obama un an plus tôt : cinquante-cinq mille contre cent-dix mille. En 2018 ce plafond avait été abaissé à quarante-cinq mille ; puis trente mille en 2019 et dix-huit mille en 2020 !

Refugees allowed in U

 

Bref, le message de Donald Trump était d’une impitoyable clarté : les candidats à l’immigration espérant tirer avantage du système américain n’étaient pas les bienvenus. Quiconque voudrait tenter de rentrer aux Etats-Unis illégalement serait refoulé. Le message avait été parfaitement compris au sud du Rio Grande (fleuve qui marque la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis). Le flot s’était tari. Au point que l’administration en avait profité pour démanteler les centres locaux d’accueils et d’aides aux immigrés mis en place par les administrations précédentes, ceux-ci n’ayant plus d’utilité…

 

La politique anti-immigration clandestine avait valu au président Trump d’être vilipendé par les éditorialistes bien-pensants, aux Etats-Unis comme ailleurs. Le pape François lui-même y était allé de sa petite phrase acerbe envers le président américain, l’accusant de générer une « psychose »…  Mais cette politique avait été d’une efficacité incontestable.  Ce qui d’ailleurs accroissait encore la colère de ses adversaires… En 2020, la pandémie de Covid 19 et les mesures de confinement avaient restreint un peu plus encore les déplacements de population, de telle sorte qu’au crépuscule du mandat de Donald Trump, l’immigration clandestine avait cessé d’être un sujet pressant aux Etats-Unis. Les franchissements de la frontière sud des Etats-Unis étaient tombés à leur niveau le plus bas depuis quarante ans !

 

Du jour au lendemain tout a changé. Joe Biden a annulé les décisions de l’administration Trump et engendré une crise humanitaire sans précédent à la frontière mexicaine.

Biden's border crisis 5

 

Pendant la campagne présidentielle, Joe Biden avait entretenu un certain doute sur sa future politique migratoire. Certes, il affirmait qu’il  « mettrait un  terme à l’assaut de Trump contre l’histoire et les valeurs américaines », mais lui et le parti Démocrate entretenaient une confusion délibérée entre « immigration légale » et « immigration illégale » ! Les termes « clandestin » ou « illégal »  n’apparaîssent d’ailleurs même pas dans le programme présidentiel Démocrate. A la place il était question de « s’attaquer aux racines de l’immigration irrégulière ».

 

En vérité, Joe Biden a engagé une politique à l’opposé de celle de l’administration Trump et ce, dès, voire avant même, son entrée en fonction.

 

Parmi la cinquantaine de décrets qu’il a signés dans les premiers jours de sa présidence, plus d’une quinzaine concernent l’immigration. Parmi eux :

Joe Biden American rescue plan act

 

-Suspension de l’interdiction d’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de certains pays du Proche Orient, connus pour leurs activités terroristes.

 

-Arrêt de la construction du mur à la frontière mexicaine et réappropriation des fonds destinés à son financement.

 

-Renforcement des protections pour les enfants de clandestins nés aux Etats-Unis.

 

-Hausse du plafond concernant les admissions de réfugiés

 

-Fin des restrictions d’entrées liées à la pandémie de Covid-19.

 

Tout récemment Biden a aussi mis fin à l’obligation faite aux demandeurs d’asile de rester au Mexique pendant l’étude de leur dossier. Ils peuvent à nouveau venir aux Etats-Unis sans autorisation, se déclarer demandeur d’asile et être autorisé à rester sur place !

 

Le 20 janvier, jour de son investiture, un texte de loi intitulé « Loi de Citoyenneté Américaine de 2021 », proposant d’offrir la citoyenneté américaine aux onze millions de clandestins présents sur le sol américain, fut présentée à la Chambre. Il avait été préparé et rédigé pendant la transition pour gagner du temps.

 

L’effet de ces mesures fut immédiat. Des dizaines de milliers de familles ont déferlé sur la frontière sud. Au Mexique et en Amérique centrale, pour quiconque ayant jamais rêvé de partir chercher une vie meilleure en Amérique le moment était venu. La frontière était ouverte et l’administration Biden accueillante, il fallait en profiter.

Illegal immigration 2

 

Au Texas et en Arizona, et dans une moindre mesure en Californie et au Nouveau Mexique, les localités frontalières ont vu arriver des familles avec de jeunes enfants, des jeunes adultes et même des enfants sans leurs parents. Leur passage est organisé par des passeurs professionnel appelés « coyotes » tirant une manne considérable de ce trafic d’êtres humains encouragé par Washington. D’ailleurs au lieu d’indiquer à ces immigrants d’éviter les agents fédéraux, ces coyotes les instruisent de se laisser arrêter afin d’être secourus et non plus refoulés…  Les enfants sont même parfois lâchés seuls dans la nature, avec en poche le numéro de téléphone d’un proche déjà présent aux Etats-Unis.  

