Après deux débats chez les Républicains, les candidats démocrates à la Maison Blanche ont fait leur premier tour de piste le 13 octobre, à Las Vegas. A treize mois du scrutin. Etaient présents, Hillary Clinton, Bernie Sanders, Martin O’Malley, John Chafee et Jim Webb.

Democratic primary debate Las Vegas 2015

Face au clan républicain, avec sa ligne de front de onze candidats sur scène à Simi Valley le 18 septembre (quatre autres candidats n’avaient pas été retenus, faute de place),  le club des cinq démocrates faisait petite figure. 
D’autant que trois de ces cinq candidats – O’ Malley, Chafee et Webb –  n’étaient là que pour meubler l’espace. Ils sont  crédités de 1% ou moins des intentions de vote. En clair, ils ne servent qu’à entretenir la fiction d’une concurrence pour la nomination démocrate.

republican primary debate 2015

Les téléspectateurs américains ne s’y sont pas trompés. Alors que CNN avait enregistré un record d’audience lors du débat républicain, 23 millions de téléspectateurs, ils étaient moitié moins nombreux à suivre les échanges des démocrates. Le suspense n’est pas le même. Le charisme des candidats non plus. On peut reprocher beaucoup de choses à Donald Trump, mais il a au moins le mérite de faire de l’audience. Et si les Américains ignorent tout des candidats républicains, ils ne connaissent que trop celle qui reste archi-favorite pour la nomination.

Hillary Clinton campaign 2016

Certes, la campagne d’Hillary Clinton a connu des moments difficiles ces dernières semaines et d’autres épreuves l’attendent, dont une audience devant le Congrès sur l’affaire de Benghazi. Surtout, l’ex première dame n’a toujours pas réussi à surmonter ses deux plus gros handicaps vis-à-vis des électeurs américains: se faire aimer et gagner leur confiance. Mais elle reste une « bête » politique et l’a démontré lors du débat prenant aisément la main sur un Bernie Sanders dépassé par la situation et l’enjeu…

La première interrogation autour de ce débat touchait à qui y serait et qui n’y serait pas… à savoir,  Joe Biden, le vice-président. Les spéculations sur sa participation ont animé la toile jusqu’à la dernière minute. Biden n’est pas pour l’instant candidat à la nomination du parti démocrate, mais il est néanmoins crédité  de 18% des intentions de vote et son entrée dans l’arène est considérée comme acquise, voire imminente…

Joe Biden 2

La seconde interrogation du débat tenait à la  performance de Bernie Sanders, le sénateur du Vermont, crédité de 24% des intentions de vote, dix-huit points derrière Hillary. Le fait même qu’il soit si haut dans les sondages est révélateur de l’incapacité d’Hillary Clinton a séduire et rassembler au sein de son propre camp. Car Bernie Sanders est à la marge du paysage politique américain. Il est le représentant d’une « ultra-gauche » pleine de bons sentiments qui représente moins de 5% de l’électorat réel. Les quinze minutes de gloire qu’il connait actuellement viennent couronner sa persévérance, et son originalité, mais elles ne suffiront pas à lui obtenir la nomination et encore moins lui ouvrir les portes de la Maison Blanche.

Bernie Sanders

Sa performance pendant le débat a été à l’image de son personnage, honnête mais pas convaincant. Sensé attaquer  Hillary Clinton, il a au contraire pris sa défense  dans l’affaire de son utilisation d’ une boite mail personnelle quand elle était secrétaire d’Etat. La controverse n’a cessé de prendre de l’ampleur aux Etats-Unis. Parce que les républicains ne veulent pas lâcher le morceau et parce qu’Hillary n’a cessé d’annoncer qu’elle allait faire toute la lumière sur la question sans jamais vraiment le faire. Une tactique que les Américains connaissent trop bien. Aussi Quand Sanders a estimé que l’affaire n’avait que trop duré et qu’il fallait passer à autre chose, Hillary l’en a  remercié, à l’antenne. Avec de pareils adversaires, qui a besoin d’amis ? 

De sorte que le principal ennemi d’Hillary Clinton demeure... Hillary Clinton ! Beaucoup d' Américains ne lui font toujours pas confiance. Elle ne fait toujours pas confiance aux journalistes qu’elle évite comme la peste. Sa campagne donne l’impression de tourner en rond. Des tensions ont été évoquées entre elle et ses conseillers, qui se plaignent d’en savoir toujours moins que leurs adversaires, et d'avoir avec eux une candidate qui a tendance à se refermer comme une huitre quand elle devrait au contraire s'ouvrir aux électeurs… Elle ne fait plus que des apparitions parfaitement scriptées, pour éviter tout dérapage. Elle a récemment participé à l’émission de variété Saturday Night Live dans un sketch taillé sur mesure pour la mettre en valeur auprès des jeunes urbains américains, un groupe qui lui est déjà largement acquis.

Hillary Clinton Saturday night Live

De plus Hillary, un peu comme Mitt Romney, a une fâcheuse tendance à adopter des positions évolutives sur les questions clé.  En 2008 elle avait été en faveur du « Nafta », l’accord de libre-échange nord-américain, puis elle s’y était opposée. Elle vient de se prononcer contre le Partenariat Trans-Pacifique, un accord de libre-échange liant les pays du pourtour pacifique, alors même qu’il vient d’être conclu par l’administration Obama et qu’elle l’avait soutenu quand elle était secrétaire d’Etat… Idem pour le fameux pipeline Keystone XL, un grand projet de transport des schistes bitumineux du Canada jusqu’au golfe du Mexique. Initialement favorable au projet, Hillary y est désormais opposée. Peut-être pour se démarquer des candidats républicains, largement favorables au lancement du chantier, que le président Obama n’a cessé de repousser. 

A plusieurs reprises lors du débat de Las Vegas, Hillary Clinton a répété que son élection serait un vrai changement, parce qu’elle verrait pour la première fois une femme entrer à la Maison Blanche. C’est un argument fort mais déjà défraichi. Il en faudra d’autres pour tenir jusqu’en novembre 2016.