Perfidia

Perfidia est un pavé. Mais pas forcément un pavé pour la plage. Sauf à avoir le coeur bien accroché et l'esprit bien éveillé. C'est un "thriller". Avant on disait "roman noir". Mais pas seulement. Perfidia est aussi une peinture de Los Angeles pendant la seconde guerre mondiale. Et une pièce supplémentaire dans le grand oeuvre de l'écrivain James Ellroy. Pour le lecteur, c'est un livre épuisant.

L'action se déroule en décembre 1941, avec en point d'orgue le bombardement de Pearl Harbor par l'aviation japonaise, le 7 décembre. L'intrigue est bâtie autour du meurtre de la famille Watanabe, des américains d'origine japonaise, sauvagement assassinés à leur domicile. Les personnages sont sortis de l'imagination de l'auteur, ou sortis de l'histoire. Le sergent Dudley Smith, inspecteur du LAPD (Los Angeles Police Department), personnage récurrent des romans d'Ellroy cotoie, l'inspecteur William Parker, agent bien réel du même LAPD. Et Kay Lake, personnage principal fictif du Dalhia Noir, autre roman d'Ellroy, reapparait ici aux côtés de Bette Davis ou Gloria Swanson, stars d'Hollywood bien réelles. Il y a plus de personnages que chez Balzac, et pour ceux qui seraient perdus, une liste à été rajoutée en fin d'ouvrage. Car Perfidia n'est pas un simple roman. C'est un chapitre supplémentaire au sein du opus littéraire qu'Ellroy ambitionne de créer. Il le dit et le revendique même. A travers ses séries noires c'est une "comédie humaine"  contemporaine qu'il veut dépeindre. Ses intrigues criminelles ne sont qu'un prétexte pour nous raconter l'Amérique de l'après guerre. Enfin ,telle que lui la ressent...

james ellroy perfidia

Dans ses précédents ouvrages il a couvert les années 1946-1958 (à travers quatre romans qui ont fait sa gloire dont "Le Dahlia noir" et "L.A. Confidential" porté au cinéma), puis les années 1958-1972, dans une trilogie baptisée "Underworld U.S.A" ("Les Bas-fonds de l'Amérique"). Ici, comme cela se fait désormais au cinéma pour les grandes sagas, il place son action en amont de celle de ses précédents ouvrages et remonte le temps pour s'intéresser aux années 1941-1948. Perfidia n'est que le premier volume d'un nouveau "quatuor" à venir. On retrouve donc certains des personnages de ses autres romans, en plus jeunes. Mais pas plus innocents. Si l'auteur ambitionne d'écrire une "Comédie Humaine", son univers se limite au monde du crime, qui se confond parfois avec celui de la politique et du cinéma. C'est un univers très sombre, où le mal prend de nombreuses formes et qui laisse peu d'espace à la lumière. Un univers étonnamment dépourvu de subtilité. Les pages d'Ellroy ne sont que bruit et fureur, crime et brutalité, mensonge et perfidie, sexe et agressions, déviances et abus, racisme et corruption...

L

Le roman est certes parcouru par un souffle épique, une énergie démoniaque. Ellroy a une capacité sans pareil à couvrir des pages de détails visuels saisissants et de dialogues musclés, mais son casting est inlassablement noir et ses personnages ne jouent que dans un seul registre, celui de la violence et de la manipulation. Ellroy est un boxeur poids lourd. Il écrit avec une masse, comme d'autres donnent des coups de poings dans un "punching bag". Ses mots tombent sur le lecteur comme les coups sur une victime. Ce n'est pas de la littérature, c'est un passage à tabac. On en sort à demi assommé, sonné tel un boxer battu sur le ring.

Perfidia, James Ellroy, éditions Payot, collection Rivages/Thriller,  836 pages, 24 euros.