Biden's border crisis 3

 

Le chaos généré par cet afflux soudain est phénoménal. Les gardes-frontières débordés par le nombre ont dû abandonner leur mission de sécurisation de la frontière pour prendre en charge les migrants. Les centres de détention ont été rouverts en catastrophe et instantanément submergés. Des pièces prévues pour cent personnes, en accueillant plus de mille.  Les familles ont été à nouveau séparées, le temps de procéder à des vérifications de base. En dépit de la pandémie de covid19, la majorité des arrivants n’a pas été testée, et les règles de distanciation jetées aux oubliettes.  

Biden's Border Crisis 2

Les cartels de la drogue ont profité de l’occasion pour faire passer des tonnes de drogue à travers la frontière. Leur tactique est simple, ils envoient d’abord des enfants et des familles avec des bébés pour mobiliser l’attention des gardes frontières, et libérer la voie pour les passeurs de drogue. Quant aux terroristes ils ont compris l’avantage qu’ils pouvaient tirer de ce chaos. Dans le flot des personnes interpellées, les autorités américaines ont identifié des ressortissants du Moyen Orient figurant sur les listes de terroristes interdits de vol et d’entrée aux Etats-Unis…

 

Etrangement, seule la chaîne Fox News (conservatrice) a témoigné de ce chaos. Pendant des semaines CNN, MSNBC, le New York Times et les autres, ont repris les communiqués de l’administration niant la réalité d’une crise à la frontière. Tout comme ils avaient épargné le candidat Joe Biden durant la campagne présidentielle, les médias bienpensants ont épargné sa jeune administration, de peur de donner des regrets aux électeurs…

Kamala Harris immgration Czar

 

Le président Biden ne s’est jamais rendu sur place. Pas plus que sa vice-présidente Kamala Harris, pourtant promue à la fonction de « Tsar de l’Immigration » le 24 mars ! Alejandro Mayorkas, le secrétaire du Département de Sécurité Intérieure (DHS, en charge de la frontière et de l’immigration) a affirmé devant le Congrès, avec un aplomb éhonté au vu des images de certains reportages, « la frontière avec le Mexique est fermée et sous contrôle » !  Jan Paski,  la porte-parole de l’administration Biden, n’a jamais non plus utilisé le mot « crise », préférant l’euphémisme de « situation » et mettant le blâme sur… Donald Trump et son administration!

Alejandro Mayorkas

 

Toutefois après des mois de flot continu, l’opinion publique américaine a fini pas basculer et la Maison Blanche s’est décidée à agir pour limiter les dégâts. Non pas changer de politique, mais donner l’impression qu’elle « prend la question à bras le corps » en envoyant non pas un mais deux des plus hauts membres de l’administration en première ligne…

 

Car sur le fond, la question de l’immigration rassemble une nette majorité d’Américains sur une position commune : oui à une immigration légale ordonnée ; non à une immigration clandestine sauvage !

Illegal aliens - i want you out of my country

 

Sur la situation spécifique à la frontière avec le Mexique, plus de deux Américains sur trois (68%) estiment que le gouvernement gère « mal » (33%) ou « très mal » (35%) la question, selon une enquête du Pew Research Center effectué début mai. Et sur la question des entrées de clandestins aux Etats-Unis, 85% des Américains, toutes affiliations confondues (Républicaine, Démocrate ou Indépendante), sont favorables à un renforcement des moyens de contrôle ! 79% des Américains souhaitent aussi réduire le nombre des demandeurs d’asile ! En clair le pays n’est pas en phase avec la politique des Démocrates et de l’administration Biden.

immigration anti-illegal immigration demonstration

 

Toutefois il est peu probable que sur ce sujet les Démocrates et Joe Biden écoutent les Américains. Ils sont convaincus d’avoir tout à gagner à une politique migratoire généreuse. Il y a d’une part un positionnement idéologique en faveur de l’abolition des frontières et de la fin des Etats nation. D’ailleurs certains Démocrates ont demandé l’abolition de l’agence ICE (Immigration & Customs Enforcement) chargée de débusquer les clandestins. Mais il y a plus. Les Démocrates y voient un intérêt électoraliste. Les millions de clandestins et autres demandeurs d’asile seront autant de futurs électeurs redevables au parti Démocrate après qu’ils auront obtenu la citoyenneté américaine tant désirée. Sans même cela, leur impact démographique peut entrainer un redécoupage électoral favorable aux Démocrates, et consolider les délégations parlementaires des Etats « bleus » (dirigés par des Démocrates), dont beaucoup ont vu leur population fuir récemment  au profit d’Etats « rouges » (dirigés par des Républicains)

 

De la à dire que la crise humanitaire à la frontière mexicaine est instrumentalisé par les Démocrates, il n’y a qu’un pas, que de nombreux commentateurs ont déjà franchi.